Pas de rupture en perspective, mais une révolution de velours avec l'arrivée du directeur financier d'EDF. Du côté des actionnaires de Suez, on assure qu’il n’y aura pas de rupture avec la stratégie de Sabina Soussan. Alors pourquoi les actionnaires ont-ils décidé de tourner la page ? «Il y avait entre Sabrina Soussan et les actionnaires des choses qui ne fonctionnaient pas, reconnait une source proche du dossier. Ces derniers ont identifié l’importance de transformer les contrats, ce qu’elle n’a pas complètement mis en œuvre.»
Sur les zones géographiques, ils n’ont pas trop apprécié son insistance pour aller sur des marchés où Suez n’existait pas ou plus depuis la fusion avec Veolia. Il y avait également un peu de déception sur les paramètres économiques et la dette, même si cette dernière est en grande partie liée aux acquisitions nécessaires au redémarrage de Suez.
Un connaisseur du tissu local et du secteur
Les actionnaires cherchaient donc un directeur général qui connaisse les métiers, le tissu local, celui des autorités, ce qui n’était, semble-t-il pas le cas de l’ancienne dirigeante. Xavier Girre connait bien le secteur pour avoir passé plusieurs années chez Veolia et il avait déjà un pied dans la maison. Il était membre du Conseil d’administration de Suez depuis 2023 et président du comité RSE. D’ailleurs, le patron de Meridiam, Thierry Déau, qui reste Président du conseil d’administration, a déclaré dans un communiqué «[Être] convaincu que Xavier Girre, par son parcours remarquable, sa connaissance fine de nos métiers et ses qualités de leader, saura mener cette mission avec succès ». Côte syndicats, «si le nom de Xavier Girre ne circulait pas parmi les successeurs annoncés, son profil et sa présence au conseil d’administration sont plutôt positifs, indique Christine Chiffre, secrétaire du Comité d’entreprise européen (CGT), à L'Usine Nouvelle. Il connait les enjeux et nous pouvons imaginer une prise en main rapide.»
Nouvelle stratégie cet automne
Le nouveau directeur général qui prendra ses fonctions le 1er juillet prochain, devrait, selon nos informations, présenter sa feuille de route cet automne, sans doute fin septembre ou en octobre. Les activités resteront concentrées sur l’eau ainsi que les déchets, et géographiquement sur la France, l’Europe et les pays où l’implantation du groupe est déjà avérée. Un expert du secteur reconnait que «Suez doit réussir sa transition d’un système de contrats basés sur les volumes à un système basé sur la performance. Déjà entamée dans le secteur de l’eau, elle doit également avoir lieu dans les déchets avec une meilleure valorisation des ressources. L’objectif est de rester sur les métiers fondamentaux et historiques du groupe avec une culture différente dans la prise en main des métiers.» À la CGT, on insiste sur le fait que le plan stratégique de 2022 n’est plus en adéquation avec le contexte national et international. «Comment traite-t-on le sujet du problème des volumes d’eau et de déchets ? Sur l’eau qui va payer les investissements nécessaires ? Sur les déchets, il faut développer le tri et le recyclage, mais le prix du plastique et du papier vierge est inférieur à la matière recyclée. Le modèle n’est plus viable. Nous comptons bien questionner le nouveau directeur général et obtenir des réponses.»
Le poids de la dette à surveiller
Suez doit également continuer à investir massivement dans l’innovation, nerf de la guerre dans ces métiers pour mieux trier et recycler les déchets, mais aussi pour faire face aux nouvelles pollutions (PFAS) dans l’eau. Lors du dernier exercice, Suez avait enregistré un chiffre d’affaires de 9,2 milliards d’euros en progression de +3,5% par rapport à 2023 avec un Ebitda de 1,6 milliard d’euros (+12,7%). La dette avait légèrement progressé de 5,2 à 5,4 milliards d’euros. Des résultats jugés décevants pour les actionnaires qui ont sans doute trouvé l’homme idoine en recrutant le directeur financier d’EDF qui a officié pendant une décennie à ce poste. Le profil du financier inquiète aussi les salariés qui se demandent ce qui les attend. «Les actionnaires ont choisi de croître par l’endettement et si le seuil est acceptable, il reste à surveiller, prévient Christine Chiffre. Les actionnaires sont avant tout des financiers.» Quelle rentabilité vont-ils exiger dans un contexte géopolitique international instable et face à une politique d’austérité qui s’impose en France et en Europe ?



