Des besoins en électricité plus massifs que prévu en 2035 en France, anticipe RTE

RTE a présenté le mercredi 7 juin son rapport préparatoire «Comprendre et piloter l’électrification d’ici 2035», prévoyant une forte augmentation de la consommation d’électricité en France. Pour le gestionnaire du réseau électrique français, l'accélération de la transition énergétique et les projets de réindustrialisation expliquent en grande partie ces besoins croissants.

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Pour Thomas Veyrenc, directeur exécutif chez RTE, il faut atteindre un minimum de 250 TWh de production renouvelables d'ici à 2035.

«Pour tenir les engagements de 2035, il faut à la fois doubler les énergies renouvelables, maximiser la production nucléaire, développer la sobriété et l’efficacité énergétiques», résume Perrine Mas, responsable communication chez RTE.

Fin octobre 2021, RTE anticipait dans son scénario médian ‘’Futurs énergétiques 2050’’ une consommation d'électricité en France de 540 TWh en 2035 et de 645 TWh en 2050. Un an et demi plus tard, le gestionnaire du réseau électrique français revoit sa copie et prévoit plutôt une consommation qui pourrait osciller entre 580 et 640 TWh pour 2035, mais maintient son estimation de 645 TWh en 2050. Avec«un gros jalon à passer en 2035.»

Mercredi 7 juin 2023, le gestionnaire a présenté son rapport préparatoire «Comprendre et piloter l’électrification d’ici 2035». RTE y prévoit notamment une croissance de la consommation électrique en France qui devrait dépasser 10 térawattheures (TWh) par an pendant la décennie 2025-2035. Un rythme qui «n'a plus été atteint depuis les années 1980», souligne le groupe.

L’électricité, grande alliée de la transition énergétique et de la réindustrialisation

Une telle augmentation de la consommation en électricité s’explique par les décisions stratégiques de réindustrialiser la France et d’accélérer la transition énergétique. «Les nouvelles ambitions climatiques et de réindustrialisation en France et en Europe impliquent une hausse très nette de la consommation électrique, ce qui correspond aux scénarios les plus élevés décrits dans nos publications de 2021», complète Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE.

L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs, comme les transports ou l'industrie, explique cette flambée des besoins. Alors que le marché des voitures électriques monte en puissance, la mobilité lourde s'y met aussi, l’aviation se tourne vers des carburants durables qui nécessitent beaucoup d’électricité pour être produits… La décarbonation des transports est une bonne chose, mais ne se fera pas sans un approvisionnement massif et peu coûteux en électricité verte. Les besoins en électricité pour l’industrie vont aussi grossir. «Beaucoup d’industries qui souhaitent remplacer petit à petit leur fioul, pétrole et gaz naturel par des énergies durables, seront en demande d’une électricité décarbonée massive», rappelle Perrine Mas. «Certains secteurs comme le numérique (notamment les datacenters) et la production d'hydrogène feront partie également des gros consommateurs.»

Quel mix énergétique ?

EDF devra donc pouvoir fournir une électricité massive et bon marché dans les années à venir. «Il faut atteindre un minimum de 250 TWh de production renouvelable d'ici à 2035, explique Thomas Veyrenc, directeur exécutif chez RTE, soit plus du double par rapport aux 120 TWh produits par an en France par les éoliennes et panneaux solaires.» «On vise la production de 350TWh d’énergie nucléaire en 2035, grâce à l’optimisation des réacteurs existants et la mise en service de l’EPR de Flamanville», ajoute Perrine Mas.

Du côté du biogaz, le gouvernement français souhaite revoir à la baisse le potentiel de biomasse pour en produire. Comme l’explique Xavier Piechaczyk, «il y a une concurrence des usages entre la production alimentaire, la production d'énergie et l'usage des forêts qui constituent aussi des puits de carbone.» Le secteur du biogaz pourrait être limité en cela, augmentant encore les besoins en électricité.

L’Union européenne accélère la décarbonation du vieux continent

L’Union européenne accélère sa transition énergétique via son objectif ‘’Fit for 55’’. En juillet 2021, la Commission européenne a publié 12 propositions législatives d’actions concrètes pour accélérer la lutte contre le changement climatique, atteindre la neutralité climatique en 2050 et tenir l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% au moins en 2030 par rapport à 1990. « Depuis l'adoption du paquet européen ‘’Fit for 55’’ et l'accélération des projets de relocalisation industrielle, on ne parle plus d'une décarbonation linéaire mais d'une décarbonation ‘’super accélérée’’», explique Xavier Piechaczyk. La guerre en Ukraine a accéléré la prise de conscience de l’Europe sur l’importance de sa souveraineté énergétique. 

La décroissance hors-jeu

Consommer moins serait une solution efficace pour décarboner plus rapidement la France. Mais selon l’enquête Ipsos du rapport RTE, bousculer les modes de vie des Français n’est pas une solution envisageable. Malgré une baisse significative de leur consommation depuis la crise énergétique due à la guerre en Ukraine, les Français ne sont pas prêts à changer de mode de vie, «ils ont beaucoup de réticence à envisager une diminution de la taille des logements ou à renoncer à la voiture individuelle », conclut Xavier Piechaczyk.

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