[Trophée de la stratégie R&D] Seqens’Lab mise sur la chimie en continu

Centre d’excellence du français Seqens, spécialiste de la chimie fine, le Seqens’Lab développe l’industrialisation de la chimie en flux continu. L'Usine Nouvelle lui a attribué le prix de la stratégie R&D des Trophées des usines 2022.

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Sur le site de Porcheville, Seqens permet à des laboratoires de produire en quantités de plus en plus importantes.

Fondé en 1976 à Porcheville (Yvelines), l’ancien site de R & D de Sanofi porte en lui une certaine symbolique. Cédé en 2010 à l’américain Covance, il a frôlé la fermeture définitive en 2016 avant d’être remis sur les rails in extremis par PCAS, le groupe français acquis deux ans plus tard par son compatriote Seqens, le spécialiste de la chimie fine pharmaceutique et d’ingrédients de spécialité.

En 2019, Seqens a redonné un avenir complet au site en y injectant 6 millions d’euros pour en faire son centre d’excellence mondial, le Seqens’Lab : 5 000 m2 de laboratoires associés à une partie purement industrielle pour le développement d’unités pilote et la production de lots pour les développements cliniques. C’est ici, sur ce site de 5 hectares qui a failli disparaître il y a à peine six ans, que Seqens peaufine une rupture technologique industrielle majeure : la chimie en flux continu pour la synthèse de principes actifs pharmaceutiques.

Actuellement, cette synthèse de principes actifs, ces molécules qui soignent et qui alimentent les usines pharmaceutiques de formulation de médicaments, s’effectue via des productions par lots, dans de grands réacteurs. Ce qui implique d’énormes quantités de matières premières, en premier lieu des solvants, et de multiples étapes de synthèse avec des besoins énergétiques importants.

Objectif relocalisation

Depuis vingt ans, ce type de production a largement été délocalisé en Inde ou en Chine, pour des raisons de coûts et de compétitivité mais aussi d’incompatibilité avec les normes environnementales européennes. Alors que la pandémie de Covid-19 a fait surgir le besoin de souveraineté sanitaire et la nécessité de rapatrier en France et en Europe des productions stratégiques pour les médicaments, la chimie en flux continu apparaît comme une piste très prometteuse.

Gautier Decock, le directeur du Seqens’Lab, évoque de la « microfluidique. Au lieu de charger les matières premières dans de grands réacteurs, le principe est de travailler sur de petites quantités réactionnelles et des doses de solvants beaucoup plus faibles ». À la place de vastes réacteurs isolés et énergivores, les réactions chimiques se combinent ainsi à moindre échelle dans une chaîne continue de petits réacteurs.

Avec pour avantages principaux de permettre « une bien meilleure maîtrise de paramètres comme la stœchiométrie, la température et le temps, et d’offrir des rendements plus importants, des réactions secondaires moindres, et un taux beaucoup plus faible d’impuretés », souligne Gautier Decock. Autre avantage : la chimie en flux continu offre une plus grande versatilité des productions, pour passer rapidement de la synthèse d’un ingrédient actif à un autre. Cette technologie remodèle ainsi, de manière plus environnementale et plus sécuritaire, des productions complexes de synthèse pharmaceutique. Et donc de pouvoir envisager des réimplantations en France et en Europe.

De 60 grammes à 2 kilos de capacité par heure

À Porcheville, plusieurs laboratoires travaillent sur ce projet qui a nécessité environ 4 millions d’euros d’investissement. Un demi-million d’euros ont été injectés pour les différents équipements de laboratoires, avec cinq chercheurs travaillant à temps plein pour développer les voies de synthèse en flux continu. Le solde, 3,5 millions d’euros, a été dévolu au développement de l’unité pilote de production, laquelle a nécessité dix-huit mois pour son installation, au cœur de la partie industrielle du site, et sa qualification à la norme internationale de bonnes pratiques pharmaceutiques.

Cette nouvelle unité a déjà permis de franchir un palier évident en termes de production, avec des capacités de 2 kg par heure, contre 60 g par heure en laboratoire. Le projet industriel vise aussi le court terme. À partir de 2024, Seqens compte déployer ce procédé à l’échelle commerciale au sein de son complexe de Couterne, dans l’Orne, avec des capacités initiales de 100 tonnes par an. Ce plan de marche est d’autant plus stratégique, assure Gautier Decock, que le groupe est aujourd’hui « l’un des seuls industriels en France et en Europe à pouvoir le faire ».

Le site de Porcheville en chiffres

  • 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021
  • 150 salariés
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