Enfin ! Après plus de quatre mois d’attente, faisant au passage grincer quelques dents, la Chine a fini par donner son aval concernant une opération stratégique pour l’industrie française. Selon plusieurs sources impliquées dans les négociations, le rachat par Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital d’Aubert et Duval, une filiale du groupe minier Eramet, a enfin obtenu le feu vert tant attendu des autorités chinoises de la concurrence. La finalisation de cette cession – pour laquelle les premières discussions datent de fin 2020 – va intervenir le 28 avril.
Depuis décembre 2022, date à laquelle Bruxelles avait donné son aval, la vente d’Aubert & Duval était suspendue à ce feu vert chinois. Une condition sine qua non qui s’inscrit dans le droit international de la concurrence, selon les industriels impliqués dans l’opération. La cession avait également été validée auparavant par la Turquie, le Brésil et la Suisse. Restait donc le sésame chinois : fin février, alors qu’une réponse était attendue, «nous n’avons eu alors ni son, ni image», avait confié un interlocuteur au sein de l’une des parties prenantes. L’accord chinois est tombé formellement le lundi 17 avril.
Dossier stratégique
Une attente qui aura fait traîner en longueur un dossier pourtant crucial pour toute une partie de l’industrie. Victime de sous-investissements, Aubert & Duval est à la peine alors même que cette division d’Eramet est le seul élaborateur de superalliages pour les moteurs d’avions dans le monde occidental, hors Etats-Unis. Elle fournit les moteurs de Safran destinés aux avions d’Airbus (le Leap) et aux Rafale (le M88) de Dassault Aviation. Elle approvisionne aussi en métaux et alliages les sous-marins de Naval Group, les centrales nucléaires de Framatome ainsi que certains équipements de l’industriel de défense Nexter.
«Il en va de la souveraineté de la filière aéronautique française et européenne et de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement», avait confié Olivier Andriès, le directeur général de Safran, à L’Usine Nouvelle en février 2022, lors de l’annonce de cette acquisition. L’entreprise a en particulier dû déplorer des problèmes de qualité au niveau des pièces produites ces dernières années. Le consortium de repreneurs prévoit un plan de modernisation de 300 millions d’euros sur cinq ans pour assurer le redressement industriel et opérationnel de ce fournisseur stratégique et critique.



