La course au large inspire la décarbonation du fret maritime

Afin de battre des records, les fabricants de bateaux de course au large développent des technologies visant à limiter le poids des coques et diminuer leur frottement sur l'eau. De telles innovations pourraient s'appliquer au transport maritime afin de diminuer ses émissions de carbone.

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Le transport maritime s'inspire de la course au large pour se décarboner.

Se servir des bateaux de course comme de laboratoires flottants pour réduire l'empreinte carbone du transport maritime. C'est ce que fait la PME CDK Technologies. « Notre cœur de métier, c'est la fabrication de pièces composites haute performance de grande taille », explique Yann Dollo, directeur général adjoint de CDK Technologies. Et la performance, les clients de cette PME bretonne y sont habitués. « 85 % de notre chiffre d'affaires est réalisé dans le secteur de la course au large. Nous fabriquons des bateaux allant de la classe des Ocean Fifty [multicoques de 15,24 m de long] jusqu'à celle du Banque Populaire V [un trimaran de course de 40 m de long], en passant par les Imoca [bateaux du Vendée Globe]. Nous sommes en mesure de fabriquer tout ce qui est en composite à bord de ces bateaux », précise Yann Dollo. Des bateaux réputés pour leur capacité à « voler ». En effet, ceux-ci sont équipés de foils, des appendices en carbone qui permettent de surélever le bateau par rapport à la surface de l'eau et, par conséquent, de limiter les forces de frottement dans l'eau. Ainsi, ces navires ont besoin de moins d'énergie pour se déplacer plus vite. C'est cette particularité qui a attiré l'œil du secteur du transport maritime.

Si la capacité de voler n'a pas beaucoup d'impact sur l'empreinte environnementale des bateaux de course à la voile, elle peut devenir très intéressante pour le fret maritime. « On entend de plus en plus parler d'équiper les cargos de voiles et de mâts pour décarboner le transport maritime. Car en effet, pour diminuer l'empreinte carbone de ce secteur, il y a deux solutions : diminuer la consommation de carburant et diminuer la résistance à l'avancement », explique Yann Dollo. C'est pour cette raison que les chantiers de l'Atlantique -spécialisés dans la construction des paquebots « Géants des mers » et de navires militaires - ont fait appel à un consortium (dont fait partie CDK Technologies) qui fabrique les premiers mâts en carbone de très grande taille afin de mettre au point des gréements visant à propulser à la voile ces navires.

« Nous étudions l'intégration de fibres biosourcées dans nos composites »,

—  Yann Dollo, directeur général adjoint de CDK Technologies

Mais diminuer les forces de frottement des coques n'est pas le seul axe sur lequel travaille la PME bretonne. « Nous étudions l'intégration de fibres biosourcées dans nos composites, mais nous sommes encore au stade du laboratoire », raconte Yann Dollo. Pour l'instant, ce sont surtout les fibres de lin qui sont étudiées pour être implémentées dans les matériaux composites. « Les fibres de lin permettraient de diminuer l'utilisation de fibres synthétiques », explique le dirigeant. La filière de la fibre de lin pour des applications techniques est en train de se structurer, mais l'obtention d'une fibre de qualité constante est plus complexe. « Des grosses filières comme l'automobile travaillent déjà sur ce sujet. Leur puissance financière n'est pas la même », précise Yann Dollo.

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Les fibres naturelles au laboratoire

Actuellement, les composites contenant des fibres de lin ont des propriétés mécaniques proches de celles des composites à base de fibres de verre. Mais ils ne permettent pas encore de rentrer en compétition avec le carbone, même si certains, à l'image de Roland Jourdain, construisent d'ores et déjà des bateaux à partir de cette fibre naturelle. L'une des contraintes majeures des fibres naturelles est leur propriété hydrophobe. En effet, elles vont absorber beaucoup de résine. « Et paradoxalement, trop de résine va fragiliser les matériaux composites », détaille le directeur général adjoint de CDK Technologies. Pour l'instant, les matériaux composites comprenant des fibres végétales sont plutôt destinés à l'outillage, autrement dit à la fabrication des moules pour les différentes pièces. « L'industrie travaille également sur des fibres alternatives à base de cellulose, mais c'est encore au stade du laboratoire », ajoute Yann Dollo. Bien qu'il y ait une véritable intention de décarboner le monde du nautisme, il y a un réel mouvement de fond qui est impulsé par la réglementation Reach. « Les résines que nous utilisons sont de plus en plus pointues. Nos fournisseurs commencent à formuler des résines avec une partie biosourcée. Cela commence à prendre de l'ampleur », précise-t-il.

Le monde du nautisme veut aller plus loin dans sa décarbonation et n'hésite pas à utiliser des outils qui ont déjà fait leurs preuves. Par exemple, CDK Technologies a travaillé avec l'équipe de The 11th Hour pour réaliser une analyse de cycle de vie de son bateau IMOCA qui a participé à The Ocean Race (une course à la voile autour du monde en équipage et par étapes, réservée aux monocoques). Enfin, CDK Technologies coopère avec la classe Imoca pour mettre en place un écoscore qui s'appliquera à la construction des bateaux qui participeront aux prochains Vendée Globe, à partir de 2028.

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