Avant la REP bâtiment, les futurs éco-organismes en ordre de bataille

Dans l’attente de la publication des textes régissant les potentiels éco-organismes de la nouvelle filière à responsabilité élargie du producteur (REP) Produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment, trois regroupements ont manifesté leur intérêt. Avec des objectifs bien différents.

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Travaux de chantier construction
Le tri des matériaux lors de la déconstruction constituera une des priorités de Valobat.

Au 1er janvier 2022, la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) Produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment (PMCB) devrait voir le jour, telle que prévue dans la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi Agec). Ni les décrets, ni les cahiers des charges n’avaient, à l’heure où nous écrivons, été publiés. Mais les producteurs et metteurs en marché concernés commencent à s'organiser en groupements, voire en éco-organismes. “Nous avons six mois pour faire ce que les filières REP ont fait en dix-huit mois”, indique Hervé de Maistre. L’ancien directeur général de Placo et d’Isover pilote le projet d’éco-organisme Valobat, regroupant 26 entreprises et fédérations professionnelles, l’une des initiatives lancées en amont de la création de la filière REP.

“Il s’agira d’une filière REP historique par son ampleur, la plus importante tous secteurs confondus, avec 46 millions de tonnes de production de déchets par an”, précise Hervé de Maistre. Sur ce volume, 31 Mt incomberont au gros œuvre. Les matériaux des travaux publics n’entreront pas dans le champ d’action de la REP, laissant déjà apparaître quelques poches d’incertitude sur le sort de certains produits, telles les canalisations. L’identification des metteurs en marché n’est pas encore actée sur le bois - ce qui explique, selon les porteurs du projet Valobat, l’absence d’acteurs du secteur au tour de table.

Neuf secteurs devraient être couverts par l’éco-organisme, selon les agréments dont il disposera : bois; matériaux inertes; menuiseries, parois vitrées et produits de construction connexes; construction métallique ; équipements métalliques ; plastiques rigides, membranes et isolants plastiques ; plâtres et mortiers ; produits contenant de la laine minérale, revêtements de sols. La plupart sont représentés par les actionnaires-fondateurs de Valobat, parmi lesquels Fayat Métal, Gerflor, Knauf Insulation, Legrand, Soprema, Rockwool, Schneider Electric, Nexans, Hansgrohe ou Tarkett. 

“Ne pas casser la dynamique existante”

Les porteurs du projet Valobat devront agir dans le cadre d’une filière ayant déjà mis en œuvre plusieurs initiatives sur la fin de vie des matériaux. “Une des missions de la REP est de ne pas casser la dynamique existante sur le recyclage. 69% des déchets qui nous concernent sont valorisés aujourd’hui, selon l’Ademe, dont 26% pour le second œuvre. Ce qui nous semble la proposition la plus réaliste est de mettre en place un processus financier pour les filières les plus avancées (métaux, matériaux inertes) ; pour les autres, plutôt en opérationnel”, explique Hervé de Maistre.

Depuis le 1er juillet 2021, une estimation de la quantité totale de déchets qui seront générés par l'entreprise de travaux durant le chantier, ainsi que les modalités de gestion et d'enlèvement de ces déchets doivent figurer dans les devis. Les points de collecte au sein desquels l'entreprise de travaux prévoit de déposer les déchets doivent aussi être mentionnés. Depuis 2017, les distributeurs de matériaux du bâtiment doivent quant à eux s’organiser pour reprendre les déchets, par leurs propres moyens ou en s’organisant à proximité. “Les négoces ont des contraintes de place, de sécurité… qui font que ce n’est pas évident à mettre en place, mais certains d’entre eux en font un avantage concurrentiel”, observe Hervé de Maistre.

Parmi les points sensibles à régler, figurera celui des déchetteries publiques - certaines collectivités souhaiteraient recentrer leur accès en faveur des particuliers, d’autres estiment qu’il s’agit d’un apport de volumes non-négligeables. “La déchetterie municipale, c’est la partie émergée de l’iceberg dont on entend de nouveau parler, mais les gros volumes (80%) partent déjà en déchetteries professionnelles.” Autre enjeu, celui de la résorption des dépôts sauvages, dont le coût pour les collectivités est estimé à 400 millions d’euros par an.

Des projets dédiés aux déchets inertes...

Valobat, initié au départ par des équipes de Saint-Gobain, n’est pas le seul éco-organisme en lice pour la REP PMCB. Huit fédérations professionnelles de la pierre de construction, du béton, du granulat, du ciment et des enrobés sont ainsi engagées dans un projet porté par l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (Unicem).

“L’éco-organisme que nous sommes en train de préfigurer fédère la filière minérale. Nous ne voulons pas laisser gérer cette question par des organismes qui ne connaissent pas nos métiers. L’objectif n’est pas d’avoir un éco-organisme tentaculaire. Nous avons déjà une filière efficace dans nos métiers. Nous devons être capables de minimiser les coûts pour que l’augmentation des prix des matériaux soit la plus faible possible”, martèle Alain Boisselon, président de l’Unicem. “Soit les matériaux inertes seront chez nous, soit à côté, en fonction des agréments donnés par l’Etat. Nous trouverons des solutions intelligentes”, réagit-on chez Valobat. 

L’Unicem quantifie le nombre de sites de traitement à 1500, et chiffre à près de 70% le taux de recyclage des matériaux concernés. Elle juge atteignable l’objectif, fixé par la Direction générale de la prévention des risques, d’atteindre 90% de taux de recyclage en 2028.

… et aux matériaux liés à la déconstruction

Même volonté d’apporter une réponse sectorielle chez Valdelia. Cet éco-organisme, existant, est spécialisé sur la collecte et le traitement des déchets d’ameublement professionnel. Il a collecté 100 000 tonnes en 2019. 70 centres de traitement et 250 entreprises assurant la collecte travaillent pour son compte. Valdelia affiche un taux de recyclage de 75% sur le mobilier professionnel, et un taux de valorisation global de 92%.

“Les matériaux de construction du bâtiment sont des produits que l’on retrouve déjà, bien que non-conformes, dans nos bennes. Quand nous retirons des mobiliers d’agencement de magasins, nous nous retrouvons aussi avec des sols et plafonds. Nous avons développé un savoir-faire au niveau de la collecte auprès des professionnels, explique Arnaud Humbert-Droz, président exécutif de Valdelia. Par ailleurs, il existe une part de metteurs en marché concernant les agenceurs, qui devront rester en conformité, soit dans la REP Déchets d’éléments d’ameublement, sur laquelle nous opérons déjà, soit dans la REP PMCB à venir", avec des produits qui pourraient tomber dans son escarcelle.

Ce nouveau marché ne fait pas peur à l’éco-organisme, qui fêtera son dixième anniversaire l’an prochain. “Nous sommes dans un métier du bâtiment plutôt conservateur en matière de gestion des déchets. En 2012, on nous disait, sur le mobilier, de passer notre chemin; aujourd’hui, nous sommes démarchés pour les retirer. Nos chefs d’équipe sont formés pour travailler avec les chefs de chantier : 25% à 30% de notre activité est aujourd’hui réalisée en contact avec des chefs de chantier ou de démolition.”

Valobat jauge à 600 000 le nombre d’entreprises qui devront prendre en charge la fin de vie de leurs déchets ou transférer cette responsabilité à un éco-organisme.

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