La fabrication de plaques de plâtre est une activité poussiéreuse, mais également grande consommatrice d’eau. Le site Siniat de Saint-Loubès (Gironde) n’échappe pas à ces contraintes et ses équipes ont pris le problème à bras-le-corps. Depuis l’été, il fonctionne essentiellement avec les eaux traitées par la station d’épuration toute proche. S’appuyant sur la nouvelle réglementation en vigueur, un arrêté préfectoral du 31 juillet 2023 l’a autorisé à utiliser ces eaux grises, une première pour une entreprise locale.
Comme beaucoup d’industriels français, les dirigeants de Siniat, la marque commerciale du groupe belge Etex, ont été affectés par l’épisode de sécheresse de 2022. L’objectif, en dehors des considérations environnementales et d’économie d’eau potable, est de poursuivre l’activité en cas de pénurie hydrique et d’inspirer les autres sites de la société.
Fiche d'identité
- Production : 30 millions de m3 de plaques de plâtres par an
- Objectif : réduire la consommation en eau potable de 50 000 m3/an minimum
- Implantation : Saint-Loubès (Gironde)
- Effectif : 94 CDI et 32 intérimaires
Construite en 1989, l’usine de 40 000 m2 produit 30 millions de mètres carrés de plaques de plâtre par an. Le process industriel démarre par la réception de 1 000 tonnes de gypse par jour issu d’une carrière béarnaise, même si l’entreprise utilise également des déchets de chantier, qui permettent d’intégrer 20% de plâtre recyclé dans les produits finis. Le gypse est mélangé à de l’eau et à divers adjuvants solides et liquides, selon les types de plaques, pour former le plâtre.
Côme Sittler La fabrication du plâtre, avec du gypse et des déchets de chantier, requiert beaucoup d'eau. © Côme Sittler
Réduire encore la consommation
Nous prélevons et consommons 160 000 m3 d'eau, dont 60 000 d’eau de pluie, soit l’équivalent de 60 piscines olympiques.
— Henri-François Boyer, directeur de la qualité
Sur une ligne de production longue de 300 mètres, d’énormes rouleaux de papier recyclé se déroulent et prennent la matière en sandwich. Une fois constituées, les plaques sont tranchées et placées pendant quarante-cinq minutes à deux heures et demie dans un séchoir de 80 mètres de longueur alimenté au gaz – qui devrait passer en biomasse d’ici à 2027 afin de réduire les émissions de CO2. À la fin de process, elles subissent une dernière coupe propre avant de rejoindre la zone d’expédition. Une cinquantaine de camions livrent les clients, de la Bretagne à l’Occitanie, en passant par la Nouvelle-Aquitaine.
Après le gypse et l’énergie, la troisième ressource vitale pour cette activité est l’eau. «Nous en prélevons et en consommons 160 000 m3, dont 60 000 d’eau de pluie, soit l’équivalent de 60 piscines olympiques, précise Henri-François Boyer, le directeur de la qualité. Il y a quatre ans, les bassins ont été redimensionnés pour mieux collecter les eaux de pluie. La consommation d’eau potable a baissé de 20 000 m3, mais elle reste tout de même de 100 000 m3.» Dès 2013, Siniat a construit trois bassins alimentés par les eaux de process et les eaux pluviales de toutes les toitures et voiries. Entre 2011 et 2018, la consommation d’eau potable a diminué de 60%.
Objectif visé : l'autonomie en eau
Depuis juillet, l’usine reçoit l’eau de la station d’épuration de la zone industrielle, située à 500 mètres. Le dossier de raccordement a été soutenu par l’agence de l’eau Adour-Garonne, la ville de Saint-Loubès et la communauté de communes des Rives de la Laurence, qui a proposé un tarif attractif pour l’eau réutilisée. L’investissement, porté par le groupe belge, est de 840 000 euros, un montant non négligeable pour une activité dont les marges sont faibles.
La canalisation qui rejette l’eau traitée dans la Dordogne et passe à proximité de l’usine a été détournée et raccordée aux bassins de stockage. Même si sa qualité est suffisante, cette eau est filtrée et subit un traitement antibactérien avec du sable et des lampes UV avant d’être injectée dans les process. Les boues sont envoyées dans un bassin où sont plantés des roseaux qui les absorbent naturellement.
Côme Sittler 30 millions de mètres carrés de plaques de plâtre sortent de l'usine chaque année. © Côme Sittler
Deux aérateurs se déclenchent dans le bassin principal si le taux d’oxygène est trop faible, afin d’éviter l’apparition d’algues. «L’objectif est de rendre l’usine autonome en eau et de réduire sa consommation d’eau potable de moitié, voir totalement, en fonction des pluies», indique Yoann Hagenmuller, le directeur du pôle industriel Sud-Ouest d’Etex. Un peu plus loin, une lagune naturelle, avec ses grenouilles, ses poissons et ses écrevisses, peut aussi faire office de stockage. Quand industrie et biodiversité font bon ménage…



