Il fallait s’y attendre. Avec le nouvel engouement pour l’hydrogène vert, vecteur énergétique indispensable à l‘électricité pour sortir des énergies fossiles, les regards allaient se porter sur le Mali. C’était le seul pays connu, jusqu’à peu, à disposer d’un puits d’hydrogène naturel de 1 500 m³/jour, pur à 96 %, que des riverains utilisent quelques heures par jour pour produire de l’électricité. L’idée n’était pas de l’exploiter à grande échelle, mais de comprendre les mécanismes géologiques et physiques à l’origine de cette réserve… pour savoir s’ils se produisaient ailleurs. Ce serait le cas notamment "en Russie, en Australie, aux États-Unis, au Brésil, en Turquie et en Afrique du Sud, au sus des rides médio océanique et au contexte ophiolitique comme la Nouvelle Calédonie où c’est connu depuis des dizaines d’années", explique le docteur Isabelle Moretti. Un marqueur de surface, quand il y a des sols, "ce sont les ronds de sorcières", explique l’ex-directrice scientifique d’Engie et membre de l'Académie des technologies, à la retraite mais qui poursuit des travaux sur l’hydrogène naturel à l’Université de Pau.
L'Australie en pointe
Au fonds de l'océan, lorsque des roches chaudes contenant du fer, qui viennent des profondeurs, s’approchent de la surface, elles s’oxydent et libèrent l’hydrogène de l'eau. "Au moment de leur dépôt, il y a 3 milliards d’années, elles n’étaient pas en contact avec l’oxygène", explique la scientifique. La ride médio-océanique de l’Atlantique se prolongeant jusqu'en Islande, on y trouve aussi de l'hydrogène naturel mais mélangé avec du dioxyde de carbone et du soufre. Les spécialistes de la purification de gaz industriels comme Air liquide, Linde ou Skyre sont déjà sur les rangs. Ils ont participé au tout premier congrès de l’hydrogène naturel, qui s’est tenu en ligne les 2 et 3 juin. Ils n’étaient pas les seuls. Sont aussi intervenus les start-up américaine Natural Hydrogen Energy, espagnole Helios Aragon ou la française 45-8 Energy, qui cherche surtout de l’hélium naturel. Il y avait surtout des Australiens, notamment le pétrolier Santos. L’Australie pourrait en effet être l'un des tout premiers pays à délivrer des permis d’exploration pour l’hydrogène naturel.
Danger d'une ruée

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Les scientifiques ont aussi appris du Mali qu’il pouvait exister des couches capables de retenir cet hydrogène. Et qu’ils pourraient parfois laisser fuir le gaz, d’où les ronds de sorcière. Mais tous ne sont pas dus à l’hydrogène. Qu’importe. Les pays qui n'ont pas d'hydrocarbure commencent à rêver à cette nouvelle ressource, comme le Maroc. L’hydrogène naturel pourrait avoir un coût de production équivalent à celui de l’hydrogène gris, produit à partir de gaz naturel. Quand l’hydrogène vert, produit par électrolyse, est trois à cinq fois plus cher. Via son ministre de l’Energie, le Maroc s’est même déjà proposé pour organiser la seconde édition de ce congrès.
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Les prémices d’une ruée ? Les grands pétroliers, tous présents sans la salle virtuelle du congrès, ne sont pour l’instant qu’en observation. Reste à savoir s’ils vont le rester. Car l’exploitation de cette énergie fossile aura forcément un impact sur l’environnement. Certes, son utilisation comme énergie ne rejette que de l’eau. Mais son transport est complexe. L’idéal serait de le réserver à un usage local et non à l’exportation. Ou de le laisser s'échapper dans l'air comme il le fait actuellement. Mais l’engouement lors de ce premier congrès, qui a accueilli 500 participants par jour, laisse présager du contraire.



