Décryptage

Défense : Pourquoi Emmanuel Macron devrait annoncer une hausse du budget des armées

Avant son discours traditionnel aux Français du 14 juillet, le président de la République adressera la veille un message fort aux armées depuis l’Hôtel de Brienne, résidence du ministère des Armées. Menace russe, exigences de l’Otan, renforcement de l’arsenal français… Les crédits de défense pourraient encore être revus à la hausse.
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NE PAS REUTILISER Emmanuel Macron et Eric Trappier au Salon du Bourget 2025
Le président de la République Emmanuel Macron et Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, au salon du Bourget.

C'est un rendez-vous tout aussi important que le défilé du 14 juillet. La veille, le président de la République revêt ses habits de chef des armées pour s'adresser aux troupes françaises, depuis l'hôtel de Brienne, résidence du ministère des Armées. Ce 13 juillet 2025, autant dire que les attentes sont élevées. Quelques jours avant cette prise de parole très attendue, l'Elysée préparait déjà à un discours «qui sera très important et qui comportera des annonces majeures»… sans livrer de détails. 

Tout laisse à penser qu'Emmanuel Macron pourrait demander à accélérer le réarmement du pays engagé depuis bientôt une décennie. Le budget annuel des armées est déjà passé de 32 milliards d’euros en 2017 à plus de 47 milliards en 2024. La loi de programmation militaire actuelle prévoit même d’attendre un montant de 69 milliards d’euros en 2030 grâce à des augmentations pouvant aller jusqu’à 3 milliards d’euros par an. Faire encore davantage demanderait effort exceptionnel aux Français, alors que l’Etat s’apprête à réduire les dépenses de quasiment tous les autres ministères. 

La France, cible de choix de la Russie

Plusieurs signaux laissent pourtant supposer que ce sera bel et bien le cas. Tout d’abord, l’intervention exceptionnelle du Chef d’état-major des armées devant la presse, vendredi 11 juillet, pour évoquer les menaces multiples que les armées doivent affronter. Le général Thierry Burkhard a ainsi dressé le panorama d’un environnement de plus en plus conflictuel et menaçant, où les crises ne s’enchainent plus mais s’additionnent, dans un monde déstabilisé par 120 conflits majeurs en cours, contre seulement une trentaine il y a 30 ans.

Le gradé fait le constat d’un recours à la force désinhibé partout dans le monde, que ce soit au Proche ou au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, et dans tous les domaines : terrestre, aérien et maritime, mais également informationnel, cyber ou spatial.

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Il pointe la Russie comme menace principale. «La Russie a ouvertement désigné la France comme son premier adversaire en Europe (…) Elle constitue une menace durable proche et qui est la plus dimensionnante», affirme le Chef d’état-major des armées. En clair : le moment n’est pas choisi pour arrêter le réarmement de la France. 

Le président de la République devrait aussi s’appuyer sur la revue nationale stratégique qui vient de lui être remise par les services du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Ce document synthétise les menaces auxquelles doit faire face le pays et comment il peut y répondre en termes de capacités militaires. «La revue nationale stratégique regarde le monde tel qu'il est et non pas tel qu'on a envie de le voir, précise l’Elysée. On est à un moment de bascule, parce que la liberté n'a sans doute jamais été aussi menacée aujourd'hui que depuis 1945.»

Cette position n’a rien d’une surprise. Lors de ses précédentes interventions, le 20 janvier lors de ses vœux aux armées et le 5 mars, lors d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron avait déjà exprimé clairement sa volonté de poursuivre l’effort de réarmement du pays. Il avait évoqué la nécessité de «faire de nouveaux choix budgétaires et des investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables».

Des frégates et des Rafale supplémentaires

Pour les armées, cela signifie l’accélération de la modernisation de leur arsenal engagée ces dernières années. L’armée de Terre s’est équipée en nouveaux véhicules blindés du programme Scorpion pour remplacer des véhicules datant des années 1970 et 1980 ; la Marine nationale vient de recevoir son troisième sous-marin nucléaire d’attaque de type Barracuda ; l’armée de l’Air renouvelle sa flotte d’avions ravitailleurs et d’avions de transport tactiques A400M.

Pour les industriels de l’armement, cela impliquera des nouvelles commandes. Entre 2012 et 2016, le montant moyen annuel de commandes était de l'ordre de 9,5 milliards d'euros par an. Il est passé à 15 milliards d’euros entre 2017 et 2022 pour atteindre 18 milliards d’euros en 2023 et 2024.

L’actuelle loi de programmation militaire (LPM) prévoit d’atteindre un budget annuel des armées de 69 milliards d’euros en 2030, contre 50,5 milliards d’euros en 2025 ! Il semble qu’elle soit déjà caduque. Le ministre des Armées Sébastien Lecornu a déjà évoqué à plusieurs reprises «un poids de forme » autour de 90 milliards d’euros justifié notamment par des nouveaux investissements nécessaires (frégates, Rafale, missiles de longue portée, guerre électronique, spatial…).

La France par ailleurs devrait également se conformer aux nouvelles exigences fixées fin juin par l’Otan de porter son effort de défense à 5% de son PIB d’ici une dizaine d’années.

Longtemps variable d’ajustement des équilibres budgétaires du pays après la chute du mur de Berlin, le budget des Armées devient désormais prioritaire. Dans la prochaine période, les crédits pour les militaires devraient croître de plusieurs milliards d’euros chaque année alors que l’on demande dans le même temps à tous les autres services de l’Etat de trouver des économies. Les dividendes de la paix récoltés après la chute du mur de Berlin ont laissé la place à une ère de réarmement mondial, payé au prix fort.

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