Si vous vivez dans un de ces quartiers qu'on dit bobo - par exemple l'est parisien - il vous est sûrement déjà arrivé de pousser la porte d'un magasin de jouets où vous n'avez trouvé aucun des jeux de société auquel vous jouiez plus jeune. D'abord les jeux sont écologiques, imprimés sur du papier recyclé et avec des pions taillés dans des essences de bois durable.
Loi du plus fort
Surtout, ces jeux ont des finalités opposées à celle des jeux classiques où le plus fort - ou celui qui triche le plus discrètement - gagne toujours. Ceux qui gagnent sont ceux qui collaborent, font participer les autres...
Il y a bien longtemps qu'un sociologue comme Michel Crozier, qui n'était pas vraiment un gauchiste, et ses successeurs ont montré que, les individus étant rationnels, mieux vaut aligner les objectifs, les moyens et les outils pour y parvenir...
Tout le reste n'est que littérature... managériale. Une illustration assez simple de ce principe ? Tant que le système de rémunération récompense le mérite individuel, que les systèmes d'évaluation sont personnels, l'exhortation au travail en équipe, à la collaboration entre services restera lettre morte.
Désintéressement et prime de productivité
Les responsables du Vendée Globe l'ont bien compris qui ont récompensé l'acte désintéressé du navigateur qui part sauver un concurrent...
La vision d'un récent numéro d'Envoyé Spécial consacré au travail dans les entrepôts logistiques livre quelques réflexions. On y voyait la difficulté à tenir la cadence pour certains salariés et intérimaires. Et la voix off du journaliste indiquait l'existence de primes de productivité. Evidemment ces dernières incitent les préparateurs de commande à accélérer leur travail, tandis que les personnes chargées de réapprovisionner les casiers doivent suivre ce rythme fou sans espoir de prime.
On notera l'absurdité d'un système qui d'un côté encourage à un travail toujours plus intense, qu'on réparera ensuite via des dépenses en prévention des risques psycho sociaux ou au paiement de cotisations élevées pour les accidents du travail... Il suffirait peut-être de revoir le calcul des primes de productivité ou de prévoir de récompenser les duos les plus vertueux qui sont à la fois productifs (on est dans une entreprise pas chez les bisounours) et les plus coopératifs (ou les gains de l'un ne se font pas sur le dos de l'autre). Qui se dévoue pour offrir un des jeux évoqués au début de cette chronique aux responsables de ces politiques myopes ?



