C’est un montant que, pour l'heure, les deux protagonistes tiennent à garder confidentiel : celui de l'investissement de Decathlon dans la jeune pousse lyonnaise Recyc'Elit, spécialiste du recyclage chimique des textiles en polyester et des plastiques complexes en PET. Bien entendu, c'est la branche « textile » qui intéresse l'équipementier sportif français. Celui-ci voit en Recyc'Elit un allié de taille pour développer des produits recyclés à partir de déchets textiles, un des piliers de sa feuille de route North Star visant à « offrir un sport innovant et durable à tous. »
Fondé en 2020, Recyc'Elit a développé une technologie brevetée de dépolymérisation inspirée de la méthanolyse qui, contrairement aux procédés industriels existants, a pour principe innovant d'opérer en conditions douces. Ainsi, la sélectivité qui s'en trouve augmentée permet de dépolymériser spécifiquement le PET, tout en récupérant, sans les dégrader, les comatières: élasthanne, polyamide, coton, nylon, etc. Les deux monomères issus de la dépolymérisation du PET – le DMT et le MEG – sont ensuite repolymérisés pour former des granulés de PET recyclés.
« L'enjeu, ici, c'est de travailler sur du “textile-to-textile”. C'est-à-dire que, du recyclage des déchets textiles, jusqu'alors incinérés ou enfouis, nous parvenions à fabriquer à nouveau des textiles recyclés, de qualité équivalente à celle des textiles vierges », abonde Raouf Medimagh, cofondateur et dg de Recyc'Elit. « Il y aura principalement du déchet en fin de vie, provenant soit des bacs de collecte mis à disposition de la population – un challenge, car on ne connaît pas l'origine – soit de la fin de vie “rapportée”, provenant de systèmes de collecte mis en place par des groupes comme Decathlon. Sans oublier les chutes de production textile, qui représentent des tonnes et des tonnes dont on ne peut actuellement rien faire », détaille-t-il.
Un partenariat rapproché
« À l'époque où on bouclait notre première levée de fonds (3,2 millions d'euros), en octobre 2023, on était déjà en cours de discussion avec Decathlon », révèle le dirigeant. Avant de poursuivre : « Ils avaient vraiment exprimé le souhait de travailler avec nous de manière rapprochée, plutôt que d'avoir une simple relation client-fournisseur. Au fur et à mesure des démonstrations, ils ont pu vérifier la pertinence de notre technologie. Il s'agit d'un véritable partenariat, non exclusif, avec une partie contractuelle sur trois ans. »

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L'objectif, dans ce laps de temps ? Créer des « capsules ». Ce terme, très utilisé dans le monde de la mode, désigne la sortie d'une série limitée, donc nouvelle, éphémère, de petit volume et concentrée dans le temps. « Il ne s'agira pas de quantités industrielles. On va sortir une centaine de kilogrammes de matières [granulés de résine PET] qui vont leur permettre de fabriquer une centaine de pièces. Les produits en eux-mêmes ne sont pas encore définis ; le plus simple serait éventuellement de faire des t-shirts », explique le cofondateur. Pourront ainsi être testées la viabilité du produit fini, son acceptabilité par le consommateur et les spécificités de son marché, en termes de volumes et de prix de vente.
Le dg qualifie de « structurante » cette collaboration qui permettra à Recyc'Elit d'accéder à toute la chaîne de valeur de l'équipementier, dont les tricoteurs et les tisseurs, pour transformer leurs granulés de PET en textiles. « Decathlon va faire cet appel du marché, ce “market pull”. Et nous, notre rôle, à chaque étape, sera de montrer que le scale-up fonctionne, que notre procédé garde la même qualité de monomères et de résine PET », projette-t-il.
S'industrialiser
Pour y parvenir, la jeune pousse a déjà planifié sa montée en échelle, avec l'arrivée d'un démonstrateur capable de traiter dix tonnes de textiles par an, d'ici à début 2025. Et ce, alors même qu'un skid « intermédiaire » est attendu dans quelques mois. Actuellement, elle dispose d'un petit pilote, d'une dizaine de litres, qui lui a déjà permis d'atteindre le TRL 5-6.
Et ce n'est pas tout. « La fin de ces trois années coïncide avec le “point d'étape” de notre road-map initiale. Aussi, ce sera l'occasion de rediscuter ensemble de la prochaine phase, à savoir la phase industrielle, c'est-à-dire la construction d'une usine, d'ici à 2027-2028. Car l'idée est de s'y projeter, autant pour nous que pour Decathlon », confie le dg.
Outre ce partenariat avec Decathlon, Raouf Medimagh espère être en mesure de révéler très prochainement d'autres collaborations se consacrant notamment à la valorisation de l'élasthanne, dont les résultats s'avèrent « très prometteurs ».



