Nouveau séisme à venir dans le secteur automobile. Mercredi 14 juillet, la Commission européenne doit dévoiler le très attendu paquet législatif "Fit for 55", un ensemble de propositions destinées à tenir les objectifs climatiques de l’Europe. Les normes d’émissions de CO2 pour les voitures particulières et les vans vont très probablement faire partie des sujets abordés. L’exécutif européen pourrait suggérer de resserrer cette réglementation afin de bannir les moteurs thermiques du Vieux Continent... Dès 2035.
Plus d’illusion sur les moteurs thermiques
Rien n’est officiel pour l’instant. Et les propositions de la Commission européenne devront être discutées. "Le paquet ‘Fit for 55’ fera à n'en pas douter l'objet de nombreux échanges et négociations entre le Conseil et le Parlement européen", fait remarquer la Fondation Robert Schuman, en rappelant les désaccords des pays européens sur la transition énergétique.
Malgré cette marge de manoeuvre, les rumeurs sur la fin des moteurs thermiques suscitent déjà de nombreux commentaires. Les constructeurs automobiles ne se font guère d'illusions. L’objectif européen de neutralité carbone pour 2050 condamne de toute façon les moteurs thermiques. Les industriels redoutent toutefois de ne pas pouvoir tenir le rythme fixé par les nouvelles normes. "Nous évaluons qu'une transition énergétique trop rapide mettrait 50 000 emplois à risque sur la filière de la mécanique en France", a mis en garde le directeur général du groupe Renault, Luca De Meo, devant les parlementaires français.

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Empilement de normes
À ce jour, les normes européennes visent une réduction des émissions de CO2 de 37,5% entre 2021 et 2030 pour les voitures particulières. Selon la Plateforme automobile (PFA), le lobby des industriels français du secteur, la Commission européenne souhaiterait resserrer l’objectif de 2030 à -50%, voire -60%. Pour 2035, la Commission européenne étudierait une diminution de -100%, selon Politico, ce qui signifierait la fin des moteurs thermiques... Et hybrides, qu’ils soient rechargeables ou non.
En plus de ces objectifs qui visent les émissions de CO2, des négociations portent sur la norme Euro 7. Envisagé pour 2025, ce règlement s’attaquerait à d’autres gaz comme les oxydes d'azote (NOx). Il faut ajouter à cela des réglementations locales, comme les zones à faibles émissions mises en place en France.
“Plus qu’une seule solution” pour les industriels
Pour les industriels français, un tel durcissement avancerait de cinq années la sortie des véhicules thermiques. La loi d'orientation des mobilités (LOM) prévoyait la fin des ventes de voitures à énergies fossiles pour 2040. L’éventuelle interdiction des moteurs hybrides représenterait également un coup dur. Plusieurs entreprises, à l’image de Toyota, voyaient dans les voitures hybrides une solution de transition avant le tout électrique.
"Il n’y aura plus qu’une seule solution qui permette de rentrer dans les normes européennes. Ce sera l’électrique à batterie”, avance Luc Chatel, président de la PFA. On choisit une technologie sur laquelle nos concurrents ont au moins une dizaine d’années d’avance sur nous", ajoute-t-il, en référence à la Chine.
Des industriels pris de court
Les constructeurs peuvent-ils faire face à une telle accélération? Les voitures électriques représentaient à peine 7% des ventes françaises en mai. Et peu de marques s’engagent précisément sur un catalogue de voitures 100% électriques. En juin, l’ONG Transport&Environment (T&E) alertait sur le retard des constructeurs automobiles. "Volvo et Volkswagen sont les seuls grands constructeurs automobiles prêts à passer à l’électrique dans le cadre des objectifs climatiques européens", taclait l’ONG dans un rapport. Il se murmure d’ailleurs que l’avance de Volkswagen aurait motivé le gouvernement allemand à soutenir une transition accélérée vers l’électrique...
"L’accélération du calendrier va avoir des conséquences assez dévastatrices sur la filière", s’alarme Luc Chatel. D’autres analystes se montrent moins pessimistes. Spécialiste de l’énergie et de la mobilité au sein du cabinet Wavestone, Clément Le Roy rappelle les sommes considérables investies par les constructeurs automobiles. "Ils ont tout intérêt à rentabiliser leurs investissements, fait-il remarquer. C’est presque une bonne nouvelle pour les constructeurs parce que cela accélère encore plus le développement des véhicules électriques. Cela ferait tourner à plein leurs usines".
Le consultant met également en garde contre l’attrait de l’hybride comme technologie de transition: "Devoir maintenir sur une trop longue période un système hybride avec beaucoup de ventes de moteurs thermiques et en parallèle une montée en puissance trop lente du modèle électrique, ce serait pire que tout".
Le président de la PFA doit rencontrer le président de la République, Emmanuel Macron, lundi 12 juillet. Il compte lui notamment lui présenter "les conditions du sursaut" de l’industrie automobile française. Parmi elles, des aides aux PME de la filière, des investissements dans les technologies d'avenir et bien évidemment le développement du réseau public de bornes de recharge. "Il y a un changement de rythme du gouvernement sur ce sujet depuis quelques mois, mais il n’est pas du tout à la hauteur", tacle Luc Chatel.



