Chimie et sport : Des matériaux plus performants pour booster les athlètes

Aller toujours plus loin, toujours plus vite. Rechercher l'allègement, tout en renforçant la robustesse et le confort. La notion de performance a toujours été au centre de la conception des équipements sportifs. Et plus récemment, des enjeux relatifs au développement durable s'y sont greffés, avec l'objectif de réduire l'empreinte carbone et de gérer la fin de vie. Pour répondre à ces attentes évolutives du marché du sport, comment s'organisent les fabricants de matériaux de spécialité ? Nous avons posé la question à Arkema, Syensqo et la start-up Recyc'Elit.

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Coureurs chimie sport athlètes
Coureurs chimie sport athlètes

La mise à l'honneur du sport, cette année, en France, avec la tenue des jeux Olympiques à Paris, quelques mois après l'accueil de la Coupe du monde de rugby, est l'occasion de s'intéresser de plus près à la conception des équipements sportifs (chaussures et vêtements de sport, accessoires d'entraînement et matériels de terrain). Et ainsi, de remonter la chaîne de valeur de la filière sport, jusqu'aux chimistes de spécialité, dont les matériaux contribuent, pour beaucoup, à la performance des produits finis. Sans oublier leur rôle central dans la décarbonation du secteur, avec des innovations qui en témoignent (voir nos sous-papiers sur les chaussures de running et les maillots de cyclisme circulaires, les prises d'escalade et les terrains d'athlétisme biosourcés, ou encore la décarbonation des navires de course).

« Des produits toujours plus légers et maniables »

« Une tendance qui sera toujours présente dans le sport, c'est la performance », abonde d'emblée Jun Mougnier, responsable du business development du segment Sport & Loisirs chez Arkema. C'est d'ailleurs sur ce fondement que le chimiste de spécialité français a développé son marché du sport, principalement centré sur la chaussure de performance (à crampons, à pointe pour l'athlétisme, etc.). Et ce, avec la particularité de fournir des matières issues de la chimie du biosourcé (Rilsan, Rilsamid, Pebax, etc.), qui se retrouvent dans les semelles et les renforts des chaussures.

« Nous travaillons avec toutes les marques, sur ce marché. Pourquoi ces dernières apprécient-elles nos matières ? », interroge Jun Mougnier. « Car on vient apporter beaucoup de dynamisme et de retour d'énergie, ainsi que de la légèreté – un des critères les plus importants dans le sport de haut niveau » répond-il. Ainsi, le marché du Sport & Loisirs présente des volumes intéressants au niveau de la business unit High Performance Polymers d'Arkema, qui dessert d'autres gros marchés, comme celui de l'automobile.

Du côté du belge Syensqo, nouvelle pépite de la chimie de spécialité, née de la scission de l'ancien Solvay, la réflexion menant à se positionner sur le marché du sport est assez récente : « Elle a commencé, il y a environ deux ans. Des différentes analyses finalisées dernièrement, c'est le marché du vélo qui nous a semblé le plus attractif. Et plus particulièrement, celui du vélo électrique, ou e-bike, avec cinq à dix millions d'unités fabriquées par an, au niveau mondial. Un marché porté par une croissance annuelle de plus de 15 % », explique Guillaume Meunier, responsable mondial du marketing du segment Life Sciences chez Syensqo. Sur ce marché, le Belge se positionne sur la substitution de l'aluminium des cadres d'e-bikes par des polymères de spécialité, notamment ceux de sa gamme Omnix, des polyamides de haute performance sur base PPA/ PPHA, chargés en fibres de carbone. « Les matières plastiques se positionnent bien par rapport au métal, puisqu'on cherche des produits toujours plus légers et maniables. En plus du gain d'allègement, s'ajoutent la liberté de design, la fabrication de grandes séries en réduisant le coût, tout en évitant la corrosion et les traces de soudure au niveau des jonctions des tubes », poursuit le responsable. Selon le business plan de Syensqo, le potentiel de substitution décelé, de 3 à 5 kg par e-bike, devrait lui permettre de viser un chiffre d'affaires (CA) de 20 à 30 millions d'euros, d'ici trois à cinq ans. Un montant encore modeste par rapport aux ventes globales de Syensqo (6,8 Mrds € de CA en 2023), mais qui tend à croître.

