L’annonce d’Emmanuel Macron, lors de son entrevue télévisée du 24 septembre, a dû en faire tomber plusieurs de leur chaise. Le président de la République a en effet annoncé que la centrale à charbon Émile Huchet de Saint-Avold (Moselle) – fermée en 2022 puis rouverte pour palier la moindre disponibilité du nucléaire français durant l’hiver 2023 – allait être convertie à la biomasse d’ici à 2027.
On savait déjà qu’elle serait encore maintenue ouverte cet hiver 2024, par décret, pour les mêmes raisons. Mais cela devait rester exceptionnel. Or dans son bilan prévisionnel 2035 publié le 21 septembre, le gestionnaire de réseau électrique RTE demandait à ce qu’elle reste disponible pour assurer les pics extrêmes de consommation en attendant les nouveaux réacteurs nucléaires ! Des tests de fonctionnement avec des pellets de bois sont même prévus dès cet hiver, expliquait le cabinet de la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, dans la foulée. Les premiers «black pellets» ont été livrés en aout.
On savait qu’en attendant la mise en service commerciale pérenne de l’EPR de Flamanville 3 (Manche), soit pas avant 2027, la conversion à la biomasse de la centrale à charbon d’EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) avait finalement été actée avec le projet de Paprec et lancée en janvier 2023. Pour celle de Saint-Avold, c'est une surprise. D’autant plus que la neutralité carbone du bois énergie est de plus en plus remise en cause, comme l’explique France Stratégie dans une note récente. Et que, malgré ses forêts qui s’étendent, la France va manquer de biomasse – les résidus agricoles et forestiers étant convoités autant pour produire de la chaleur urbaine et industrielle, du gaz renouvelable que des carburants liquides, notamment pour l’aviation et le maritime qui ne peuvent être convertis à grande échelle à l’électrique ou l’hydrogène. L’approvisionnement durable en biomasse de Saint-Avold reste donc un sujet.
Le CCS, fausse bonne idée
Utiliser la biomasse n’est pas la seule fausse bonne idée pour baisser les émissions de CO2 des centrales électriques thermiques fonctionnant aux énergies fossiles (charbon, fioul ou gaz). Dans sa nouvelle feuille de route pour limiter à 1,5°C de réchauffement climatique, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient que, si c’est encore possible, il est préférable de compter sur des technologies éprouvées, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Et non sur le captage et stockage de CO2 (CCS), comme sont tentés de le proposer les gros consommateurs de charbon dans leurs centrales électriques, comme la Chine ou l’Indonésie, qui veut même donner un label vert à de nouvelles centrales au charbon !
Non seulement les technologies de CCS sont «coûteuses et n'ont pas encore fait leurs preuves à l'échelle», rappelle l’IAE, mais elles pourraient pénaliser des investissements dans les renouvelables, prioritaires. Elles ne devront être utilisées qu’à défaut. «Si l'on ne parvient pas à développer les énergies propres assez rapidement d'ici à 2030, il faudra alors éliminer de l'atmosphère près de 5 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an au cours de la seconde moitié de ce siècle», rappelle l'agence. Ce qui représenterait un coût électrique monstrueux ! La stratégie CCS en Métropole française, en consultation, ne prévoit d'ailleurs pour l’instant, ni captage de CO2 dans l’air, ni sur ses centrales électriques thermiques gaz ou biomasse. Une bonne chose. Il ne faudrait pas que, pour tenir ses objectifs climatiques dans l’urgence et rattraper son retard dans les renouvelables, cela change.



