C’est l'un des atouts cachés, et quasi inexploité, du biogaz. Lors de la méthanisation, le biogaz produit est très chargé en CO2. Il doit être épuré pour produire un biométhane (CH4) injectable dans les réseaux de gaz. Le CO2 extrait, mais actuellement relâché dans l’air, - un gâchis - est dit biogénique, car il a été capturé par les plantes lors de la photosynthèse pour produire les sucres dont la plante a besoin pour grandir.
Lors de la présentation le 12 juin de ses scénarios de décarbonation de l’Europe, le gazier Engie a rappelé qu’en ajoutant à ce CO2 biogénique de l’hydrogène décarboné, on pouvait par méthanation produire du gaz de synthèse, ce qui augmente le rendement des installations de méthanisation. On peut aussi produire des carburants liquides, pour l’aviation notamment. Or, en 2050, l’Europe, dans sa directive RefuelUE Aviation, veut 5% de carburant de synthèse dans les avions en 2035 et 35% en 2050. Avec une contrainte supplémentaire : les producteurs d’e-fuel ne pourront utiliser du CO2 anthropique, c’est à dire issu des activités humaines à base d’énergies fossiles et donc qui serait à nouveau émis dans l’atmosphère, que jusqu’en 2040. Le temps pour les filières de CO2 biogénique de se développer.
TotalEnergies et Engie sur les rangs
Il faudra, comme pour les électrons verts ou le biométhane, des certificats. Et donner un prix au CO2 biogénique. «Il faudra aussi valoriser les projets en cohérence avec une chaîne locale», glisse aussi un spécialiste du domaine. Chez les grands énergéticiens producteurs de biogaz, comme TotalEnergies ou Engie, on y travaille discrètement. Le premier va pour l’instant faire ses armes aux Etats-Unis, où il s’est associé à TES pour installer à Houston (Texas) une unité de production de 100 000 à 200 000 tonnes par an de méthane de synthèse produit à partir d'hydrogène et de CO2 renouvelables. Le second a investi dans la start-up allemande Ineratec, qui est en passe d’industrialiser son procédé de production de e-kérosène. Son projet de production de carburant aérien de synthèse à Dunkerque, avec l’américain Infinium chez ArcelorMittal, annoncé en février 2022, se ferait lui en revanche avec du CO2 anthropique. Mais il pourrait évoluer… ailleurs.
Première dans les Hauts-de-France
Pour l’heure, l’exploitation du CO2 biogénique n’est qu’émergente et très locale, comme le pratique la start-up Gaz de Ferme dans les Pyrénées, pour alimenter des petits brasseurs de bière locaux. Mais dans les Hauts-de-France, le collectif d'agriculteurs associés Sanamethan a inauguré fin mai la première unité de méthanisation innovante de Vraignes-en-Vermandois (Somme), qui en plus d’injecter du biométhane dans le réseau GRTgaz, récupère 4 à 5 000 tonnes de CO2 liquide chaque année, pour le revendre. Une production d’hydrogène vert est également envisagée, pour utiliser ce CO2 afin d'augmenter la production de gaz vert sur le site… ou à d’autres synthèses. Un marché d’avenir, que l’équipementier Prodeval, spécialiste de purification du biogaz, compte bien saisir en proposant des équipements de purification et de liquéfaction de CO2. L’ère de l’utilisation du CO2 biogénique a commencé.



