Comment la Norvège prévoit de doper sa production de pétrole et de gaz

Le gouvernement norvégien a validé, mercredi 28 juin, des projets de production de pétrole et de gaz pour un total de plus de 17 milliards d’euros. Une décision qui permet a minima de stabiliser la production d'hydrocarbures du pays et ainsi de garantir la sécurité énergétique de l’Europe selon Oslo, tandis que les écologistes s’y opposent.

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Le champ de pétrole Johan Sverdrup en Norvège
Alors que la Norvège fournit davantage de gaz à l'Europe qu'avant la guerre, la production du champ Johan Sverdrup monte déjà en puissance et doit faire croître la production de pétrole norvégienne de 7% cette année.

«C’est un record, au moins depuis les 20 dernières années», estime Mathias Schioldborg, analyste spécialisé production pétrole et gaz chez Rystad Energy, la principale société de veille économique sur le pétrole en Norvège. Mercredi 28 juin, le gouvernement norvégien a officiellement donné le feu vert au développement de 19 projets de production de pétrole et de gaz dans ses eaux territoriales. Le montant d’investissement cumulé des projets, dont certains concernent de nouveaux champs tandis que d’autres renforcent des capacités existantes, dépasse les 200 milliards de couronnes norvégiennes, soit à peu près 17 milliards d’euros. De quoi permettre au pays, dont le pétrole et le gaz font la fortune depuis les années 1980, de retarder de plusieurs années la baisse de sa production d'hydrocarbures.

Vague d’investissements à la suite de la crise

Le gouvernement valide des projets déjà annoncés par des pétroliers. Parmi eux se trouvent notamment les projets Yggdrasil et Valhall PWP-Fenris, portés par Aker BP. Le premier, gigantesque, comprendra l’installation de plusieurs plateformes offshore en mer du Nord pour atteindre des réserves estimées de 650 millions de barils. L'investissement prévu est de l’ordre de 10 milliards d’euros. Le second consistera en l’installation d’une plateforme autonome sur un champ déjà exploité, pour un coût aux alentours de 4,2 milliards d’euros.

«Il y a aussi beaucoup de petits projets, conçus comme des extensions sur des champs déjà productifs, notamment avec des raccordements sous-marins vers des plateformes existantes», décrit Mathias Schioldborg. Ces “petits” projets, qui se chiffrent malgré tout en centaines de millions d'euros, sont portés par différentes entreprises, dont Aker-BP mais aussi Equinor (qui développe notamment la plateforme flottante Irpa, un projet de gaz à plus d’un milliard de dollars), Wintershall Dea et OMV.

Comment expliquer cette vague de projets ? «Cette dynamique est surtout propulsée par un allégement fiscal proposé en Norvège de juin 2020 à la fin 2022 : le mécanisme augmentait les déductions d’impôts sur les investissements dans de nouveaux projets pétroliers, et de nombreuses entreprises se sont pressées pour présenter leur plan avant qu’elles ne puissent plus en bénéficier», explique l'analyste. En comptant les projets validés par le gouvernement les années précédentes, plus de 400 milliards de couronnes (près de 34 milliards d’euros) sont entrés dans ce schéma. Alors que ce mécanisme avait pour but initial de protéger les projets des entreprises affectées par le Covid-19, les investissements se sont multipliés en 2022 à la suite de l’explosion des prix des hydrocarbures, des superprofits pétroliers, et du nouveau rôle pris par la Norvège dans le gaz. 

Investissement pétrole norvègeNorsk Petroleum
Investissement pétrole norvège Investissement pétrole norvège

Les nouveaux projets d'exploitation devraient stabiliser l'investissement à un niveau élevé et doper l'industrie offshore norvégienne dans les prochaines années (source : Norsk Petroleum)

Contrebalancer l’épuisement des anciens puits

En 2022, environ un tiers des importations de gaz de l’Europe sont venues de ce petit pays de 5,5 millions d’habitants. En 2022, année record, la production de pétrole a rapporté 110 milliards d’euros au budget de l’Etat (qui possède les champs de gaz et de pétrole). Malgré la transition énergétique, «la guerre en Ukraine et la réduction du gaz en provenance de Russie ont rendu le plateau continental norvégien encore plus important qu'auparavant, expliquait Andreas Bjelland Eriksen, secrétaire d'Etat au ministère du Pétrole et de l'Energie, à l’Usine Nouvelle début juin. La Norvège est désormais le plus grand fournisseur de gaz naturel d'Europe, ce qui va probablement maintenir la demande à un niveau élevé au cours des prochaines années. C'est pourquoi nous observons également une activité importante sur le plateau continental norvégien.»

pétrole norvègeRystad
pétrole norvège pétrole norvège (SEILLER-MANN, Nathan)

Les nouveaux projets aidés fiscalement permettent à la Norvège de stabiliser sa production, en légère hausse jusqu'à 2030 (source : Rystad  Energy)

La production de pétrole norvégienne devrait croître de 7% cette année, pour dépasser les deux millions de barils par jour, en raison de la montée en puissance du champ Johan Sverdrup (opéré par Equinor et dont TotalEnergies détient 8%). Le gaz, lui, restera stable à un peu plus de 120 milliards de mètres cubes. Ensuite, les nouveaux champs commenceront à produire. «Ces projets vont retarder la baisse de la production due au déclin naturel des vieux puits, analyse Mathias Schioldborg, de Rystad Energy. Ils vont permettre à la Norvège de maintenir ses niveaux de production jusqu’à 2030 au moins.» En 2028, la Norvège devrait extraire l’équivalent de 4,3 millions de barils par jour (à part égale entre le pétrole et le gaz), dont 20% issus de projets décidés en 2020-2022. Le pic de production norvégien des hydrocarbures serait ainsi décalé de quelques années au profit d’une faible hausse de l’extraction.

Débat sur la sortie des fossiles

Alors que, selon l’Agence internationale de l’énergie, ne pas dépasser 2°C de réchauffement climatique d’ici la fin du siècle impose d’éviter tout nouvel investissement pétrolier, les organisations écologistes se sont opposées à cette annonce. La branche nordique de Greenpeace et l’association Natur og Ungdom ont annoncé jeudi 29 juin leur volonté de contester l’ouverture de plusieurs projets devant les tribunaux, arguant de leur impact climatique et d’études environnementales insuffisantes.

Ce n’est pas le seul débat qui entoure les hydrocarbures en Norvège. En début d’année, le gouvernement a annoncé l’ouverture de nombreuses zones d’exploration pétrolière dans la mer de Barents, une zone arctique au nord du pays encore relativement préservée de l’extraction pétrolière. Equinor y caresse déjà l’idée d’un projet à 10 milliards de dollars, Wisting, pour lequel une décision doit être prise en 2026. Au-delà des inquiétudes écologiques, «il faudrait davantage d’infrastructures d’export dans la zone pour encourager les entreprises à investir», note Mathias Schioldborg. Alors que la Norvège semble prévoir de continuer à exploiter un bon moment ses énergies fossiles, il faudra voir si les inquiétudes écologistes et la transition en cours parviendront à l’en dissuader.

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