Enfin. Jeudi 8 juillet à 14h30, le constructeur Stellantis va dévoiler sa stratégie d’électrification lors de son "EV Day 2021". Un événement particulièrement attendu, alors que la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler Automobiles (FCA) doit permettre au nouvel ensemble d’accélérer dans la mobilité électrique. L’entreprise va devoir lever plusieurs interrogations sur ses plans, qu’elles concernent l’évolution de son catalogue ou la production de batteries.
Scepticisme sur la voiture électrique
Le constructeur automobile reste mystérieux sur le contenu des annonces. Dans son invitation, l’entreprise met l’accent comme de coutume sur son mantra, la mobilité "propre, sûre et abordable". Un thème cher au maître de cérémonie, Carlos Tavares. Le directeur général de Stellantis n’a pas toujours caché son scepticisme sur la maturité des voitures électriques, insistant sur le manque d’infrastructures et le prix élevé de ces véhicules.
Les normes européennes ont toutefois amené le groupe à abandonner tout investissement supplémentaire dans les moteurs thermiques. Hasard du calendrier: quelques jours après la présentation de Stellantis, la Commission européenne devrait proposer de durcir les seuils d'émissions de CO2 pour les véhicules particuliers. Une question qui devrait préoccuper les investisseurs invités à l’EV Day 2021. En 2019, FCA avait dû nouer un accord avec Tesla pour racheter des crédits CO2 et éviter de payer de lourdes pénalités.
Inquiétudes pour l'emploi
Au-delà du risque financier, un retard dans la mobilité électrique pourrait également menacer l'emploi. Le 6 juillet, Stellantis a sécurisé son usine d'Ellesmere Port au Royaume-Uni en annonçant le basculement du site vers la production de modèles électrifiés. D'autres usines s'inquiètent toutefois de l'impact social de la transition électrique.
Puisqu’il parle de stratégie "d’électrification", Stellantis devrait décrire plus largement ses intentions dans les véhicules à batteries et l’hydrogène. En avril, le groupe avait présenté des premiers modèles utilitaires équipés de piles à combustible.
Des ambitions insuffisantes ?
En avril, Stellantis avait annoncé vouloir atteindre 70% de véhicules électrifiés (c’est-à-dire 100% électriques ou hybrides) dans ses ventes européennes en 2030, contre 14% attendus en 2021. Dans la concurrence, le groupe Renault a dévoilé le 30 juin un objectif plus ambitieux, mais qui concerne seulement la marque éponyme : atteindre 90% de véhicules électriques en Europe en 2030.
Ces objectifs n’ont pas suffi à convaincre l'ONG Transport&Environment (T&E). Dans un rapport publié en juin, l’association plaçait Stellantis dans le bas du tableau de la transition électrique en Europe. "Stellantis, Daimler, BMW, Jaguar Land Rover et Toyota sont les plus mal classés, avec peu d’ambition et aucun plan pour concrétiser un avenir électrique", déplore l’organisation. La présentation du 8 juillet devrait sans doute rebattre les cartes.
Le chantier risque aussi de se montrer difficile aux États-Unis, le fief de Chrysler. Sur le marché nord-américain, Stellantis ne vise pas plus de 35% de véhicules électrifiés en 2030. Mais, là aussi, l’arrivée au pouvoir du démocrate Joe Biden fait craindre une réglementation plus stricte à l’égard des voitures thermiques.
D’autres projets de gigafactories en étude
Malgré son constat général sévère, T&E salue les plans de Stellantis dans les batteries. En coentreprise avec Saft, à Douvrin (Pas-de-Calais) l’entreprise pilote l’un des trois projets de gigafactory en France. L’entreprise souhaite également bâtir une usine de batteries à Kaiserslautern (Allemagne) pour atteindre 48 GWh de capacités en Europe en 2030. Mais il en faudra bien plus pour fournir les 14 marques du gigantesque groupe automobile.
Selon Carlos Tavares, les besoins de Stellantis exploseront à 250 GWh en 2030, bien au-delà des capacités des sites prévus à Douvrin et Kaiserslautern. En avril, le directeur général suggérait que des projets étaient en préparation aux États-Unis et éventuellement en Italie. Stellantis négocie également pour intégrer Renault dans la coentreprise ACC avec Saft. L’EV Day 2021 devrait permettre d’en savoir plus sur l’avancement de ces plans alors que les annonces se multiplient sur les usines de batteries en France, aussi bien chez Renault que chez Verkor.