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Réduire l'empreinte carbone et gérer la fin de vie

Outre l'optimisation de la performance des e-bikes, Syensqo compte également améliorer leur empreinte carbone. « Si on compare [un cadre fait de matières plastiques avec] un cadre en aluminium, en termes d'analyse de cycle de vie, de la fabrication jusqu'au recyclage, en passant par la transformation, on réduit d'environ 50 % à 60 % les émissions de CO2associées », révèle Guillaume Meunier. Arkema, quant à lui, travaille aussi bien en amont, au niveau de l'origine des matières premières (scope 3), qu'en aval, avec les fabricants de technologies (scope 2). Et ce, en ayant, d'une part, largement investi pour réduire l'empreinte carbone de la production de son fameux Rilsan – du polyamide 11 biosourcé, issu de l'huile de ricin –, avec des valeurs actuelles se rapprochant de la neutralité. Et d'autre part, en élaborant un volet plus applicatif : « Récemment, on a aussi travaillé sur une nouvelle technologie de synthèse de mousse par injection, où, en une seule étape, la machine permet de fabriquer la semelle intermédiaire. Là où, classiquement, on aurait eu besoin de 3 à 5 étapes, ce qui s'avère davantage coûteux en énergie », explique Jun Mougnier.

En plus des enjeux liés à la décarbonation, « il y a beaucoup de questions sur la fin de vie des chaussures », poursuit le responsable développement. Selon lui, l'exemple de la chaussure circulaire Cloudneo – recyclable et recyclée – codéveloppée par Arkema avec l'équipementier suisse On Running (voir p. 21) est une des réponses, « mais d'autres solutions existent : le dessous des chaussures peut être broyé (recyclage mécanique) pour produire du goudron, destiné à construire des terrains d'athlétisme, tandis que le dessus sera recyclé chimiquement, pour en faire du textile ». Pour ce qui est des e-bikes, auxquels Syensqo contribue, le sujet du recyclage des cadres e nfin de vie est plus complexe, compte tenu de la difficulté à massifier les flux de déchets. « La collecte des pièces usagées reste compliquée à mettre en œuvre, mais à terme, il faudra regarder le sujet de près », explique tout de même Guillaume Meunier de Syensqo.

À noter que, pour trouver des opportunités en matière de recyclage chimique, dans la filière sport, ce sont vers les textiles en polyester qu'il faut se tourner. « Le sportswear est le domaine du textile qui utilise le plus de polyester. Comme il existe des enjeux de marque et d'image, c'est vraiment là où il faut aller, car les retailers peuvent se permettre d'acheter des matières premières recyclées un peu plus coûteuses », nous apprend Raouf Medimagh, dg de Recyc'Elit, une start-up française qui a développé une technologie de recyclage chimique des déchets plastiques (PET) et textiles (polyester). En ce sens, la start-up française vient d'annoncer un partenariat avec Decathlon, visant à développer des « capsules » – des séries limitées d'équipements sportifs – en textile recyclé (voir p. 22).

Les attentes du consommateur impactent le marché

Contrairement à d'autres industries desservies par les chimistes, comme l'automobile, l'aéronautique ou encore les énergies renouvelables, le sport a pour particularité de reposer sur un modèle commercial en B-to-C (Business-to-Consumer). Ainsi, son évolution, en matière de besoins et de tendances, est inévitablement gouvernée par les attentes du consommateur. D'autant que, depuis quelques années, s'opère une prise de conscience collective visant à améliorer l'état de santé de la population par une pratique quotidienne du sport. Comme en témoigne la France, avec le lancement de son projet « Stratégie nationale sport santé 2019-2024 », il y a bientôt cinq ans.

Portées par le gouvernement, ces mesures incitatives iraient-elles jusqu'à impacter les fabricants de matières premières ? C'est l'avis de Jun Mougnier d'Arkema, assurant que, « plus les gens vont faire du sport, plus ils vont être susceptibles de s'intéresser à des équipements sportifs plus techniques, de s'interroger sur [leur] constitution et [leur] performance. D'où le fait que les magasins s'adaptent, en précisant davantage d'informations sur les matériaux et les technologies employés en amont ».

Du même avis, Guillaume Meunier, de Syensqo, indique que : « dans les régions comme l'Europe ou les États-Unis, où le sport est présent au quotidien, on va de plus en plus vers une activité de loisirs, “healthy”, de détente. En résulte une demande accélérée de produits de consommation. » Les enjeux de développement durable sont, quant à eux, « nés à la suite d'une demande et d'une pression constantes du consommateur, avec une prise de conscience générale, au niveau européen », appuie Raouf Medimagh, dg de Recyc'Elit.

Nul doute qu'une fois l'échéance olympique passée, les opportunités de développement continueront de fleurir pour nos experts des matériaux de spécialité et du recyclage, sur un marché du sport appelé à croître.

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