L’euphorie actuelle des puces, avec une explosion de la demande et une flambée des prix sur fond de pénurie, bénéficie à plein à Infineon Technologies. Le fabricant allemand fait figure de champion européen des semi-conducteurs, avec 47 500 salariés dans le monde et un chiffre d’affaires d’environ 11 milliards d’euros sur l’exercice fiscal clos en septembre 2021... Et le groupe voit l’avenir en rose.
Infineon s’attend à ce que son chiffre d’affaires gonfle de 5 milliards d’euros en quatre ans, pour atteindre 16 milliards d’euros sur l’exercice fiscal 2025. Selon la direction, le gros de cette croissance viendra de l’augmentation des volumes, le reste de la valorisation des produits et de la hausse des prix, conséquence de la pénurie de puces qui frappe tous les secteurs d’applications. Cette pénurie pourrait perdurer jusqu’à la mi-2023, selon le cabinet Counterpoint.
Composants électroniques de puissance
L’ex-bras armé de Siemens dans les semi-conducteurs se targue d’être le leader mondial des composants électroniques de puissance, deux fois plus gros dans ce domaine que le numéro deux, l’Américain Onsemi, et trois fois plus gros que le numéro trois, le Franco-Italien STMicroelectronics, selon le cabinet Omdia.
Un privilège qui le place en première position pour tirer parti de l’accélération de trois tendances de fond dans l’économie : l’électrification, la digitalisation et la décarbonation. D’autant qu’avec le rachat en 2020 de l’Américain Cypress Semiconductor, il est devenu le nouveau numéro un mondial de puces pour l’automobile. Une industrie où la pandémie de Covid-19 a joué un rôle d'accélérateur dans le virage vers la voiture électrique.
Passage au carbure de silicium
Les composants électroniques de puissance jouent un rôle clé dans l’électrification, la digitalisation et la décarbonation. Ce sont eux qui, par leur capacité à gérer et optimiser les flux de courant, déterminent l’efficacité énergétique de tous les équipements électriques et électroniques, des chargeurs de batteries dans les voitures, en passant par les éoliennes, les centrales solaires, les datacenters ou encore les smartphones. Selon Omdia, ils forment plus de la moitié du contenu en semi-conducteurs d’une voiture électrique.
Infineon Technologies participe à la transformation de ce marché, avec le passage vers les solutions en carbure de silicium. Celles-ci offrent l’avantage par rapport à leurs équivalents en silicium classique de booster l’efficacité énergétique, de réduire l’encombrement et le poids, et de baisser le coût total de possession.
Aujourd’hui, le fabricant allemand n’est que quatrième sur ce marché émergent, derrière STMicroelectronics, l’Américain Wolfspeed et le Japonais Rohm, selon le cabinet Yole Développement. Mais il ambitionne de capter 30% du marché en 2025, avec un chiffre d’affaires d'un milliard d’euros dans ce domaine, issu pour un tiers de l’automobile et deux tiers de l’industrie, contre environ 200 millions d’euros sur l’exercice fiscal 2021. De quoi contester la position de leader actuel de ce marché à STMicroelectronics, qui affiche presque les mêmes ambitions à l’horizon 2025.
Risque de cannibalisation
« Nous avons choisi une technologie de carbure de silicium qu’aucun de nos concurrents ne fait encore, mais que tous devront faire demain, se vante Reinhard Ploss, le directeur général de l’entreprise. Ceci nous met en meilleure position pour profiter du développement de ce marché. » La technologie en question réside dans la construction des composants en 3D et non de façon planaire comme le font encore tous les concurrents. Avec à la clé, une amélioration substantielle des performances.
Infineon Technologies en prépare la deuxième génération et se dit prêt à passer à la production dans son usine à Villach, en Autriche, sur des plaquettes de 200 mm dès que les substrats de cette taille seront disponibles. Les plaquettes de 150 mm constituent aujourd’hui l’état de l’art dans le carbure de silicium. La direction admet une cannibalisation de son activité traditionnelle en silicium, mais voit le carbure de silicium prendre à terme seulement 30% du marché des composants électroniques de puissance, estimé par Omdia à 43 milliards de dollars (37 milliards d'euros) en 2020.
Fourniture de composants à des solutions entières
Le nouveau credo de Reinhard Ploss est de fournir des solutions dédiées à chaque domaine d’application (automobile, industrie, smartphones, Internet des objets, etc.), et non plus juste des composants. « Nous étions au début une société de technologies, rappelle-t-il. Nous sommes passés à une approche de systèmes, et depuis quelques années à celle de solutions. C’est pour conforter ce positionnement que nous avons réalisé l’acquisition de Cypress. Nous avons construit un modèle robuste qui vise à faire mieux que le marché en générant une croissance composée de plus de 9% par an et une marge opérationnelle autour de 19%. »
Pour l’exercice fiscal 2022, la direction table sur un bond aux alentours de 15% du chiffre d’affaires, supérieur à la hausse de 12% attendue par le consensus des analystes financiers, et une marge segment record de 20%, et non 19% comme anticipée auparavant. C’est la meilleure rentabilité de toute l’histoire de l’entreprise.
Le résultat est d'autant plus remarquable que l'entreprise a subit un arrêt de plusieurs semaines de son usine américaine à Austin, au Texas, à cause d'une tempête de froid. Le directeur général explique ce résultat par les circonstances exceptionnelles du marché, marquées par une explosion des commandes et une hausse des prix sur fond de pénurie. Ce qui signifie que cette situation va inévitablement prendre fin et l’entreprise va retrouver ensuite une rentabilité opérationnelle autour de 19%.
Expansion des capacités de production
Pour accompagner ce développement, les investissements sont portés à un record historique de 2,4 milliards d’euros sur l’exercice fiscal 2022, contre 1,6 milliard d’euros sur l’exercice 2021, et seront ensuite maintenus autour de 13% du chiffre d'affaires. Sur ce montant, un milliard d’euros sera consacré à l’extension des capacités de production des usines à Dresde (Allemagne), Villach (Autriche) et Kulim (Malaisie).
Pour répondre à l’envolée de la demande tout en conservant la flexibilité d’investissement (et donc la rentabilité, point fort d’Infineon Technologies par rapport à STMicroelectronics), l’entreprise de Munich compte accroître le recours à la sous-traitance de la production auprès de fondeurs de puces comme TSMC, GlobalFoundries ou UMC, avec l’objectif de faire passer la part sous-traitée de la production en valeur de 30% en 2021 à 40% en 2025.
Les performances financières d’Infineon Technologies sont saluées en Bourse avec un gain de 233% du cours de l’action depuis mars 2020, contre +155% pour l’indice SOX des valeurs de référence dans les semi-conducteurs.



