Les éleveurs laitiers du Sud-Ouest ont des raisons d’être inquiets. Danone a annoncé qu'il allait investir 43 millions d'euros en 2022 pour convertir son site de Villecomtal-sur-Arros, dans le Gers, à la production de boissons végétales, principalement à base d’avoine. La production actuelle de yaourts serait transférée sur d’autres usines du groupe en France. Et avec eux, les contrats d’achat et de collecte de lait.
40% des émissions de l'agriculture
Danone, qui se veut exemplaire dans sa transition écologique, s’engage à aider ses partenaires agricoles à trouver des solutions concrètes et adaptées à chaque situation. Des solutions qu’il va falloir regarder de près. Car ce type de situation va se répéter ailleurs. Et pas uniquement parce que le marché du lait végétal est plus rémunérateur que celui du lait de vache ou que le nombre de végétariens ne cesserait de croître. Mais pour des raisons climatiques.
L’agriculture est responsable de 10% des émissions de gaz à effet de serre en Europe et de 20% en France (l’électricité nucléaire faisant drastiquement baisser la part de l’énergie, et donc augmenter celle des autres secteurs émetteurs). La moitié de ces émissions proviennent de l’élevage - dont 40% sont liés à l'élevage des bovins. C’est donc sur ce poste qu’il serait le plus efficace d’agir pour baisser les émissions du secteur. C’est d’ailleurs ce qu’anticipe le groupe de réflexion Shift Project, dans un rapport intermédiaire de septembre 2021 sur la transformation de l’économie pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
79 000 emplois menacés
Globalement, la transition écologique permettrait de créer de l’ordre de 300 000 emplois en France dans les onze secteurs étudiés par le think tank présentant aujourd’hui 3,9 millions d’emplois, mais après en avoir détruit 800 000, notamment dans l’automobile (300 000). C’est l’agriculture qui verrait la plus forte hausse nette (421 000 emplois), notamment grâce à la relocalisation de la production de fruits et légumes (366 000), à la généralisation des pratiques agroécologiques (133 000), et à l’intégration d’activités de valorisation par les producteurs (42 000). En revanche, 79 000 emplois seraient perdus dans la transformation de produits animaux et du négoce.
Or, pour l’instant, ce n'est pas du tout ce que prévoient les acteurs de la filière agricole. Dans les cent engagements de l’association nationale des industries alimentaires (Ania) pour le climat ou dans le plan d'action climat du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, les solutions proposées aux éleveurs bovins n’anticipent pas une diminution du cheptel. Au contraire, tous misent sur la valorisation des déjections en biogaz et engrais. Une impasse, qu’il va falloir d’urgence éviter.



