En cette fin 2021, quatre rapports parus en France poussent à une même conclusion. Les questions de biomasse et d'agriculture durable sont centrales pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et la stratégie climat de la France doit être pilotée au plus haut niveau de l’État. Dans un avis sur les plans climat des ministères de l’Économie, de l’Agriculture et de l’alimentation et de la Transition écologique - les trois seuls publiés sur les dix attendus -, le Haut conseil pour le climat (HCC) rappelle qu’une coordination interministérielle est indispensable entre ces différents plans et recommande un pilotage au niveau du Premier ministre, avec la nomination d’un coordinateur.
En l’état, ces plans ne sont encore qu’une liste de mesures existantes ou prévues secteur par secteur, rarement financées et calibrées pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie nationale bas carbone (SNBC) ou le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). Pourtant, les émissions de l'agriculture et des transports plombent toujours le bilan carbone français.
Dans sa revue de la politique énergétique de la France de novembre 2021, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) écrit la même chose. Constatant qu’il n’existe pas de cadre national permettant de suivre, d'évaluer ou d'orienter les progrès vers les nombreux objectifs climat, elle incite aussi à un pilotage de la politique de réduction des émissions par le Premier ministre et à une mise à jour annuelle des indicateurs de la SNBC et de la feuille de route énergétique (PPE).
451 000 emplois en plus dans l'agriculture si...

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Ce pilotage centralisé est d’autant plus important que l’enjeu est économique, mais aussi social. Si la transition écologique peut permettre de créer 300 000 emplois nets d’ici à 2050, selon la dernière évaluation du Shift Project, ce sera au prix d’un complexe phénomène schumpeterien de destruction et création. L’automobile perdra globalement 373 000 emplois et le logement 86 000, tandis que l’agriculture en gagnera 451 000. Si la baisse de la consommation de viande et l’essor des produits locaux feront perdre 79 000 emplois à l’agroalimentaire et au commerce de gros, la relocalisation de la production de fruits et légumes en fera gagner 366 000, l’agroécologie 133 000, la diversification des activités 42 000 et l’artisanat commercial 10 000.
Une mutation vers une agriculture durable relève d’un choix de société, comme le souligne l’Ademe. Dans son étude prospective Transition(s) 2050, elle présente quatre voies distinctes, entre frugalité et pari technologique, dans lesquelles la biomasse et l’agriculture jouent toujours un rôle central. Une mutation que la nouvelle Politique agricole commune (PAC) européenne donne aux États membres la liberté de mettre en œuvre.
Au moment où la France a perdu 100 000 exploitations agricoles en dix ans et 12% de ses emplois agricoles, avec 58% d'exploitants âgés de plus de 50 ans, il serait dommage de ne pas en profiter. Si le renouvellement des générations dans le monde agricole semble "un défi majeur" au ministre actuel de l’Agriculture Julien Denormandie, peut-être que les candidats à l’élection présidentielle de 2022 peuvent faire du développement d’une agriculture durable un élément de programme économique et social motivant, attractif pour une jeunesse en quête de sens.



