Et un de plus. Luc Rémont quitte EDF, évincé comme d’autres avant lui. Un départ que certains jugeront inévitable tant la situation était devenue électrique entre l’État et la direction de l’électricien national. D’autres y verront la preuve qu’assumer ce poste aujourd’hui, c’est avant tout accepter de marcher sur une ligne de crête… les yeux bandés.
Le profil de Bernard Fontana, son successeur, a tout pour rassurer : industriel aguerri, fin connaisseur du nucléaire, homme de méthode. Il a redressé Framatome, apporté rigueur et efficacité là où il fallait en urgence afficher des résultats. La question n’est pas de savoir s’il a les épaules suffisamment larges – c’est le cas –, mais plutôt : cette mission est-elle seulement relevable ?
L'échec d'un système
Car ce que révèle ce changement à la tête d’EDF, ce n’est pas l’échec d’un homme. C’est celui d’un système. On demande à son PDG de garantir des prix bas pour les industriels, tout en engageant des dizaines de milliards d’euros pour reconstruire une filière nucléaire, tout en redonnant de la visibilité à ses salariés, tout en rassurant l’État actionnaire. Sans cap politique clair, sans arbitrage stratégique tranché. Résultat : EDF devient l’otage d’injonctions contradictoires.
Luc Rémont a certes crispé. Il a manqué de pédagogie, parfois de doigté. Mais il a le mérite d’avoir défendu une ligne : celle d’un EDF qui ne vend pas à perte, qui réclame une visibilité financière avant de lancer le chantier du siècle. À ses yeux, EDF est une entreprise comme une autre, soumise à des équations économiques. Le malentendu était total.

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Et pendant ce temps, l’économie réelle, elle, n’a pas le luxe d’attendre. Les grands industriels, exposés à la volatilité des prix de l’électricité, ont besoin de contrats lisibles et de visibilité à long terme. Dans un moment aussi incertain, ils attendent de l’État comme d’EDF un cap clair, un accompagnement concret et des réponses rapides.
Avec Bernard Fontana, l’État espère tourner la page. Il aura à sa disposition un patron à la réputation de «cost-killer», rompu aux restructurations et peut-être plus conciliant. Très bien. Mais on ne règle pas une crise systémique avec une fiche de poste. Et surtout pas en changeant de patron tous les deux ans.
Ce que la France attend d’EDF, il faut enfin l’assumer : est-ce une entreprise de marché, un outil de souveraineté énergétique ou un service public stratégique ? Tant que la réponse ne sera pas apportée, les PDG se succéderont… et les problèmes resteront. Alors bonne chance, Monsieur Fontana. Vous allez en avoir besoin.



