Le Moyen-Orient souffre d'un manque d'eau potable important et plus particulièrement la Jordanie, un pays soumis à un stress hydrique extrême. Les Jordaniens disposent en effet de 100 mètres cubes d’eau potable par habitant et par an alors que l’on parle de pénurie à partir du seuil de 500 mètres cubes. Les causes sont le réchauffement climatique, mais aussi une forte augmentation de la population passée de 7,1 à 11,1 millions d’habitants entre 2011 et 2022, notamment en raison d’un afflux massif de réfugiés.
Enfin les pertes en eau atteignent 50% de la production du fait des fuites sur le réseau mais aussi des vols. C'est dans ce contexte que le projet de dessalement Aqaba-Amman doit permettre de passer d’une production de 500 à 800 millions de mètres cubes d’eau potable par an et alimenter trois millions de personnes. Une étape essentielle vient d’être annoncée par le fonds français Meridiam qui a remporté auprès du gouvernement jordanien le contrat de dessalement et d’adduction d’eau à Aqaba et Amman. Le projet est porté par ce dernier (environ 90%) et Suez dont il est actionnaire à 40%. Fondée en 2005 et présidée par Thierry Déau, cette société est spécialisée dans le développement, le financement et la gestion à long terme d'infrastructures publiques. Meridiam revendique la gestion de 125 projets à travers le monde dont le budget total dépasse 22 milliards de dollars.
Quatre ans de chantiers et plus de 3 milliards d’euros d’investissements
Selon la Banque européenne d’investissement, qui contribuera pour 200 millions d’euros à cet immense projet, le montant du contrat devrait atteindre 3 milliards d’euros, mais peut-être davantage selon nos informations. Il comprend la construction d’une des plus grandes usines de dessalement d’eau de mer (300 millions de mètres cubes par an) au monde à Aqama au bord de la mer Rouge. En parallèle, 200 MW de panneaux solaires seront installés pour décarboner la production ainsi que 445 kilomètres de canalisations pour transporter l’eau jusqu’à Amman, la capitale du pays. Ce vaste chantier devrait permettre l’embauche de plus de 4000 personnes entre début 2025 et fin 2028, date prévue pour sa mise en service.
Le contrat comprend également l’exploitation pendant 30 ans (à partir du closing financier prévu en fin d’année 2024) de l’usine de dessalement qui sera assuré par Suez. L'entreprise française a déjà conçu et réalisé environ 260 usines de dessalement dans le monde. Vinci Construction grands projets, spécialiste des ouvrages de génie civil complexes et la société d’ingénierie et de construction égyptienne Orascom participeront aussi au chantier. Ce projet bénéficie non seulement de l’aide de la Banque européenne d’investissement mais également «du soutien de l’U.S. International Development Finance Corporation et de l’U.S. Agency for International Development à Amman, Jordan (USAID), qui a conseillé le gouvernement jordanien », selon le communiqué de Meridiam.



