En France, on n’a ni Jeff Bezos ni Elon Musk, mais des start-up prêtes à révolutionner le spatial. Comme à Reims (Marne), où Venture Orbital Systems, une jeune pousse créée en 2019, a inauguré une usine afin de produire le premier microlanceur français. « Zephyr pourra envoyer jusqu’à 70 kilos de charge utile à 600 kilomètres d’altitude. Ce sera une fusée de 15 mètres de hauteur. À chaque vol, elle pourra transporter des minisatellites de la taille d’une boîte à chaussures, pesant entre 5 et 25 kilos », explique son fondateur, Stanislas Maximin, 21 ans seulement.
Les clients potentiels : des sociétés privées, des organismes de recherche, voire les militaires qui souhaitent mettre rapidement en orbite des minisatellites et pour lesquels les lanceurs classiques comme Ariane 5 ou Falcon 9 de SpaceX sont surdimensionnés et trop chers. Grâce à l’impression 3D de son moteur et des composants achetés sur étagère, la start-up espère produire jusqu’à une fusée par semaine. Le premier vol est prévu en 2024.
D’autres start-up françaises ont ouvert la voie et cherchent à s’imposer en misant sur des ruptures technologiques ou des services innovants. La société rennaise Unseenlabs a développé un service de surveillance maritime depuis l’espace et affiche un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros en 2020. La start-up francilienne Exotrail conçoit, pour sa part, des propulseurs électriques taillés sur mesure pour les minisatellites. Installée près de Toulouse, Kineis ambitionne de lancer une constellation de 25 nanosatellites pour connecter les machines.
« Ça commence à grouiller. Il y a des projets un peu partout. Les jeunes de la deeptech française décident de créer leur entreprise et se lancent », constate Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance. Et la banque publique d’investissement compte bien soutenir ce mouvement. Avec le Centre national des études spatiales (Cnes), elle est le principal souscripteur du nouveau fonds de capital-risque CosmiCapital dédié aux jeunes entreprises du newspace. Le fonds dispose au total d’une capacité d’investissement de 38 millions d’euros qui devrait être portée à 70 millions d’euros courant 2022. Les investisseurs seront toutefois très sélectifs. « On ne finance pas l’exploration spatiale, le space mining, le tourisme spatial... On finance des sociétés qui ont un vrai business model sur le marché et sur Terre », insiste Olivier Dubuisson à la tête du fonds CosmiCapital.

Vous lisez un article du numéro 3700 de L'Usine Nouvelle publié en décembre 2021



