Reportage

Dans l'Essonne, la start-up ThrustMe propulse le newspace dans l’ère industrielle

Recrutement d’un directeur industriel issu de l’automobile, proximité des fournisseurs, automatisation contrôlée des process… La pépite du newspace ThrustMe s’organise pour produire un moteur de minisatellite par jour.
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ThrustMe
Grâce à l'industrialisation de sa production, ThrustMe livre jusqu'à quatre moteurs de minisatellites par semaine.

A Verrières-le-Buisson (Essonne), à une dizaine de kilomètres au sud de Paris, ThrustMe révolutionne en silence le newspace. Au cœur d'une zone industrielle, dans un bâtiment de deux étages des plus ordinaires, la société d’une quarantaine de salariés, fondée en 2017, s’est spécialisée dans la conception et la fabrication de moteurs électriques pour équiper les petits satellites jusqu’à 300 kg.

Au rez-de-chaussée, transformé en atelier de fabrication, une poignée de techniciens en blouse blanche s’affairent à différentes tâches : assemblage manuel des moteurs, surveillance d’un processus automatisé de positionnement de filaments au micron près, test de mise à feu dans un caisson récréant le vide spatial... Ces propulseurs ont un design ingénieux et simplifié pour une production en série. Ils ont la forme de petits cubes métalliques de 10 cm de côté dans lesquels viennent se loger l’électronique, les logiciels et même le carburant. Un concentré de technologies qui permettra, une fois dans l’espace, de propulser des petits satellites sur des dizaines de kilomètres vers leur orbite finale.

«Nous avons démarré notre industrialisation en 2023. Nous livrons aujourd’hui quatre moteurs par semaine, précise Clément Cangelosi, le directeur des ventes de ThrustMe. Avec notre ligne actuelle, nous pouvons atteindre une production de 360 moteurs par an.»Une cadence extrêmement haute dans le secteur spatial, habitué à produire des équipements en série très limitée, mais aujourd’hui rendue nécessaire par l’essor des constellations spatiales qui peuvent compter jusqu’à plusieurs centaines, voire milliers de satellites en orbite.

Utilisant l’électricité plutôt que des ergols chimiques, le produit innovant de ThrustMe a fait mouche. Une trentaine de clients (Starfish, Astro Digital, Magellan Aerospace, Lumen Orbit, Oligo...) dont près d’une dizaine d’opérateurs de constellations lui ont passé commande. La société a déjà livré plus de 150 moteurs, dont une soixantaine ont été lancés. Au vu des lancements programmés, ils seront plus de 200 fin 2025 et plus de 500 fin 2026.

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Désormais le défi pour ThrustMe est de les produire suffisamment vite pour satisfaire ses clients. «On a appliqué toutes les techniques de l’automobile, dès le départ, dans le design du produit pour qu’il soit productible à fort volume et très court délai», explique Clément Cangelosi. Avec une priorité : produire bon du premier coup, le plus rapidement possible. «Il faut assurer la qualité et éviter au maximum les retouches en bout de ligne», renchérit Jean-Luc Lacote, directeur de la production, recruté en 2022 pour réussir le virage de l’industrialisation.

Une démarche d'amélioration continue

Les dirigeants de ThrustMe ont misé sur l’expérience pour ce poste critique. Jean-Luc Lacote, 25 ans passés dans l’industrie, a fait l’essentiel de sa carrière comme responsable qualité chez des sous-traitants de rang 1 dans l’industrie automobile. Il a ensuite rejoint et accompagné la start-up de la robotique Balyo en ouvrant plusieurs usines en France, aux Etats-Unis et en Chine. Qualification des produits, sélection des sous-traitants, gestion des stocks, organisation du flux de fabrication, investissements, recrutements… Le directeur de la production connaît les étapes pour créer une ligne de fabrication, monter en cadence et produire à coût compétitif.

Les investissements et les recrutements sont réalisés pour répondre au juste besoin, au moment nécessaire. La zone de fabrication tient ainsi sur une superficie à peine plus grande que trois salles de classe. Un dimensionnement qui ne doit rien au hasard. «La société a développé un site de production lean, le plus efficace et compact possible, afin de minimiser les coûts opérationnels et ainsi accroître la compétitivité de ses produits à l’échelle mondiale», estime-t-on chez ThrustMe. Par ailleurs, les techniciens n’opèrent pas dans une couteuse salle blanche, mais sous des hottes qui soufflent de l’air filtré, de quoi assurer une protection suffisante des composants contre toute contamination externe.

Tout doit être fait pour favoriser la réactivité. Les ingénieurs qualité situés deux étages au-dessus, peuvent rapidement se rendre disponibles pour résoudre un problème survenant sur la ligne de fabrication. Même chose pour les fournisseurs de pièces critiques sélectionnés au plus proche. «Notre stratégie est d’avoir une supply chain la plus locale possible. Actuellement 70% de la valeur des sous-ensembles de notre système de propulsion provient de fournisseurs situés à moins de 20 km de l’entreprise», précise Jean-Luc Lacote.

Quant à l’automatisation, la start-up y recourt… quand elle est pertinente. Si ThrustMe a consenti à investir dans un outil de contrôle automatisé du placement des filaments dans certains composants, elle a abandonné l’idée d’acheter d’un petit véhicule automatisé pour desservir les différents ilots d’assemblage, jugé dispensable au vu de l’espace de fabrication. La société mise sur une démarche d’amélioration continue. Régulièrement, un ingénieur des méthodes occupe les différents postes de production afin de chercher à gagner en agilité. Chez ThrustMe, on en persuadé, le processus d’industrialisation n’est jamais fini.

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