Une année plus mesurée, après le record de 2023. Telle est la leçon à tirer du troisième Observatoire des start-up, PME et ETI industrielles innovantes françaises de Bpifrance, publié lundi 3 mars et dévoilé en exclusivité par L’Usine Nouvelle. Cette étude recense 38 sites industriels inaugurés en 2024 par des start-up industrielles, contre 60 en 2023 et 35 en 2022.
«2023 avait été une année exceptionnelle», souligne Thomas Cazor, chargé de mission chez Bpifrance, qui nuance ainsi la baisse enregistrée sur un an. Le nombre de sites ouverts en 2024 reste supérieur à celui de 2022. De quoi laisser penser que la dynamique de réindustrialisation portée par les start-up industrielles françaises – qui seraient désormais 3200 selon la banque d’investissement – se poursuit.
La transition écologique comme locomotive
L'Usine Nouvelle Les 38 sites ouverts se divisent en trois catégories : les premières usines à l’échelle (13 en 2024, contre 25 en 2023 et 19 en 2022), qui sont le fer de lance la réindustrialisation française ; les lignes pilotes et des démonstrateurs (17 en 2024, contre 21 en 2023 et 14 en 2022) ; quelques rares extensions – à l’image de celle faite par Innovafeed en 2024, véritable mise à l’échelle de son usine de Nesle (Somme) – et les déclinaisons de têtes de série (7 en 2024, 8 en 2023).
Dans cette dernière catégorie, on trouve par exemple les sites de production d’hydrogène vert de Lhyfe et ceux de traitement des déchets alimentaires de Moulinot. «On voit se développer des modèles d’usines décentralisées, au plus près des matières premières ou des clients, constate Thomas Cazor. Avec, là aussi, un enjeu de passage à l’échelle qu’il faut accompagner.»
En termes de secteurs, c’est clairement la transition énergétique et la décarbonation de l’industrie qui alimentent la dynamique.
Les montants levés en baisse de 32%
Côté financement, la conjoncture est en revanche un peu plus mauvaise : en 2024, les start-up industrielles ont levé 2,8 milliards d’euros, contre 4,2 en 2023 – soit une baisse de 32% – et 3,8 en 2022. «Ce qui a manqué l’an dernier, ce sont les gigalevées, comme celle de 850 millions d’euros de Verkor en 2023, considère l’auteur de l’observatoire. Cela se joue à quelques grains qui donnent l’impression d’une chute, mais elle n’est pas si importante.»
Thomas Cazor poursuit : «les levées de fonds en amorçage restent stables, on a donc des raisons d’être optimistes». Surtout si l’on observe une période plus large. «Avant 2019, on comptait en moyenne deux grosses levées de fonds par an pour un total de 1 milliard d’euros. Aujourd’hui, c’est trois fois plus.» Autrement dit, par rapport à l’avant-Covid, l’accès au financement des start-up industrielles s’est amélioré. Cela se voit aussi dans les gros tickets : les levées de fonds supérieures à 100 millions d’euros, rares avant 2019, se sont depuis multipliées.
L'Usine Nouvelle 60 premières usines à l’échelle en trois ans
Pour matérialiser la dynamique de réindustrialisation portée par les start-up, L’Usine Nouvelle a réalisé cette carte de France, où figurent les quelque 60 premières usines à l’échelle ouvertes entre 2022 et 2024.
Des sites dont Bpifrance a dressé le portrait-robot.
L'Usine Nouvelle De quoi rappeler que la première usine à l’échelle est l’aboutissement d’un long chemin. Mais aussi le début d’une nouvelle aventure tout autant risquée. Comme le montrent les récentes difficultés de plusieurs start-up industrielles, à l’image de Ynsect, Mob-Ion ou Angell.
Infographies : L'Usine Nouvelle / Source Bpifrance



