Derrière l’usine Smoby d’Arinthod (Jura), une partie du relief en bordure du site attend d’être rasé. Annoncé en 2022, le premier coup de pelle a pris du retard. 500 000 mètres cubes de terre doivent être déplacés pour étendre le site actuellement coincé entre le village et la «montagne», comme l’appelle Alexis Delorme, le directeur général de Smoby. Une "montagne" plus proche d'une butte. Une route devra aussi être redessinée.
S’il aboutit, le projet ajoutera 14000 mètres carrés de bâtiment aux 35000 mètres carrés actuels. Une surface extérieure dédiée au stockage et à l’installation de panneaux solaires est aussi envisagée. Le volume de terre n’ira pas bien loin. Le tout-venant comblera un trou situé quelques mètres au nord, au cas où l’usine ait encore besoin de s’étendre. «Quand on fait un projet, on écrit les 25 années qui viennent», affirme le dirigeant. L'an dernier, l'étude quatre saisons visant à inventorier et à évaluer la biodiversité a été réalisée. Le patron indique aussi avoir obtenu les autorisations administratives. Le financement constitue le dernier frein. L’industriel, propriété de l’Allemand Simba Dickie Group (SDG) qui prévoit d’investir 20 millions d’euros dans le projet – sur 26 millions d’euros estimés – a déjà obtenu des aides, mais 3,5 millions d’euros manquent encore. Outre les mètres carrés, une vingtaine d’emplois pourraient être créés.
Laurent Rousselle Le projet d'extension est envisagé depuis 2020. Parmi les différentes pistes l'étude, c'est finalement celle qui consiste à aplanir une partie du relief en limite de site qui a été retenue.
Modules électroniques chinois
L’urgence commence à se faire sentir. «C’est blindé de chez blindé, assure le directeur général. On atteint les limites». Sur le site qui tourne 7 jours 7, 200 salariés se répartissent entre la production, l’assemblage de composants, la préparation de commande et la logistique. Cinq millions de jouets en sont sortis l’an dernier. Maisons pour jardin, sceaux pour la plage, jouets d’imitation et d’éveil... La production n’a jamais été aussi française. «Entre 2008 et aujourd’hui, on est passé de 65% de notre chiffre d’affaires réalisé avec des produits fabriqués en Chineà 10%», s’enorgueillit Alexis Delorme. La gamme de jouets premier âge, qui représente 20% des ventes de l’entreprise, est l’une des dernières à avoir rejoint l’Hexagone. «Désormais, la Chine nous fournit uniquement en modules électroniques et en tissu », affirme le dirigeant. L’entreprise centenaire, qui a débuté comme pipier (fabricant de pipes en bois) avant de se transformer en plasturgiste, est bien décidé à renouer avec ses racines. Un choix stratégique engagé depuis de nombreuses années.
Laurent Rousselle Smoby cherche à réduire l'utilisation de composants électronique venant de Chine en repensant ses produits avec des actions manuelles.
Modernisation continue
«SDG nous a donné des moyens colossaux pour reproduire dans l’hexagone, affirme le directeur général, faisant références aux près de 75 millions d’euros investis depuis l’arrivée du groupe aux manettes. Aux projets d’extension et de rénovation réalisés sur les sites –Smoby en compte deux autres dans le Jura, et un autre en Espagne –, s’ajoute la modernisation du parc machines. «Nous sommes obligés d’avoir une technologie au top», explique Alexis Delorme à la recherche de compétitivité. D'ici à quelques semaines, deux nouvelles presses d’injection bi-matière remplaceront des machines d’ancienne génération. L’an dernier, c’est une nouvelle machine d’extrusion souffleuse qui avait rejoint l’atelier. «Le parc n’a jamais cessé de se transformer», assure le directeur général, évoquant 40 presses à injecter, 11 extrudeuses et cinquante robots. Une modernisation qui assure la réactivité. «Nous livrons nos clients en quinze jours alors qu’il nous fallait quatre mois pour recevoir notre commande de Chine. C’est une force». Le fabricant, qui réalise 65% de son chiffre d’affaires en France (le solde est presque entièrement réalisé dans l’Union européenne), fait aussi valoir la qualité de sa production, plus robuste et donc plus durable.
Optimiser les flux
La relocalisation a aussi du bon pour optimiser la gestion des entrepôts. «Quand les marchandises étaient achetées en Asie, elles étaient stockées dans nos entrepôts. Si on ne les vendait pas, elles nous restaient sur les bras.» Produire en France a enfin permis d’économiser le coût du fret maritime dont les prix ont connu des sommets avec les crises de ces dernières années. Un atout qui pourrait s'avérer précieux dans l’hypothèse où la guerre commerciale lancée par les États-Unis incite la Chine à renforcer ses exportations vers l’Europe. «Le coût du fret sur des pièces de grande taille est très important. Ça joue en notre faveur», estime Alexis Delorme. Malgré un marché du jouet en recul de 0,7% l’an dernier, Smoby reste en tout cas serein pour l’avenir. L’entreprise, qui a réalisé 120 millions de chiffre d’affaires compte dépasser les 150 millions d’euros en 2030. Une ambition qui pourrait bien déplacer une «montagne». Le projet devrait voir le jour en 2027.



