Chronique

Les terres excavées non dangereuses se cherchent encore un avenir

Deux sites viennent d’être labellisés Recyterre, attestant de leur respect d’un cahier des charges lié au traitement des terres non dangereuses, destinées à être réutilisées par les acteurs de la construction. Le recyclage peine encore à se développer.

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Plateforme SPL Gennevilliers de recyclage des gravats - Mai 2019
Les terres excavées font partie des points sensibles sur le dossier des déchets de chantier.

Le devenir des terres excavées non dangereuses, question insoluble ? Pas forcément, répondent la branche BTP de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) et le Syndicat des entreprises de déconstruction, dépollution et recyclage (Seddre). Par l’intermédiaire des bureaux d’études qu’elles ont retenus, les deux organisations professionnelles viennent d’accorder les premiers labels Recyterre aux sociétés Verdipole, à Santes (Nord), et à l’un des sites de l’entreprise générale de construction Brézillon, à Longueuil-Sainte-Marie (Oise).

“Nous venons qualifier l’aspect réglementaire de ces installations, et qualifier aussi le type de traitement donné à ces terres, pour pouvoir produire de façon maîtrisée la qualité des terres issues de ces plates-formes, afin de garantir à l’utilisateur final un produit industriellement maîtrisé”, indique Erwan Le Meur, vice-président de Federec BTP.

Annoncé en juillet 2019, ce label de qualification de plates-formes de traitement de terres, inertes ou non-inertes, en vue de leur valorisation matière doit permettre aux maîtres d’œuvre ou d’ouvrage d’avancer en confiance avec la réutilisation des produits sur leurs chantiers. Et les convaincre in fine de mentionner dans leurs appels d’offres pour des chantiers d’aménagement que les terres utilisées sont issues d’un site qualifié Recyterre. Pour ce faire, Federec et le Seddre ont rédigé une grille multi-critères, incluant le respect du cadre réglementaire, la gestion des flux et des données liées à l’eau et aux poussières.

Les terres excavées, déchets tunneliers exceptés, peuvent ainsi être redirigées vers des installations dont la maîtrise de l’impact environnemental est de mise. “Les terres peuvent être lavées. Dans la plupart des cas, elles sont criblées et traitées à la chaux, de façon à floculer les argiles. Cela permet d’éviter que les terres ne soient trop sensibles à l’eau, et cela limite ou évite des phénomènes de gonflement par la suite. Les terres peuvent être réutilisées en remblais de chantier, remblais techniques ou en projets d’aménagement”, explique Erwan Le Meur.

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Le Grand Paris Express comme déclencheur

Recyterre avait initialement été conçu pour répondre aux besoins nés du méga-chantier du Grand Paris Express, un réseau de métro de 200 km de lignes et de 68 gares destiné, à terme, à desservir plus finement la région parisienne de banlieue à banlieue. En Ile-de-France, hors de ce projet, 20 millions de tonnes par an de terres qui ne peuvent pas être réutilisées sur les mêmes projets d’aménagement sont produites, estiment les promoteurs du label.

Les projets ne manquent pas : en 2018, Bouygues Travaux Publics et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) lançaient ensemble un projet de recherche et développement, Immoterre, visant à proposer une gestion durable des terres excavées dans le cadre des travaux du métro, qui devaient engendrer, selon les calculs de l’époque, près de 43 millions de tonnes de déblais. L’avancée des travaux n’a pas été communiquée.

Pour rassurer les professionnels, Soltracing, créée en 2015, avait reconfiguré son outil début 2020 avec l’appui du BRGM, désormais actionnaire aux côtés du français Hesus et de la Confédération flamande de la construction. “Le réemploi des terres excavées est une bonne pratique de l'économie circulaire qui peut également vous faire bénéficier de coûts réduits par rapport aux solutions traditionnelles d'élimination”, promet la start-up, qui trace les flux d’un site à l’autre.

Un manque de débouchés

Reste à trouver un marché... “Ce qui freine : le faible coût des matières premières, et la nécessité de donner confiance à utiliser des produits recyclés. On ne compte qu’une dizaine de plates-formes en Ile-de-France et une quinzaine en France. C’est surtout un problème de débouchés”, expose Erwan Le Meur.

S’ils réussissent, les promoteurs de Recyterre ambitionnent de dynamiser la filière, bien au-delà du Grand Paris Express. “D’autres régions et d’autres exploitants de plates-formes sont intéressés par le projet, assure Erwan Le Meur. Cela peut intéresser d’autres entreprises de recycler des terres. C’est un moyen d’étendre les procédés industriels et techniques utilisés en région parisienne.”

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