Quand on parle de sport de nature, l'escalade arrive aisément dans le haut du classement. Du fait de sa démocratisation, la pratique de ce sport ne se déroule plus uniquement en extérieur. La preuve en est avec l'augmentation du nombre de salles d'escalade. Aujourd'hui, l'Hexagone en compte environ 250. Pour attirer les quelque deux millions d'amateurs, ces salles mettent en place des concepts qui reflètent l'état d'esprit des pratiquants de la première heure en proposant des restaurants écoresponsables et des activités annexes (yoga, pilates… ). Mais si les pratiques sont durables, ça n'est pas entièrement le cas des équipements. En effet, les prises sur lesquelles s'accrochent les grimpeurs sont soit en polyuréthane soit en polyéthylène. Et qui dit augmentation du nombre de pratiquants, dit augmentation des besoins en équipements. Ce ne sont pas moins de 25 000 prises d'escalade qui sont fabriquées, chaque jour, en Europe, et environ sept millions de prises en fin de vie qui sont jetées, chaque année, à travers le continent. « La prise d'escalade en fin de vie finit dans une benne. On n'en fait rien du tout. Il est donc important d'avoir un produit plus durable pour avoir une escalade plus durable », pointe Brice Mayeur, ingénieur composite chez Ino'Holds.
C'est pourquoi, depuis quelques années, des amateurs de ce sport de nature s'efforcent de décarboner leur pratique. Si certains cherchent à recycler leur prises, la société Ino'Holds voulait pousser plus loin la démarche et s'orienter vers un matériau biosourcé. C'est donc tout naturellement qu'elle s'est tournée vers FRD-Codem, le centre de ressources technologiques dédié aux écomatériaux et aux matériaux biosourcés, afin de mettre au point le GreenMix, un mélange de fibres naturelles et de matériau plastique.
Technicité et proximité
Comme de nombreux équipements sportifs, les prises d'escalade se doivent d'être résistantes aux chocs et d'avoir une certaine durabilité dans le temps, sans parler de la texturation du matériel qui se doit également d'être persistant à l'usage. Et s'il est une fibre naturelle, utilisée dans les matériaux composites, particulièrement reconnue pour ses qualités mécaniques, c'est le chanvre.

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« Nous travaillons sur un fractionnement à façon des fibres de chanvre pour Ino'Holds » , explique Xavier Dreux, chargé de projet Innovation Matériaux chez FRD-Codem. Avant de poursuivre: « Le mélange qui permet de faire ces prises est une interface entre le PU et le PE. Il contient environ 11 % de PET recyclé ». En ayant recours à la fibre de chanvre, les ingénieurs ont constaté une amélioration de la rigidité du matériau de l'ordre de 23 %, et un allègement de près de 40 %. « L' intérêt de l'allégement des prises est principalement lié à leur transport, mais il y a également un intérêt pour leur installation sur les parois », pointe Xavier Dreux.
Autre point primordial pour le développement de ce matériau composite : avoir recours à une matière première locale et s'approvisionner en circuit court. C'est là l'autre intérêt du chanvre. La France est le leader européen du chanvre, avec près d'un tiers de la production assuré, grâce à près de 22 000 hectares de cultures, en constante augmentation. C'est donc au cœur de la chanvrière, à Troyes (Aube), au sein de l'une des plus grandes salles d'escalade d'Europe - la Cime -, que les premières prises de la gamme GreenMix d'Ino'Holds ont été déployées. La Cime, salle inaugurée en 2023, avait pour objectif principal de réduire la part de pétrosourcé dans ses équipements.
Si Troyes est d'ores et déjà la capitale du chanvre, elle sera, cet été, « la capitale de l'escalade » en servant de centre d'entraînement pour certaines équipes olympiques et paralympiques d'escalade.
Le chanvre, champion de la durabilité
En plus d'offrir de très bonnes qualités techniques aux matériaux, le chanvre est également une plante dont la culture est très intéressante d'un point de vue durabilité. Si sa culture ne nécessite que très peu d'eau, elle est aussi très peu exigeante en termes d'intrants. Ainsi, en plus de préserver la biodiversité des sols grâce à l'absence d'intrants, le chanvre participe à l'amélioration de la structure des sols, notamment en augmentant leur capacité de rétention d'eau. Et comme tout végétal, le chanvre capte le CO2 pour se développer. Par exemple, un hectare de chanvre absorbe autant de CO2 qu'un hectare de forêt, soit 15 t/an. Autant de carbone stocké pour de nombreuses années dans les objets qu'il constitue. Enfin, ses graines sont utilisées en alimentation, voire en cosmétique.



