Bonne nouvelle pour la filière aéronautique tricolore. Eramet a annoncé mardi 21 juin avoir signé le contrat de cession de sa filiale Aubert & Duval au trio Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital. L’opération, qui devrait être finalisée d’ici à la fin de l’année 2022, avait été dévoilée fin février sous la forme d’un protocole d’accord, après plus de deux années de négociations. Le groupe minier et métallurgique cède à l’avionneur, au motoriste et à la société d’investissement une activité stratégique pour l’industrie aéronautique. Si la transaction s’effectue sur la base d’une valeur d’entreprise de 95 millions d’euros, le fort endettement d’Aubert & Duval réduit fortement le montant réel de la reprise.
« Il en va de la souveraineté de la filière aéronautique française et européenne et de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement », confiait en février à L'Usine Nouvelle Olivier Andriès, le directeur général de Safran. Aubert & Duval représente un fournisseur stratégique en métaux et alliages (superalliages, titane et aluminium) d’Airbus et de Safran, mais aussi de Dassault Aviation, de Nexter et de Naval Group. Le conflit en Ukraine, et les tensions sur les matières premières qui en ont découlé, ont donné encore plus de pertinence à cette opération pour les usages civils comme militaires. D’autant que dans l’escarcelle de la filiale d’Eramet se trouve l’activité de recyclage de titane EcoTitanium.
Mais pour que le trio de repreneurs profite de cette production stratégique, il va leur falloir se retrousser les manches. Car la cession d’Aubert & Duval est avant tout un sauvetage : en raison d’un sous-investissement chronique et de dérives du contrôle qualité, les usines de la filiale d’Eramet ont dû faire face ces dernières années à d’importants problèmes de qualité et retards de livraison, que la crise du secteur aéronautique provoquée par la pandémie mondiale n'a fait qu'aggraver. Eramet a déjà lancé un plan de départs volontaires de 380 personnes. Ces difficultés concernent la plupart de la dizaine de sites d’Aubert & Duval en France, où travaillent 3 600 salariés, en particulier aux Ancizes (Puy-de-Dôme) et à Pamiers (Ariège).
Un plan de modernisation de 300 millions d'euros
D’où l’estimation d’un plan de modernisation de 300 millions d’euros sur cinq ans, évaluée par le dirigeant de Safran en février. « Compte tenu de l’augmentation d’activité prévue dans l’aéronautique, due à la reprise du trafic aérien, nous devrions parvenir à assurer le redressement de l’activité sans avoir à lancer de plan social », assurait début 2022 Olivier Andriès. Objectif pour Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital avec Aubert & Duval : devenir plus efficace, améliorer la sécurité de certains bâtiments et livrer des pièces de qualité en temps et en heure. Un horizon atteignable via des investissements dans des process industriels modernes, une meilleure gestion des flux logistiques entre les sites mais aussi les infrastructures et l’immobilier.
Dans le détail, Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital seront représentés à parts égales au sein de ce consortium, constitué d’un conseil d’administration, où chaque partenaire sera représenté par deux administrateurs. Compte tenu des compétences de Safran dans les métiers de la forge et de la métallurgie, c’est l’équipementier et motoriste qui assurera le pilotage industriel de l’ensemble. Si l’acquisition constitue une excellente nouvelle pour la filière, une source proche du dossier souligne qu’il va falloir veiller à ce que les industriels ne soient pas tentés de sacrifier les bénéfices d’Aubert & Duval, dont ils sont les clients. Tenant désormais sur trois pieds, Aubert & Duval va devoir trouver le bon équilibre.



