Entretien

«Avec l’hydrogène bleu, la Norvège pourrait rester un grand producteur de gaz», explique Andreas Bjelland Eriksen

Alors que la Norvège a atteint son pic de production de gaz, le pays se prépare un avenir dans l’hydrogène bleu et vert, la capture de carbone et l’éolien en mer, explique à L’Usine Nouvelle Andreas Bjelland Eriksen, le secrétaire d'État au ministère du Pétrole et de l'Énergie.

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Andreas Bjelland Eriksen- secretaire d etat energie de Norvege
Andreas Bjelland Eriksen, secrétaire d'Etat norvégien chargé de l'Energie.

L'Usine Nouvelle - Où en sont les réserves de pétrole et de gaz de la Norvège ?

Andreas Bjelland Eriksen - Le pic de production de pétrole a été atteint au début des années 2000, il y a donc environ 20 ans. Quant à la production de gaz, il existe différentes méthodes de mesure. Selon les sources, le pic a été atteint en 2017 ou l'année dernière, en 2022. Nous serons en mesure de maintenir ces volumes élevés de production au moins pendant les quatre ou cinq prochaines années.

Quand voyez-vous le pic de la demande arriver ?

Il est difficile de répondre de manière très précise à l'heure actuelle. D'une part, la transition énergétique s'accélère et de nouvelles productions d'énergie renouvelable se substitueront aux combustibles fossiles, ce qui réduira la demande. Mais en même temps,  avec la guerre en Ukraine et la réduction du gaz en provenance de Russie, la Norvège est désormais le plus grand fournisseur de gaz naturel d'Europe, ce qui va probablement maintenir la demande à un niveau élevé au cours des deux prochaines années.

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Quelle est la stratégie "post-pétrole" de la Norvège ?

Nous travaillons beaucoup au développement de nouvelles industries. Certaines d'entre elles pourront être basées sur le gaz, comme l'hydrogène bleu (à base de gaz naturel avec captage de CO2, NDR). Si nous arrivons à le développer, nous pourrons alors fournir un produit à faible teneur en carbone, voire à teneur nulle en carbone à l'avenir. Il est ainsi possible que nous puissions rester un grand producteur de gaz dans les années à venir. Nous avons beaucoup travaillé sur le CSC (captage et stockage de cO2) ces dernières années. Nous construisons actuellement en Norvège la première chaîne de valeur à grande échelle pour le CCS dans le monde. Nous travaillons également beaucoup sur l'éolien en mer, dans lequel se lancent les industriels du pétrole, notamment dans le domaine des postes de transformation électriques et des flotteurs. Lorsque le prix du pétrole a chuté il y a environ 10 ans, une grande partie de l'industrie pétrogazière a dû trouver de nouvelles sources de revenus. Et si nous réussissons à développer l'éolien offshore, nous pourrons aussi produire de l'hydrogène vert.

La Norvège s’est-elle dotée d’une stratégie hydrogène?

Nous avons une feuille de route pour l’hydrogène. L’État a déjà accordé environ 500 millions d'euros à des projets liés à l'hydrogène  au cours des trois dernières années. Et l’on s'attend à ce que davantage de projets soient développés à l'avenir, qu'il s’agisse de production d’hydrogène bleu ou d'hydrogène vert. Du côté de la demande, la Norvège a mis en service le premier ferry à hydrogène au monde, Hydra. Et d’autres projets de ce type sont en cours. Évidemment, nous faisons maintenant partie de la banque de l'hydrogène mise en place par l'UE, ce qui constituera également un programme important pour le développement de l'hydrogène en Norvège.

Existe-t-il un projet d'utilisation de l'ammoniac ou de carburant de synthèse pour décarboner les transports ?

Dans le cadre des 500 millions d'euros que j'ai mentionnés, l'un des programmes concerne le transport maritime et les projets de navires sans carbone. Mais le niveau de maturité technologique est encore assez faible. Une grande partie des solutions n'est pas finalisée. Il est difficile de le faire dans le cadre d'un projet commercial à grande échelle, en réduisant suffisamment les risques. C'est donc une chose sur laquelle nous travaillons encore pour savoir comment nous pouvons agir dans la pratique.

