Le trio de repreneurs peut souffler. Comme L’Usine Nouvelle l’avait révélé le 18 avril, l’acquisition d’Aubert & Duval par Airbus, Safran et Tikehau Capital a bien été finalisée vendredi 28 avril. Une opération stratégique pour l’industrie française : cette division du groupe minier Eramet est un fournisseur de pièces critiques pour l’aéronautique et la défense, mais aussi le nucléaire et le médical. Un rachat d’autant plus attendu qu’il intervient dans un contexte de tensions dans les chaînes d’approvisionnement et d’enjeux croissants liés à la souveraineté européenne.
Les premières discussions liées à la reprise d’Aubert entre le trio de repreneurs et Eramet avaient été entamées fin 2020 mais il a fallu attendre début 2022 pour que les parties prenantes tombent d’accord sur les conditions du rachat. Alors que l’opération aurait dû être bouclée fin 2022, elle intervient donc avec quatre mois de retard supplémentaire. En cause ? Les repreneurs ont dû attendre le feu vert des autorités chinoises de la concurrence. Comme de coutumes dans ce genre de transactions, Airbus, Safran et Tikehau devaient obtenir l’approbation de Bruxelles, mais aussi de plusieurs pays concernés, dont la Chine.
Un rouage clé de l'industrie française
Une attente qui en a agacé plus d’un. Car Aubert & Duval constitue un rouage essentiel de l’industrie tricolore. «Il faut avoir à l’esprit qu’Aubert & Duval, au-delà de son métier de forgeron, est un élaborateur de superalliages pour les moteurs d’avions, confiait Olivier Andriès, le directeur général de Safran, à L’Usine Nouvelle en février 2022, lors de l’annonce de l’acquisition.C’est le seul dans le monde occidental, hormis aux Etats-Unis. Si nous voulons garantir la souveraineté européenne en matière d’aviation de combat, il faut être en mesure de maîtriser toutes les parties du moteur, et en particulier les parties chaudes, qui requièrent l’utilisation de superalliages.» L’entreprise fournit par exemple des pièces pour les moteurs du Rafale de Dassault, les sous-marins de Naval Group et les centrales nucléaires de Framatome.
Or il y avait urgence à rendre cette acquisition effective. Car Aubert & Duval, qui génère un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros et emploie 3700 personnes, se trouve quelque peu en déshérence. Cette division d’Eramet a souffert de sous-investissements durant plusieurs années et a dû faire face notamment à plusieurs problèmes de qualité au niveau de sa production. La hausse actuelle des prix des matières premières et de l’énergie n’arrange rien à sa situation. D’où la nécessité d’un plan de modernisation de 300 millions d’euros sur cinq ans, pour assurer son redressement industriel, que comptent mettre en œuvre les repreneurs.
C’est le groupe Safran qui va jouer les premiers rôles dans la direction opérationnelle d’Aubert & Duval. Et qui a du coup placé à la tête de l’entreprise un dirigeant issu de ses rangs : Bruno Durand. Passé notamment par la Direction du Budget du Ministère des Finances et par Stellantis, ce diplômé de l’Ecole Centrale de Paris a rejoint Safran en 2005 où il a multiplié les postes de direction dont celui de directeur général adjoint production, achats & performance en 2020. Il devra remettre Aubert & Duval en selle et parvenir à lui faire livrer «des pièces de qualité en temps et en heure», pour reprendre les propos d’Olivier Andriès en 2022. Le champion tricolore est entre de bonnes mains mais n’est pas encore tiré d’affaire.



