Aubert & Duval se remet à neuf. En 2027, son usine de Pamiers, en Ariège, pourra utiliser une presse à forger dernier cri, commandée à la mi-janvier auprès du groupe allemand SMS Group. L’outil viendra remplacer une presse existante, baptisée Schloemann (l’ancien nom de SMS Group) mise en service dans l’usine en… 1932. L’investissement total atteint 75 millions d’euros. C'est un symbole : le groupe métallurgique a été racheté par un consortium rassemblant Airbus, Safran et le fonds Tikehau Capital en 2023, et met en place un important plan de modernisation pour retrouver ses performances perdues.
«L’opération était prévue : la durée de vie d’une presse peut atteindre 70 ans, mais celle-ci a un peu dépassé son temps et commence à poser un certain nombre de problèmes de maintenance», commente le PDG du groupe, Bruno Durand. Présenté comme particulièrement réglable et modulable, l’outil, qui affiche une puissance de 6 000 tonnes doit participer à «préparer le futur d’Aubert & Duval à moyen et très long-terme». Le site de Pamiers emploie aujourd’hui près de 1 100 personnes en CDI.
Se positionner sur le “moteur du futur de type Rise”
L’opération est stratégique. D’environ 6 mètres, la presse est compatible avec les produits de très grande dimension en recherche de performance. «Elle nous permet de répondre à la demande de certains de nos clients, qui cherchent à sécuriser leur production proposant un deuxième lieu de production pour un certain nombre de pièces existantes, en particuliers militaires ou dédiées au moteur Leap», explique Bruno Durand. La machine permet aussi de positionner l’usine «pour les moteurs du futur de type “Rise”, qui pourront représenter un quart à un tiers de la charge», ajoute l’industriel en référence au moteur non caréné moins consommateur de kérosène que développent Safran et GE dans l’espoir d’équiper les avions produits dans 10 ans.
Une gageure. «Quand vous achetez un outil pour 50 ou 60 ans, il faut imaginer le produit qui sera conçu dans 20 ou 30 ans», pointe Bruno Durand en listant les technologies métallurgiques de pointe qu’elle pourra utiliser pour matricer une foule d’aciers spéciaux et de superalliages (dont l’AD730, la recette maison de l’entreprise à base de nickel) en pièces de très hautes performances, résistantes au températures extrêmes.

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Dans le détail, la presse est notamment équipée d’un module de «very hot die» – «il s’agit de chauffer l’outillage en continu, ce qui permet de forger de manière plus lente en évitant les chocs thermiques et donc la formation de défauts», vante Bruno Durand en pointant que la technologie existe en Chine et aux Etats-Unis, mais est pour l’instant absente du paysage industriel européen. Autre option : le forgeage isotherme, dédié à produire des pièces en partant non pas d’une masse de métal, mais d’une poudre métallurgique compactée. De quoi produire tout un tas de pièces aéronautiques, tels des structures de voilures, ou des arbres et des disques moteur.
Chiffre d’affaires déjà en hausse
La presse affiche aussi une efficacité énergétique bien supérieure à la précédente, souligne Aubert & Duval, qui profite aussi de l’investissement pour remplacer tous ses fours à gaz par des modèles électriques, donc décarbonés. Côté emploi, l’automatisation devrait être compensée par la montée en charge, pronostique Bruno Durand, qui s’attend à une opération «globalement neutre» en termes de postes.
L’annonce est-elle le signe du réveil d’Aubert et Duval? «Ces derniers mois nous avons d’abord été focalisés sur le fait de livrer les clients, de lever les goulets d’étranglement et de parer au plus urgent. Maintenant, on lance les investissements et on commence à lancer un plan de transformation pour avoir, en particulier, une informatique digne de ce nom et des gammes au top», révèle Bruno Durand.
L’entreprise, en train d’harmoniser son système d’ERP avec l’allemand SAP, est «sur le bon chemin», juge le PDG tout en reconnaissant que «la pente est encore raide». Bon signe, le chiffre d’affaires du groupe en 2023 «correspond à ce que nous avions prévu, et même un peu mieux», annonce Bruno Durand, qui s’était donné l’objectif d’arriver à 650 millions d’euros (contre 553 millions en 2022) à sa prise de poste.
«Cela ne veut pas dire que tous nos clients sont ravis, mais nous avons été coopératifs et sommes parvenus à gérer les priorités suffisamment bien pour ne bloquer aucune ligne d’assemblage», dévoile-t-il en rappelant son objectif à moyen-terme. Passer du rang de «vilain petit canard» à celui de «métallurgiste européen de référence».