Cette crise énergétique que nous avons connue, après le Covid et la guerre en Ukraine, peut-elle remettre en cause votre stratégie industrielle et climatique, qui repose sur votre capacité à disposer d'une électricité quasiment intégralement décarbonée, ce qui est tout à fait unique dans le monde ?

Même si nous disposons d'un système électrique 100 % renouvelable, nous sommes fortement connectés aux systèmes électriques environnants. La pénurie de gaz et la crise énergétique en Europe ont donc durement touché l'industrie et les entreprises norvégiennes. En outre, nous utilisons l'électricité pour le chauffage, par exemple, ce qui n'est pas si courant ailleurs. Nous aurons également besoin de beaucoup d'électricité renouvelable à l'avenir. La Commission nationale de l'énergie a donc présenté une stratégie pour multiplier les sources d'énergie. C'est l'une des choses que nous nous efforçons de réaliser.

Quels sont vos objectifs en matière de développement des énergies renouvelables ?

La Commission nationale de l'énergie suggère de développer 40 térawattheures de nouvelle électricité renouvelable d'ici 2030, ce qui est un objectif très ambitieux pour un petit pays de cinq millions et demi d'habitants. Et pour replacer cela dans son contexte, nous produisons aujourd'hui en moyenne 155 térawattheures d'électricité renouvelable par an, ce qui représente une augmentation de 30 % si nous voulons atteindre cet objectif.

Quelle suite est-elle prévue au projet CCS Northern Lights ?

Nous stockons du CO2 sur le plateau continental norvégien depuis 27 ans déjà. Nous avons donc déjà une certaine expérience en la matière.  La première phase des projets Northern Lights sera achevée à la fin de l'année 2024. Nous disposons actuellement d'un grand nombre de nouvelles licences d'exploration pour lesquelles les entreprises étudient la possibilité de nouveaux stockages. Du côté de la capture, nous avons le projet Breivik, une cimenterie située à Breivik, pas très loin d'Oslo. Ce projet avance bien. La construction devrait être achevée au début de 2025. Mais il y a aussi d'autres projets qui sont remis en question par la situation actuelle de l'industrie. Tous les projets industriels, qu'il s'agisse de CCS, d'éoliennes en mer, d'hydrogène ou de projets industriels normaux, sont confrontés à des difficultés liées à l'inflation et aux coûts élevés dans le monde. C'est donc aussi un défi pour certains de ces projets de capture.

L'État norvégien pourrait-il soutenir la construction de tuyaux de CO2 ou de tuyaux d'hydrogène CO2 vers l'Europe ? 

Il y a le projet Northern Lights et le projet Longship, pour lequel l'État norvégien apporte une contribution de près de 2 milliards d'euros. Ces projets reposent sur un réseau de transport maritime. L'avantage d'utiliser un réseau de transport maritime pour le premier projet est qu'il est assez flexible et facile à mettre en place. La difficulté réside bien sûr dans le fait que les volumes sont moins importants qu'avec un oléoduc, mais il s'agit d'une bonne solution pour commencer. Ensuite, nous exportons 1250 térawattheures d'énergie à partir du gaz par an.  Le potentiel de décarbonation d'une grande partie de ces exportations grâce à l'hydrogène bleu est donc important. C'est pourquoi nous travaillons actuellement à une étude de faisabilité conjointe avec l'Allemagne sur l'avenir potentiel d'une infrastructure pour l'hydrogène entre la Norvège et l'Allemagne. Parallèlement, Equinor et Wintershall, une entreprise allemande du secteur de l'énergie, étudient par exemple la possibilité d'un pipeline de CO2 pour la Norvège. Il s'agit d'un concept intéressant, mais qui dépend vraiment du développement de l'activité de capture et de stockage du carbone et de la proposition de valeur qui en découle. Mais l'opportunité est vraiment énorme.

La France s'éveille à l'hydrogène et au CCS. Avez-vous déjà des contacts avec des acteurs de l'hydrogène et du CCS ?

Je pense que notre ministre des affaires et de l'industrie a rencontré la ministre française de l’Énergie en septembre. Nous entretenons un dialogue énergétique étroit avec la France depuis de nombreuses années, car nous sommes un important fournisseur de pétrole et de gaz pour l'Europe, le monde et la France. Je pense que nous sommes très heureux de poursuivre ce dialogue à l'avenir.

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