Chronique

[Climato-éthique] La transition énergétique doit être solidaire, acceptable et durable

Toute action humaine a un impact. A l’heure d’investir (enfin) massivement dans les technologies de la transition énergétique, dont aucune ne peut suffire seule, mieux vaut ne pas oublier les effets économiques et sociaux, mais aussi environnementaux, à long terme.

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Eolienne mer
L’impact à long terme sera différent si un électrolyseur est alimenté majoritairement par une centrale à charbon, nucléaire, hydraulique, ou directement avec des éoliennes en mer.

La nouvelle patronne d’Engie, Catherine MacGregor, est bien placée pour le savoir, elle dont le groupe fait face à la fois à la fronde contre les éoliennes et la méthanisation agricole, ainsi qu'à l’envolée des prix du gaz. Les technologies de la transition énergétique doivent être « fiables », « abordables » et « durablement décarbonées », a-t-elle rappelé lors du dernier Congrès du gaz.

Fiable, car les consommateurs, aussi électeurs, risqueraient de rejeter en bloc la transition énergétique si la fourniture d’électricité ou de carburant se dégradait. Abordable, car « la question des prix de l’énergie est centrale », comme le rappelle la crise mondiale actuelle de l’énergie, et qu’« elle est là pour rester » compte tenu « des investissements colossaux nécessaires à la construction de nouveaux moyens de production d’énergies renouvelables, de nucléaire et d’infrastructures », explique encore Catherine MacGregor. Amortir les inéluctables hausses de prix est une question de solidarité, mais aussi d’acceptabilité des énergies et gaz renouvelables. Nicolas Hulot et les gilets jaunes l’ont assez répété.

Effets collatéraux

Les technologies doivent aussi être « durablement décarbonées ». Le remède au dérèglement climatique ne doit pas être pire que le mal. Le gaz ne peut être une énergie de transition acceptable que si les fuites de méthane, puissant gaz à effet de serre, sont traquées d’urgence sur toute la chaîne de production, y compris celle du biogaz. Les énergies renouvelables, elles aussi, se doivent aussi d’être durables dans le temps. Ce qui est loin d’être le cas.

On l’a vu avec les biocarburants, causes indirectes de déforestation et de réduction des puits de carbone naturel, par un changement d’affectation des sols. On pourrait arriver au même constat avec les véhicules électriques, boulimiques en ressources minières, dont l’exploitation pose partout des problèmes sociaux et environnementaux. Et on ne peut que louer les efforts de la Commission européenne pour développer des filières de recyclage des batteries, mais aussi des panneaux solaires ou des pales d’éoliennes.

Investissements sans regrets

Le risque est grand aussi que la méthanisation agricole n’enferme les exploitations dans une logique d’élevage intensif pour produire toujours plus de lisier ou de fumier… Sans parler du nucléaire et ses déchets radioactifs multi-millénaires. À l’heure de se lancer dans une économie de l’hydrogène, il est donc urgent de se poser la question de la durabilité maintenant. Et pas demain.

Par exemple, l’électrolyse n’utilise que 9 kilos d’eau pour produire un kilo d’hydrogène, contre 13 à 18 kilos pour une production à base de gaz naturel avec capture de CO2, rappelle l’Agence internationale de l’énergie. Mais si l’électrolyseur est alimenté majoritairement par une centrale au charbon, hydraulique, nucléaire ou des éoliennes en mer, cela n’aura pas le même impact final. À l’heure d’investir des milliards d'euros dans la transition énergétique, mieux vaut se poser un moment pour être sûr de faire des investissements vraiment « sans regrets », comme y invite Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF.

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