C’est un appel à l’aide. Lundi 12 juillet au matin, les représentants de la filière automobile ont rencontré le président de la République Emmanuel Macron. Cette réunion intervient alors que la Commission européenne pourrait dévoiler de façon imminente une proposition visant à interdire les moteurs thermiques et hybrides des ventes de voitures neuves dès 2035. Devant l'inquiétude des industriels, la France compte négocier pour retarder la fin des moteurs hybrides.
“La question, c’est la survie de notre industrie”
“La question, c’est la survie de notre industrie. Je pèse mes mots”, prévenait vendredi 9 juillet Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), le lobby des industriels français du secteur. Selon différentes sources, la Commission européenne pourrait proposer une réduction des émissions de CO2 de 50%, voire 65% entre 2021 et 2030 pour les voitures particulières. "Il n’y aura plus qu’une seule solution qui permette de rentrer dans les normes européennes. Ce sera l’électrique à batterie”, a estimé le président de la PFA.
Les propositions de la Commission européenne devront tout de même être négociées. La réunion du 12 juillet a permis d'affiner la stratégie française. "Le président a engagé l'ensemble des participants à converger vers une seule et même position de façon à parler d'une voix unifiée à Bruxelles", confie une source de l'Élysée.
Ce que la France compte défendre pour 2030 et 2035
À l'horizon 2025, la France compte défendre des "objectifs inchangés". "Ce sont des délais très rapprochés qui ne permettent pas une adaptation rapide de l'outil industriel", argumente-t-on du côté du président de la République. Les normes européennes prévoient actuellement une réduction des émissions de CO2 de 15% entre 2021 et 2025 pour les voitures particulières.
Pour 2030, les normes existantes portent sur une diminution de 37,5%. Mais la Commission européenne pourrait durcir cet objectif à -50% au bas mot. Selon la PFA, un tel objectif nécessiterait au moins 42% de véhicules électriques dans la flotte européenne. "En France, cela veut dire davantage parce que nous savons très bien que cela ne sera pas du tout homogène sur l’ensemble des pays", signale Marc Mortureux, directeur général de la PFA.
En mai, les voitures électriques représentaient à peine 7% des ventes françaises, bien en dessous des 42% évoqués par la PFA. Il faudrait donc une montée en puissance colossale des ventes de véhicules électriques. Mais la mission ne semble pas impossible à l'Élysée. "La filière a crédibilisé un scénario à -50%", assure l'entourage du président. "Nous pensons qu'un objectif de -55% serait une bonne base de discussion", ajoute la source, précisant que ce scénario dépend tout de même d'un plan de soutien au niveau européen.
Autre sujet sur la table: l'éventuelle interdiction des moteurs hybrides dès 2035. Cette piste inquiète sérieusement les constructeurs automobiles, alors qu'un bon nombre d'entre eux y voyaient une technologie de transition avant le passage au tout électrique. Un point de vue partagé par Emmanuel Macron. "Nous n'avons pas acté la fin du moteur thermique en 2035 parce que, de fait, cela vient fermer la porte à l'hybride en 2035 également", indique la source de l'Élysée.
L'État se dit "ouvert" à de nouveaux soutiens
En mai 2020, pour secourir un secteur paralysé par la crise sanitaire, le gouvernement avait dévoilé un plan de relance automobile de 8 milliards d’euros. Plus récemment, l’État s’est mobilisé pour créer un écosystème de la batterie en France. Mais selon la PFA, il en faudra plus pour éviter un “scénario catastrophe” qui pourrait se traduire par la suppression de 100 000 emplois sur plus de 400 000.
Le président de la PFA a assuré qu’un “scénario du rebond” restait possible. Selon la PFA, la filière automobile française devra investir 17,5 milliards d’euros d’ici à 2025 pour réaliser la transition électrique: 6,6 milliards pour les batteries, 1,2 milliard pour l’hydrogène, 900 millions pour l’électronique de puissance, 275 millions pour l’économie circulaire et 8,5 milliards pour les bornes de recharge. Luc Chatel a appelé à un “accompagnement massif des pouvoirs publics”.
"Face à cette demande, le président de la République et les différents ministres ont dit qu’ils étaient ouverts à soutenir ces investissements", rebondit l'entourage du chef de l'État. Le détail de ce plan de ce plan reste à définir, mais il pourrait être dévoilé en septembre.
Les points noirs de la compétitivité française
Élément clef pour l’acceptation des voitures électriques, le réseau de bornes de recharge peine à se densifier. Fin juin, l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere-France) ne comptait que 33 363 points de charge installés sur un objectif de 100 000 à la fin de l’année 2021.
Et ce n’est pas le seul chantier dans lequel la France accuse du retard. “80 % des robots installés pour l’automobile dans le monde sont concentrés sur cinq pays: la Chine, le Japon, l’Allemagne, les États-Unis et la Corée du Sud. La France n’est pas dedans”, déplorait Luc Chatel avant sa rencontre avec Emmanuel Macron.
Le président de la PFA a aussi alerté sur les écarts de coûts de fabrication entre la France et les autres pays européens. Cet écart peut atteindre 300 euros par véhicule, en prenant en compte les pays d’Europe du Sud, ou même 600 euros face aux pays d’Europe centrale. “C’est absolument considérable, souligne Luc Chatel. Cela justifie le fait que la France ait du mal à capter les investissements du futur.” Sur ce point, l'Élysée assure poursuivre la réflexion sur des zones franches où les entreprises pourraient bénéficier d'impôts de production réduits.



