« La question écologique n’est pas l’ennemie de la question sociale et vice-versa », martèle Laurent Berger. Aux côtés du secrétaire général de la CFDT, Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot, dit la même chose autrement : « Il n’y a pas abandon d’une cause pour l’autre ». Pas question, donc, de renoncer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre (dont 15%, en France, proviennent des véhicules individuels) pour sauver l’emploi. Partenaires depuis 2019 dans le « pacte du pouvoir de vivre », le syndicat et l’organisation écologiste publient, le 30 juin, une étude menée avec le cabinet Syndex sur les conséquences pour l’emploi du passage de la voiture thermique à la voiture électrique. La filière automobile française a perdu 100 000 emplois en dix ans et 100 000 supplémentaires risquent de disparaître d’ici 2035, selon l’Observatoire de la métallurgie. Notamment en raison du remplacement de la motorisation thermique par la motorisation électrique : la fabrication d’un moteur électrique nécessite 60% de main d’œuvre de moins que celle d’un moteur diesel, le plus pourvoyeur en emplois.
Les sept segments de la filière moteur (composants moteurs, assemblage des moteurs, transmissions et boites de vitesse, système d’échappement, fonderies, équipements électroniques, batteries) emploient 57 000 salariés (70 000 avec les intérimaires), représentant un quart des effectifs constructeurs et équipementiers.
Syndex L'état des troupes dans chaque segment actuellement
Quatre scénarios, tous de pertes d'emplois

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Selon les scénarios publiés par l’étude, ces effectifs chuteraient, en 2050, à 18 000 si rien n’est fait, 30 000 avec la politique de relance actuelle, 43 000 avec une très forte politique de relance sans évolution des usages, jugée peu réaliste, ou 40 000 dans un scénario de « transition juste » que privilégient CFDT et Fondation Nicolas Hulot. « Ce n’est pas facile pour un syndicat de porter un scénario de pertes d’emploi, reconnaît Laurent Berger. Mais elles auront lieu. »
Impossible d’y échapper dans les cinq à dix prochaines années. Dans le scénario privilégié, 14 000 emplois disparaissent entre 2019 et 2030 dans la fabrication de moteurs, auxquels s’ajouteraient 7 000 disparitions de plus entre 2030 et 2035. Pour ne pas laisser les salariés sans solution, les deux partenaires réclament des Etats généraux de l’automobile, la conditionnalité des aides publiques à un engagement social des constructeurs, la création d’un fonds de transition, comme en Allemagne, pour assurer la reconversion des salariés, des conférences régionales pour traiter les opportunités par bassins d’emploi.
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Pour la CFDT, le récent fonds d’accompagnement des salariés de l’automobile de 50 millions d’euros mis en place par les constructeurs et l’Etat arrive trop tard, puisqu’il vise un accompagnement des salariés dont les entreprises sont en redressement ou liquidation.
Produire plus de batteries en France
Passée cette période difficile mais transitoire, la situation de l’emploi pourrait cesser de se dégrader à partir des années 2030, pronostique l’étude. Elle s’appuie sur d'ambitieux objectifs de transition écologique. La France produit aujourd’hui 3,1 millions de moteurs automobiles, dont 2,2 millions pour les véhicules assemblés en France, le reste étant exporté. L’étude se fixe pour objectif de maintenir une production de 2,3 millions de moteurs en France en 2030, pour 2 millions de véhicules assemblés sur le territoire national. Ils seraient, en 2030, à 100% électriques ou hybrides, pour devenir à 100% sans émission de gaz à effet de serre en 2035.
Les pertes d’emploi liées à la disparition du moteur thermique seraient en partie compensées par des créations d’emploi. A une condition : localiser ou relocaliser la production des composants principaux des moteurs électriques et celle des batteries. « Il faut changer d’échelle ! La France porte deux projets de giga-factories, ce n’est pas suffisant, l’Allemagne en a 8 ! » tempête Nicolas Hulot.
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Si les cellules de batteries sont fabriquées en France, 15 000 emplois pourraient être créés d’ici 2030-2035, évalue l’étude de Syndex. 9 000 autres seraient pourvus dans le recyclage des batteries, 5 725 dans l’activité de rétrofit. La production des composants électroniques devrait aussi pouvoir retrouver le chemin de l’Hexagone. Des emplois industriels auxquels s’ajouteront d’autres postes dans les services ou le BTP (voitures partagées, bornes de recharge, gestion des données…).
Tous ces scénarios restent suspendus à l’annonce attendue pour le 14 juillet par la Commission européenne de son plan « carbone 2030 », avec sans doute une date pour l’interdiction des moteurs thermiques dans l’Union européenne. Avec une question en suspens: et si les modèles hybrides rechargeables étaient interdits dès 2035 ?



