Les start-up du Newspace toujours aussi séduisantes aux yeux des investisseurs

Les start-up du Newspace, comme Aldoria (anciennement Share my space) et Latitude, enchainent les levées de fonds. Des opérations financières rendues possibles par la montée en puissance des fonds de capital risque misant sur le secteur spatial.

Réservé aux abonnés
Share My Space Station terrestre
Grâce à sa levée de fonds, la start-up Aldoria (ex Share My Space) va doubler son réseau de stations optiques qui permettent de surveiller l'espace.

Les start-up du Newspace décollent… financièrement. Le spécialiste français de la surveillance de l’espace Aldoria (anciennement Share My Space) a annoncé ce 23 janvier une levée de fonds de 10 millions d’euros.«Nous nous efforçons depuis une demi-décennie de faire reconnaître les orbites terrestres comme faisant partie de notre environnement, s’est félicité Romain Lucken, PDG d'Aldoria via un communiqué de presse diffusé à cette occasion. De plus en plus de personnes dans la communauté spatiale et au-delà ont pris conscience du problème des débris spatiaux.» 

La veille, c’était au tour du fabricant français de microlanceurs Latitude de rendre publique une levée une levée de fonds de 27,7 millions d’euros. Selon son PDG Stanislas Maximin, 2024 sera une année charnière avec la préparation du premier vol de la fusée Zephyr en 2025. A partir de 2028, ce lanceur, dont les moteurs sont fabriqués par impression 3D, sera capable de mettre 200 kilos de charge en orbite.

Point commun à ces deux levées de fonds ? Leur investisseur, le fonds de capital risque Expansion Ventures – qui a déjà accompagné la première vague du Newspace et soutenu près d’une quinzaine de start-up. «Il y a 5 ans, les entrepreneurs galéraient pour décrocher des financements et certains ont dû se financer aux Etats-Unis où ils ont établi leur siège. Le Newspace est entré dans une deuxième phase d’expansion et on espère bien pouvoir la financer en Europe», souligne Charles Beigbeder, l’un des dirigeants à la tête de ce fonds basé à Paris et à Stockholm.

Près de 500 start-up dans le secteur spatial

Grâce à un apport de 60 millions d’euros apporté par le Fonds européen d’investissements, Expansion Ventures vient de boucler un fonds doté de 100 millions pour soutenir les start-up du secteur spatial. Un signe de la volonté de l’Europe de rattraper son retard en matière de financement des start-up. En 2022, quand les Etats-Unis ont injecté six milliards de dollars dans les sociétés innovantes du secteur spatial, l’Europe en a investit... seulement un.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Les investisseurs devront toutefois être sélectifs. «Parmi les 480 start-up que nous avons identifiées, nous sommes en contact régulier avec 280 d’entre elles», précise l'investisseur. Ces sociétés interviennent sur toute la chaîne des technologies spatiales : des moteurs de minisatellites jusqu’au déploiement de constellations, en passant par la fabrication de mini-lanceurs ou la fourniture de services comme le cargo spatial.

Pourquoi séduisent-elles autant les investisseurs ? D’une part, elles décrochent des contrats et apportent des innovation qui séduisent également les acteurs traditionnels de l’écosystème spatial. Ainsi Aldoria compte parmi ses clients des agences spatiales comme l'Agence spatiale européenne (ESA) ou le CNES, mais également des industriels comme Airbus Defence & Space. Des clients très intéressés par son savoir-faire spatial – qui permet notamment de prévenir les collisions en orbite – alors que le nombre de satellites actifs en orbite basse devrait atteindre 40 000 en 2030, contre près de 9 000 aujourd'hui. Pour apporter un tel service, Aldoria a déployé un réseau unique de 6 stations de surveillance optique sur quatre continents, qu'il envisage de doubler grâce à sa dernière levée de fonds.

Une consolidation à venir

D’autre part, certaines ont franchi des étapes clés de leur développement. Ainsi, Kineis, la vitrine du Newspace tricolore, a annoncé le lancement des 5 premiers satellites de sa constellation (prévu pour l’été prochain) après avoir levé 100 millions d’euros en 2020. Son objectif : localiser, connecter et piloter depuis l’espace des millions d’objets, que ce soit des containers traversant les océans, un capteur de niveau d’eau éloigné de tout réseau terrestre, des détecteurs de départ d’incendie en forêt… La société ambitionne ainsi de connecter 2 millions d’objets en moins de 10 ans et de réaliser un chiffre d’affaires de l’ordre de la centaine de millions d’euros.

Reste que parmi les près 500 start-up spatiales en lice, toutes ne vont pas décoller. «Il n’y a pas de la place pour 15 minilanceurs, ni 15 constellations en Europe, note Charles Beigbeder. Nous anticipons une consolidation pour faire éclore des champions européens dans leur catégorie.» La dynamique devrait se poursuivre. Pour y participer, le fonds Expansion Ventures prévoit de passer de 100 à 300 millions d’euros d'ici un an, afin de soutenir une quarantaine de sociétés innovantes.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.