Il n’y a pas de temps à perdre. Avec sa durée de séchage d’une heure trente, la résine époxy dicte le tempo dans l’atelier de moulage des skis traditionnels de l’usine Dynastar, à Sallanches (Haute-Savoie). La fibre de verre est imprégnée, découpée et assemblée aux autres couches. Le tout cuit dans une presse. Sur l’écran bien visible en hauteur, des barres de couleur défilent pour indiquer les temps, écoulés et restants, pour chaque poste. Tout est chronométré.
Pour planifier la production – 60 000 paires de skis alpins et de randonnée chaque année et 100 000 paires juniors, fabriquées avec un procédé différent – un logiciel développé en interne a été déployé début 2021. Baptisé Artium, il s’affiche sur les écrans de tous les ateliers. Grâce au scan de code-barres, les opérateurs y renseignent les ordres de fabrication (OF) traités et leur avancement. « Sa grande force est la visibilité à deux semaines qu’il nous apporte, souligne Élisabeth Foivard, la directrice du site aux 13 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Il a remplacé les fiches en carton et beaucoup de transmission orale d’informations. »
La numérisation, outil de compétitivité
Dans l’atelier de moulage, l’équipe est rassemblée devant un écran affichant un autre logiciel : un tableau de bord pour animer les réunions, signaler les problèmes et donner les indicateurs de sécurité, d’environnement, de qualité, de délais et de coûts, mis à jour quotidiennement. Fourni par l’entreprise Fabriq, il sert à tout le personnel, y compris aux équipes support. « Cela nous a fait progresser. Nous priorisons mieux les tâches, voyons les points bloquants, faisons de l’historique et ne perdons plus les fiches en papier », souligne Élisabeth Foivard.
L. Cousin / Haytham-Réa Malgré la numérisation, une part de la production reste manuelle, certaines opérations ne pouvant être automatisées. © L. Cousin / Haytham-Réa
L’objectif de cette numérisation ? « Améliorer notre compétitivité pour continuer à produire des skis en France et en Europe de l’Ouest », alors que beaucoup de concurrents produisent en Europe de l’Est », résume Jean-Laurent Nectoux, le président de Dynastar et vice-président des opérations au sein de la maison mère Rossignol, implantée à Saint-Jean-de-Moirans (Isère). En plus du site de Sallanches, fondé en 1963 et unique usine de production industrielle de skis en France, le groupe produit ses skis à Artés (Espagne), ses fixations à Nevers (Nièvre) et ses chaussures à Montebelluna (Italie).
Mais le contexte reste difficile. Le site de Sallanches a subi un plan de sauvegarde de l’emploi, fin 2020. De 145 personnes en CDI et 34 en CDD ou intérim, il est passé à 74 CDI et huit intérimaires. « Un vrai traumatisme, assure Élisabeth Foivard. La numérisation de l’usine est aussi un moyen de redynamiser les équipes. » Les résultats du projet, en phase d’amélioration continue, sont déjà là. « C’est le jour et la nuit », considère la directrice du site, surprise à son arrivée en 2011, en venant du monde de la sous-traitance automobile, du retard de l’usine en termes de numérisation.
Traçabilité et calme
Il faut dire que la fabrication de skis reste très artisanale. Hormis quelques opérations, comme de la découpe, tout est fait manuellement et semble difficilement automatisable. « Ces outils m’ont changé la vie », affirme-t-elle, soulignant une meilleure traçabilité des OF et le calme des ateliers. « Avant, des gens étaient sans cesse à la recherche de leurs OF. » Le taux de disponibilité des articles dans l’entrepôt logistique isérois, qui livre le monde entier, est de plus de 98 %.
« Une vraie amélioration et une belle performance dans un contexte difficile de redémarrage post-Covid-19 », accentue Élisabeth Foivard. Et les inventaires sont plus justes. « Nous n’avons noté aucune erreur de stock sur les pièces réceptionnées, et un écart très réduit sur les produits en sortie d’usine, que nous savons expliquer contrairement à avant. » Sans parler des échanges plus fluides entre employés. Dans l’atelier d’usinage, deux tableaux blancs ornent encore les murs. Sur les feuilles A4 aimantées, il reste des tableaux remplis d’écritures manuscrites au feutre. Vestiges des réunions d’animation d’équipe avant que les écrans ne s’imposent dans l’usine.
L'usine de Sallanches en chiffres
- 13 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021
-
74 salariés



