Une start-up française avec une quarantaine de salariés et pas (encore) le moindre satellite en orbite veut en découdre avec Starlink ! Une blague ? Non, c’est très sérieux. «Notre business plan est basé sur une constellation d’environ 1500 satellites», détaille Charles Delfieux qui a fondé Constellation & Technologies en 2022. Avec ses équipes basées à Saint-Quentin en Yvelines (Yvelines) et à Toulouse (Haute-Garonne), le dirigeant est persuadé qu’il peut rivaliser avec Elon Musk dans la course mondiale aux accès Internet par satellite.
Il n’est pas le seul à croire à ce pari fou. Des investisseurs sont prêts à mettre de l’argent dans ce projet inédit. La société annonce ce 14 octobre une levée de fonds de 9,3 millions d’euros notamment auprès de Bpifrance et d’Expansion, le fonds européen dédié au newspace. Mais la somme paraît encore bien dérisoire par rapport aux investissements nécessaires pour avoir sa place sur un tel marché.
Ancien cadre à la Banque mondiale et ingénieur de formation, Charles Delfieux n’a pas en effet les milliards d’un Elon Musk ou d’un Jeff Bezos pour déployer dans l’espace des milliers de satellites. Il s’appuie sur une conviction. «L’espace est la nouvelle frontière pour les opérateurs télécoms. Pour la première fois dans le secteur des télécommunications, on assiste à une convergence entre la connectivité terrestre et spatiale, en termes de performances et de prix. Or l’accès à la connectivité internet haut débit reste encore une lointaine réalité pour des centaines de millions de personnes dans le monde».
Mutualiser une infrastructure coûteuse
Le hic, c’est que le ticket d’entrée extrêmement élevé se chiffre en milliards d’euros. Il faut des poches très profondes pour pouvoir se payer des milliers de satellites et les fusées nécessaires pour les mettre sur orbite. «Notre projet correspond à un investissement à 10 chiffres», explique d’ailleurs le patron de la start-up. Soit entre 1 milliard et 9 milliards d’euros. Aujourd’hui, il n’y a que deux type d’acteurs capables de faire ça. Soit des multi-milliardaires. Comme Elon Musk, le patron de Tesla et de SpaceX, qui construit la constellation Starlink (40000 satellites à terme) ou encore Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui veut lancer sa constellation Kuiper (3200 satellites). Soit des Etats. Comme l’Union européenne qui veut disposer de sa propre constellation de télécommunications sécurisées, Iris2, mais qui peine à boucler son projet. Ou encore un mix des deux comme l’opérateur OneWeb, qui associait le gouvernement britannique et l’entreprise indienne Bharti, et qui a finalement été racheté par l’opérateur Eutelsat en 2022.

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Or l’entrepreneur tricolore n’est ni multi-milliardaire, ni à la tête d’une quelconque coalition d’Etats. Pour compenser, il mise tout simplement sur un autre business model : s’allier aux opérateurs de télécommunications de tous les pays menacés par Starlink aujourd’hui et Kuiper demain et qui ne veulent pas se laisser voler leurs clients. Selon Constellation, l’Internet par satellite pourrait même représenter une opportunité de revenus pour les opérateurs télécoms terrestres qui pourrait atteindre 35 milliards de dollars par an d’ici 2035. Ces opérateurs télécoms sont des partenaires parfaits qui présentent un double avantage. D’une part, ce sont des machines de guerre à offrir des services de télécommunications à des millions de clients. Et l’internet spatial leur permettra de toucher des clients dans des zones isolées que leurs réseaux fixes ou mobiles ne peuvent pas atteindre.
L'avantage de la très basse orbite
D’autre part, ils brassent des milliards et investissent chaque année collectivement des sommes gigantesques dans la maintenance et l’évolution de leurs réseaux. Constellation se propose de construire et d’opérer pour eux cette infrastructure spatiale mutualisée que chacun pourrait chacun utiliser dans ses pays. Les opérateurs procèdent déjà à ce genre de mutualisation dans le domaine des câbles sous-marins qui transportent les communications Internet haut débit. Le plus dur reste à faire : convaincre les opérateurs d’investir. «Constellation Technologies & Operations dispose à ce titre de plusieurs lettres d’intérêt d’acteurs des télécommunications européens et mène en parallèle des discussions avancées avec des opérateurs internationaux», fait savoir la start-up dans son communiqué diffusé à l’occasion de sa levée de fonds.
Les opérateurs attendent des avancées concrètes de la technologie de leur partenaire. La levée de fonds va justement permettre à Constellation de réaliser les premiers tests au sol et en orbite de connectivité de bout en bout et d’achever les études d’ingénierie détaillée des deux premiers satellites de la constellation. Les deux premiers satellites doivent être lancés d’ici fin 2026. Si tout se passe bien, l’industrialisation et la production de masse des satellites et des terminaux des clients finaux seront les prochaines étapes.
Pour compenser son retard, Constellation se veut plus agile que ses concurrents déjà lancés ou sur le point de l’être. Avec une idée apparemment toute bête. «Nos satellites seront positionnés en très basse orbite, moins haut que ceux de nos concurrents, à environ 375 km d’altitude», explique l’entrepreneur, alors que la constellation de Starlink se situe plutôt à 550 km d’altitude.
Outre des temps de latence réduits pour l’utilisateur, cela peut permettre de baisser significativement le coût de l’équipement du client final à «une petite poignée de centaine d’euros». En effet, comme les satellites sont plus proches, cela réduit la taille et la puissance des antennes pour traiter les signaux et d’autant leur coût. Par ailleurs, Constellation compte réutiliser le spectre 5G des opérateurs mobiles pour ses services de connectivité spatiale. Si le calendrier est tenu, la start-up prévoit d’atteindre une couverture mondiale d’ici la fin de la décennie.



