En plus du kérosène, de plus en plus de compagnies intègrent une petite part de carburants durables dans les réservoir. C’est ce que l’on appelle en anglais des SAF, pour Sustainable Aviation Fuel. Ces carburants peuvent venir de différentes filières. La plus importante, ce sont tout simplement des huiles usagées. Air France KLM vise un peu plus de 1% de SAF cette année dans les réservoirs de ses avions et 10% en 2030, et ce sur l’ensemble de ses vols, soit plus encore que ce que demande l’Union Européenne. Selon la patronne d’Air France, le groupe a représenté à lui seul 17% des SAF utilisés par le transport aérien à l’échelle mondiale.
Accompagner la production industrielle
La montée en cadence de se secteur s'annonce pourtant difficile, en raison de l'approvisionnement complexe. Les ressources en biomasse n’entrant pas en concurrence avec l'alimentation ne sont pas légion, les filières industrielles sont donc loin de répondre à la demande. Si on reprend l’exemple d’Air France KLM, seul un tiers des besoins pour 2030 sont couverts à l’heure actuelle. Et rien ne permet de dire qu’il y en aura assez pour permettre aux compagnies européennes de se mettre en conformité avec les engagements européens. Et comme tout ce qui est rare est cher… ce n’est pas simple. Air France parle d’un surcoût qui pourrait s’élever à environ 1 milliard d’euros par an en 2030. La compagnie est incapable d’y faire face, et demande donc à l’Etat de l’aider. Il semble assez certain que ceux qui prennent l’avion devront aussi mettre la main à la poche.
Le difficile essor de la production crée des situations assez ubuesques. Air France par exemple va se fournir en partie chez le néerlandais Neste et ramènera ainsi son carburant durable par camions. Camions qui à priori ne roulent pas à l’électrique… Les compagnies européennes vont aussi devoir se fournir aux Etats-Unis, où la filière est beaucoup plus développée et les SAF deux fois moins onéreux. Total et Engie, pour ne citer qu’eux côté français, commencent à produire ces carburants chez nous, mais c’est bien trop timide. Il s'agit pourtant d'une opportunité historique de souveraineté industrielle pour la France et l’Europe. Le Salon l’aéronautique du Bourget, auquel L'Usine Nouvelle consacre la Une de son numéro de juin, pourrait être l’occasion d’un certain nombre d’annonces en la matière. Les pouvoirs publics doivent en faire une priorité, sans quoi une bonne idée pour la planète va devenir un boulet pour nos compagnies européennes et une occasion manquée pour notre industrie.
Pour réécouter cette chronique et les précédentes, rendez-vous sur le site de France Inter



