[Choose France 2022] L’américain Eastman investit 875 millions d’euros en France pour une usine de recyclage moléculaire de plastiques

Dans le cadre de Choose France 2022, le chimiste américain Eastman annonce un gigantesque investissement de 1 milliard de dollars (environ 875 millions d’euros) pour implanter une vaste usine de recyclage moléculaire de polyesters issus d’emballages ménagers et de déchets textiles. Cette unité serait la plus importante usine de recyclage chimique de plastiques au monde. Ce projet, qui doit être finalisé en 2025, devrait créer 350 emplois. Le site d'implantation n’est pas encore arbitré.

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Sur son complexe historique de Kingsport, aux Etats-Unis, le chimiste américain construit actuellement une usine de recyclage moléculaire utilisant le même procédé que celle envisagée en France.

Colossal. Le chimiste américain Eastman envisage un investissement de 875 millions d’euros en France, pour y bâtir une usine de recyclage moléculaire de plastiques. La construction d’un site chimique greenfield (sur terrain nu) dans l’Hexagone est déjà rare. Des investissements chimiques dépassant la centaine de millions d’euros y sont, eux, exceptionnels. En plus du montant faramineux envisagé, le projet prévoit la création de près de 350 emplois directs et 1500 indirects dans les infrastructures et l'énergie. Cette usine, dont la mise en service est fixée à 2025, pourrait permettre à la France d’atteindre ses objectifs de recyclage de plastiques à l’horizon 2030. L’ampleur du projet et son caractère exceptionnel valent à Eastman d’être au cœur de l’édition 2022 de Choose France, et à son PDG, Mark Costa, d’être reçu en personne à l’Elysée ce 17 janvier, où Emmanuel Macron, le président de la République, dévoilera lui-même l’annonce.

Le site d’implantation du projet « n’a pas encore été tranché, il y a encore des discussions entre plusieurs régions et la décision sera prise dans les prochaines semaines », indique un porte-parole de l’Elysée. Eastman recevra des aides publiques qui n’ont pas encore été détaillées, mais qui pourraient être comprises « entre 5% et 10% », souffle-t-on aussi du côté de l’Elysée.

Emballages ménagers et déchets textiles

L’usine disposera d'une capacité de recyclage de plastiques de 160 000 tonnes par an, ce qui selon Eastman en ferait la plus importante au monde dans le recyclage chimique des plastiques. Elle ciblera les « polyesters difficiles à recycler, dont les emballages ménagers et les déchets textiles, les transformant en matériaux de haute qualité répondant aux standards d’emballages à usage unique ainsi qu’alimentaires et cosmétiques », précise un communiqué de l’Elysée. Une part importante de ces déchets plastiques sont actuellement incinérés. En utilisant des déchets plastiques comme matière première, ce procédé permettrait de réduire de 20% à 30% les émissions de gaz à effet de serre pour ces productions par rapport à l’emploi de matières premières fossiles, selon le chimiste américain.

Selon un porte-parole de l'Elysée, le procédé d'Eastman serait différent « des mécanismes de recyclage mécanique où il y a déjà un certain nombre d’acteurs existants ». Assurant au passage que ce projet d’Eastman « ne vient pas en concurrence de projets qu’on peut avoir déjà installés en France ». Ce qui serait de bon augure, alors que plusieurs acteurs français sont très bien positionnés et parmi les plus innovants dans le recyclage de plastiques.

Trois unités, dont une de méthanolyse...

Le projet, détaillé par Eastman le 17 janvier, « comprend trois unités distinctes : des unités de préparation des déchets plastiques en mélange en vue de leur traitement, une unité de dépolymérisation par méthanolyse, et des unités de repolymérisation des monomères, qui créeront des matériaux de haute qualité pour répondre aux exigences des secteurs spécialisés de l’emballage et des textiles », précise le groupe américain. Pour la dépolymérisation des plastiques post-consommation, Eastman utilisera son procédé de méthanolyse. Schématiquement, des déchets polyesters sont mis en réaction avec du méthanol pour revenir aux monomères purs, avant de les repolymériser.

LVMH Beauté, Estée Lauder, Clarins, Procter & Gamble, L’Oréal et Danone ont d'ores et déjà signé des lettres d'intention pour des contrats d'approvisionnement pluriannuels en provenance du futur site français d'Eastman.

... et un centre de R&D

Eastman a aussi annoncé la création d'un centre d'innovation pour le recyclage moléculaire « qui permettra à la France de s’affirmer comme leader de l'économie circulaire en Europe. Ce centre d'innovation permettra de progresser sur des méthodes de recyclage alternatives, afin de réduire l’incinération des déchets plastiques et de laisser les matières premières fossiles enfouies. »

Une présence internationale

Basé à Kingsport, dans le Tennessee (Etats-Unis), Eastman est un spécialiste des matériaux et de la chimie de spécialités, dont les marchés finaux les plus importants sont ceux du transport, de la construction et des biens de consommation. Fondé en 1920, ce chimiste américain emploie 14 500 salariés dans le monde, a affiché un chiffre d’affaires 2020 d’environ 8,5 milliards de dollars (environ 7,5 milliards d’euros) et opère près de 45 sites de production dans le monde, dont un tiers aux Etats-Unis, une dizaine en Chine et une douzaine en Europe, en particulier en Allemagne, en Espagne, et en Belgique. Mais pas encore en France, où Eastman se limite à une présence commerciale, avec un positionnement sur les marchés « des cosmétiques, des biens durables, de la lunetterie et des textiles », indique Brad Lifford, un des porte-paroles du groupe. Eastman travaille déjà avec Procter & Gamble et LVMH pour substituer une partie de leurs résines vierges.

Deux unités de recyclage moléculaire aux Etats-Unis

Eastman n’est pas encore un grand nom du recyclage chimique. Mais le groupe américain, en sus d'engagements pour plus de durabilité, investit depuis une trentaine d'années dans le recyclage moléculaire. Il ambitionne de recycler plus de 250 000 tonnes de plastiques par an à partir de 2030, dont la moitié dès 2025. Eastman a mis au point deux procédés de recyclage moléculaire. Le premier, dit Carbon renewal technology (CRT) passe par la transformation de déchets plastiques en gaz de synthèse (syngas) purifiés, dont sont extraits les composants de base des résinée régénérées. Il permet de recycler quasiment tous les types de plastiques, à l’exception du PVC. Une première unité a été mise en service en 2019 sur son vaste complexe historique de Kingsport.

Le second est le procédé par méthanolyse dédié aux polyesters qu'Eastman va utiliser en France. Le groupe a engagé en janvier 2021 un investissement initial de 250 millions de dollars (environ 220 millions d’euros) - monté depuis à 425 millions de dollars, précise le PDG d'Eastman Mark Costa à L'Usine Nouvelle - pour construire une première usine de recyclage chimique recourant à ce procédé polyesters à Kingsport. Cette usine, qui pourra recycler plus de 110 000 tonnes par an de polyesters, serait mise en service avant la fin de cette année 2022. Pour son projet français, Eastman voit bien plus grand.

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