Décryptage

Face à «un mur de brouillard», l'attente fébrile des industriels sur les droits de douane américains

Donald Trump ne veut pas prolonger la date butoir du 9 juillet pour conclure des accords avec ses partenaires commerciaux. Sans accord, les droits de douane sur les importations européennes vers les Etats-Unis pourraient remonter de 10% à 20% voire 50%.

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La fin de la "pause" de 90 jours sur les droits de douane additionnels américains devraient impacter le commerce mondial

Jusqu’où l’Union européenne sera-t-elle prête à négocier ? Arrivé à Washington jeudi 3 juillet pour un dernier round de discussion, le commissaire européen au commerce Marcos Sefcovic est sous pression, alors que le délai de 90 jours laissé à ses partenaires commerciaux par Donald Trump touche à sa fin vendredi 9 juillet. Si aucun accord n’est trouvé après cette date entre Bruxelles et Washington, les importations européennes se trouveront à nouveau sous la menace de droits de douane de 20% supplémentaires à l’entrée les Etats-Unis pour la quasi-totalité des lignes de produit, voire 50% brandis par le président américain.

Une perspective dont l’Allemagne et l’Italie en particulier ne veulent pas. Déjà mis en place début avril, ces surtaxes sur les importations avaient été ramenées à 10% temporairement par l’administration, sous la pression des marchés financiers. Mais cette fois, Donald Trump a affirmé le 1er juillet qu’il ne voulait pas l’intention de prolonger la «pause». Seuls l’acier et les voitures européennes ne sont pas concernés. Et pour cause, ceux-ci font déjà l’objet de surtaxes respectives de 50% et 25%.

Un choc limité pour la France 

L’Union européenne n’est pas la seule le couteau sous la gorge. Japon, Corée du Sud, Inde… Près de 70 pays doivent officiellement trouver un accord avec les Etats-Unis d’ici quelques jours. Hormis la Chine, les deux seuls accords commerciaux trouvés jusque-là, avec le Royaume-Uni et le Vietnam, ont tourné nettement à l’avantage de Washington. Londres continue à négocier les détails, mais ses importations devraient continuer à être taxées à 10%, même si Keir Starmer a obtenu une réduction de plus de 25% à 10% de taxes sur ses exportations automobiles. Ultra dépendant de ses exportations, notamment vers le premier marché mondial, le Vietnam a concédé un accès détaxé aux produits américains sur son territoire en échange de taxes à 20% sur ses propres exportations.

De 2,3% en janvier, les droits de douane moyens avoisinent désormais 20% sur l’ensemble des importations américaines. «On devrait probablement atterrir à ce niveau-là», pronostique Jean-Christophe Caffet, le chef économiste de l’assureur-crédit Coface. Pour les exportations françaises vers les Etats-Unis, le niveau est désormais proche de 13% de taxes, contre 3% en janvier, compte le Cepii dans une note publiée le 4 juillet. De façon directe, le coût pour l’économie française devrait être limité, selon le centre de recherche, qui l’évalue à 0,1% à droits de douane inchangés et 0,3% en l’absence d’accord. Bien moins que pour l’économie américaine. 

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«Mur de brouillard» pour l'économie mondiale

«Mais même si Donald Trump annule tout maintenant, beaucoup de dommages sont faits. Les anticipations des entreprises américaines ont chuté. L’incertitude porte sur qui payera le choc, du consommateur ou des entreprises, car quelqu’un sera bien obligé de payer», analyse encore Jean-Christophe Caffet, qui a dégradé les notes de risque-pays de quatre pays, notamment en Asie du sud-est dépendant de leurs échanges avec les Etats-Unis et 23 secteurs dans le monde. De quoi générer un «mur de brouillard» difficile à percer pour l’économiste comme les entreprises. D’autant que certains secteurs, comme la pharmacie, ne seront pas forcément fixés sur leur sort au 9 juillet, leur cas devant être réglé plus tard, à l’issue d’enquêtes sectorielles déjà lancées.

Tout ce qui permettra de lever un peu le voile devrait in fine soulager un peu les entreprises. Jusqu’à présent, les droits de douane ont eu pour effet contradictoire de creuser encore un peu plus le déficit commercial américain. Par anticipation, les importateurs américains ont accéléré leurs commandes de biens étrangers, gonflant la valeur des importations américains sur les quatre premiers mois de l’année et les carnets de commandes des exportateurs. Mais le mouvement ne durera pas infiniment.

Chute des investissements européens outre-Atlantique

Au premier trimestre, les investissements européens vers les Etats-Unis ont baissé de 15% en nombre de projets par rapport à 2024, selon les chiffres de FDI markets compilés pour la chambre de commerce américaine en Europe. Une rupture de tendance alors que ceux-ci progressaient depuis 2022 de 19% outre-Atlantique, sous l’effet notamment de l’IRA. «Aucune entreprise européenne n’a déclenché de plan d’investissement à cause des droits de douane», assure Vincent Raufast, directeur chez OCO global qui a interrogé une soixantaine de dirigeants avec le cabinet RSM pour l’étude de chambre de commerce américaine en Europe.

La guerre commerciale n’a pas fait disparaître pour autant l’intérêt pour le marché américain des entreprises européennes. «Les projets les plus matures ont été accélérés pour sécuriser la fourniture des équipements avant les droits de douane, alors que les moins avancés ont été mis en pause», précise Maxime Adam, expert pour RSM. L’issue des négociations en cours pourrait accélérer le calendrier. Ou le décaler encore.

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