La démonstration est longue. Deux heures. Les experts, comme Henri Proglio (ex-PDG d’EDF) ou le scientifique écologiste Jean-Marc Jancovici (président du Shift Project), clairs et pertinents. Le montage est efficace, avec un découpage sous forme de décryptage de sept idées reçues. Le financement participatif de 900 contributeurs et la diffusion gratuite sur youtube et le site eolienne-lefilm, devrait lui garantir une bonne audience. Le documentaire à charge de Charles Thimon, "Éoliennes : du rêve aux réalités", sorti en ligne le 1er juin, va faire grand bruit… Surtout à la veille des élections régionales et quelques mois avant la présidentielle de 2022.
Un sujet politique clivant
Le sujet des éoliennes est devenu en France aussi clivant que le nucléaire. Et encore plus politique. Cauchemar pour certains riverains de ces machines tournantes installées trop près des habitations ou des monuments - au profit, parfois, d’investisseurs plus intéressés par la rente des subventions aux énergies renouvelables que par l’écologie -, les éoliennes risquent aussi de hanter les nuits des candidats. L’éolien est en France présenté par ses détracteurs comme le marqueur de la faiblesse de la France face à l’Europe et surtout à l’Allemagne, résolument anti-nucléaire, qui auraient réussi à dicter à la France sa politique énergétique. Réussissant à imposer chez nous une transition énergétique qui serait inutile, puisque notre électricité est déjà décarbonée à 90%, explique avec force Jean-Marc Jancovici.
Ce dernier détaille le rôle que les écologistes, anti-nucléaire ceux-ci, ont joué dans cette nouvelle politique énergétique, voyant dans l’éolien et le solaire - d’ailleurs grand oublié de la démonstration du film - un moyen de sortir du nucléaire. En votant en 2015 une loi visant à ramener à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique français en 2025, reporté à 2035 dans une loi de 2019, gouvernement de gauche et parlementaires ont abondé dans leur sens, faisant des renouvelables des ennemis du nucléaire plutôt que d’indispensables alliés.
Un rôle mal vendu
Car ce que personne ne dit clairement, ni d’un côté, ni de l’autre d’ailleurs, et qu’EDF a mis des années à comprendre, c’est que c’est en grande partie grâce aux éoliennes que l’on a pu cesser de produire de l’électricité à partir de fioul en Métropole. La dernière centrale EDF de ce type, celle de Porcheville à Mantes-la-Jolie (Yvelines), n’a pu être été débranchée en mai 2017 que parce que la France disposait de nouvelles capacités de production électrique, certes intermittentes, mais qui produisent aujourd’hui plus de 10% de l’électricité que nous consommons. Ces fermetures, jamais évoquées dans le film de Charles Thimon, sont pourtant essentielles dans la baisse des émissions en France… et de celles d’EDF.
Ce que tous oublient de dire également, c’est que si on a dû avoir recours en septembre 2020 et cet hiver aux centrales à charbon françaises, qui doivent fermer en 2022 (mais en fait pas vraiment), c’est plus à cause de l’indisponibilité des centrales nucléaires française, due à leur vieillissement et à la crise sanitaire, et surtout à la non mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche), que parce qu’on aurait manqué de vent. Et que si la France veut rééquilibrer son mix électrique et introduire plus de renouvelables, c’est aussi parce que le nucléaire français vieillit, sera moins disponibles et que les centrales actuelles ne seront pas éternelles, malgré des prolongations à 60 ans, a encore rappelé récemment l’Autorité de sûreté nucléaire.
Des investissements mal justifiés
Est-ce que cela valait les 120 milliards d’euros que la France a dépensé en soutien aux énergies renouvelables? La question mérite d’être posée et les candidats à la présidentielle devront formuler une réponse claire pour continuer et justifier l’augmentation inéluctable du prix de l’électricité. Plus on ajoute de renouvelables, plus cela va coûter cher, en adaptation du réseau de transport de RTE et de distribution d’Enedis.
Clamer que la France est en retard dans les renouvelables, comparée aux autres pays européens, n’est plus entendable. D’autant plus qu’enfin, politiques et écologistes pro ou anti nucléaires commencent à comprendre que l’enjeu climat en France est dans les transports, le bâtiment, l’agriculture et l’industrie… et non dans la production d’électricité, sauf dans les outre-mer. Et que pour électrifier les usages pour sortir des fossiles, il va falloir faire feu de tout bois, nucléaire et éolien compris, notamment pour produire de l’hydrogène décarboné.
Des responsabilités mal assumées
Un autre grand non-dit du film est le rôle d’EDF, dont le nom n’est même pas prononcé lorsqu’il s’agit de parler des parcs éoliens en mer pour démontrer qu’ils profitent principalement à des acteurs étrangers. On saura juste qu’Henri Proglio aurait fini par avoir des scrupules après avoir déjà signé trois contrats à 280 euros le mégawattheure avec l’État. Des contrats d’ailleurs renégociés à 150€/Mwh en juin 2018.
Enfin, si effectivement la filière éolien a créé peu d’emplois en France, voire en a détruit selon l’analyse de Jean-Marc Jancovici, c’est peut-être aussi à cause des anti-éolien eux-mêmes. Aucun industriel ne peut investir dans un outil de production lorsqu’il faut sept à huit ans pour faire émerger un projet. L’usine de nacelles d’éoliennes en mer d’Alstom à Saint-Nazaire, reprise par General Electric, ne doit son salut qu’à des contrats à l’export.



