Un accord a été trouvé entre les actionnaires d’Eramet pour enterrer la hache de guerre. Le conseil d’administration, réuni mardi 30 mars, a choisi "à l’unanimité" de reconduire Christel Bories, sa PDG, pour un mandat supplémentaire à la tête du groupe minier. Sa reconduction dans ses fonctions de présidente - directrice générale sera bien proposée par le conseil d'administration à l'issue de l'Assemblée générale le 28 mai. Mais ce sera la dernière.
L’Etat, qui détient 25,6 % du capital et le premier actionnaire du groupe, la famille Duval (37 % du capital via ses holdings mais 44 % des droits de vote) se sont engagés à faire évoluer la gouvernance du groupe. Avant la fin du nouveau mandat de Christel Bories en 2025, les fonctions de président et de directeur général devront être dissociées. La séparation des fonctions de président et directeur général avait déjà été poussée par l’Etat en 2018 chez Engie. Plus récemment, c’est aussi ce qu’a mis en place Danone, avant de finalement débarquer son PDG Emmanuel Faber.
Poursuite de la feuille de route
Le conseil d’administration souhaite que "la feuille de route du groupe soit poursuivie" et "a évalué positivement l’exercice par Christel Bories de sa mission […] considérant qu’elle a su conduire le développement du groupe dans un environnement souvent difficile et mener une profonde transformation", précise le groupe dans un communiqué.
Un administrateur référent, dont le rôle est de s’assurer du bon fonctionnement de la gouvernance au sein du conseil d’administration selon les statuts de mai 2020, doit par ailleurs être nommé. François Corbin, proposé par la famille Duval, aura la lourde tâche d'apaiser les conflits. Le compromis, scellé entre les deux actionnaires principaux tenus par un pacte d’actionnaires leur imposant une décision collégiale sur le choix du patron du groupe minier, va permettre de faire retomber la pression. La famille Duval militait ces dernières semaines, contre la volonté de l’Etat, pour remplacer Christel Bories à la tête du groupe, lui reprochant le fort endettement de l’entreprise, de 1,3 milliards d’euros en 2020. Les conditions de la mise en vente d’Aubert & Duval, la filiale alliages à haute performance pour l’aéronautique, la défense et l'automobile aurait surtout précipité les mauvaises relations de la PDG avec son principal actionnaire. Avant la crise du Covid et la dégringolade du marché aéronautique, la découverte d’importants problèmes qualités dans les produits avait fragilisé l’activité d’A & D, société historique de la famille Duval.
Les partisans de Christel Bories, dont Bercy, faisaient en revanche valoir que le plan de redressement du groupe minier et son recentrage sur les activités minières, en particulier celles liées aux besoins en métaux de la transition énergétique, sont bien engagés. Ils ont permis au groupe de bien résister. Malgré la crise, le groupe a réussi à augmenter sa production de manganèse et de nickel en 2020 et a arrêté de brûler du cash au second semestre. En interne, Christel Bories a reçu le soutien d’un collectif de plus de 250 salariés, qui la décrivent en "vraie capitaine d’industrie".
La cession d'Aubert & Duval bientôt engagée
Les problèmes de gouvernance surmontés, Eramet va pouvoir accélérer son plan de transformation. Le dépôt d’une offre de rachat d’Aubert & Duval par un consortium mené par Safran, le fonds ACE management et Airbus serait pour bientôt. Ce qui ne signifie pas la fin des discussions. A&D a vu son chiffre d’affaire aéronautique, qui représente plus de 70 % de son activité, chuter de 37 % sur deux ans. L’an dernier, la filiale a enregistré 87 millions d’euros de perte, avec un chiffre d’affaire global en recul de 16 %. Eramet envisage par ailleurs de se séparer de sa branche Erasteel dans les aciers rapides, ainsi que de sa fonderie de nickel de Sandouville, qui emploient au total un peu moins de 500 salariés en France.



