Entretien

«Il faut un plan de modernisation de 300 millions d’euros pour Aubert et Duval», annonce Olivier Andriès, directeur général de Safran

Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital ont signé, mardi 22 février, un accord avec Eramet pour la reprise de sa filiale Aubert et Duval. Investissements, gouvernance, évolution des effectifs… Dans une interview accordée à L’Usine Nouvelle, Olivier Andriès, le directeur général de Safran, détaille les grands enjeux de cette opération clé pour la souveraineté de la filière aéronautique française.

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Selon Olivier Andries, directeur général de Safran, la reprise d'Aubert et Duval par Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital est clé pour la souveraineté de la filière aéronautique.

L'Usine Nouvelle. - Quelle importance revêt la reprise d'Aubert et Duval par Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital pour la filière aéronautique et l’industrie française ?

Olivier Andriès. - Il en va de la souveraineté de la filière aéronautique française et européenne et de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement. Aubert et Duval est un fournisseur stratégique critique pour Airbus et Safran, ainsi que pour d’autres industriels comme Dassault Aviation, Nexter, Naval Group et Framatome, mais aussi du point de vue de l’Etat. Le 18 février, l’Etat a d’ailleurs institué une action spécifique au capital d’Eramet afin de protéger certains actifs détenus par Aubert et Duval, car considérés comme stratégiques.

Et pour Safran, quels sont les enjeux de cette reprise ?

Il faut avoir à l’esprit qu’Aubert et Duval, au-delà de son métier de forgeron, est un élaborateur de superalliages pour les moteurs d’avions. C’est le seul dans le monde occidental, hormis aux Etats-Unis. Si nous voulons garantir la souveraineté européenne en matière d’aviation de combat, il faut être en mesure de maîtriser toutes les parties du moteur, et en particulier les parties chaudes, qui requièrent l’utilisation de superalliages.

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Aubert et Duval est un élaborateur de superalliages pour les moteurs d’avions. C’est le seul dans le monde occidental, hormis aux Etats-Unis.

Pour être clair, nous aurons besoin pour le moteur du futur avion de combat européen, le Scaf, de travailler avec Aubert et Duval, comme cela a été le cas pour le moteur M88 du Rafale. Il serait inimaginable d’être dépendants sur ce sujet de souveraineté de fournisseurs non-européens. Le deuxième enjeu pour Safran est lié au domaine de la forge. Aubert et Duval est l’un des rares acteurs européens positionnés sur ce métier, et en capacité de forger des pièces critiques pour l’aéronautique et la défense. Il est important pour nous de diversifier nos sources d’approvisionnement.

Comment expliquer le déblocage de la reprise d’Aubert et Duval par Airbus, Safran et Tikehau après deux années de négociations ?

Le problème principal qui avait jusque-là empêché un accord de reprise, concernait le sujet de la qualité des pièces produites par Aubert et Duval ces dernières années. Eramet avait d’ailleurs communiqué à ce sujet dès 2018. Un énorme travail a été effectué l’an dernier, du printemps jusqu’à la fin de l’année, entre Aubert et Duval et ses principaux clients pour s’assurer que les pièces déjà fournies ne posaient pas de risque en matière de sécurité aérienne. Le système d’assurance qualité a été entièrement revu. Pour rappel, on parle là de pièces qui servent les secteurs de l’aéronautique, de la défense, mais aussi du nucléaire. Au moment où je vous parle, le problème de la qualité est un sujet bien plus circonscrit et fait l’objet de garanties spécifiques de la part d’Eramet. D’où l’annonce de l’accord avec le consortium.

Quels seront les principes de fonctionnement de ce consortium ?

Au sein de ce consortium, Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital posséderont chacun un tiers de la société. Il y aura un conseil d’administration, où chaque partenaire sera représenté par deux administrateurs. C’est ce conseil qui nommera le dirigeant opérationnel, sur proposition de Safran, compte tenu de nos compétences dans les métiers de la métallurgie et de la forge. Il n’est pas prévu que la société change de nom.

Comment garantir l’indépendance d’Aubert et Duval, alors même que ses actionnaires seront ses principaux clients ?

Nous devrions parvenir à assurer le redressement de l’activité sans avoir à lancer de plan social.

Dans le secteur aéronautique, cette situation n’est pas exceptionnelle. Il n’est pas rare que l’actionnaire d’une entreprise soit aussi un fournisseur ou un client, ou que deux sociétés soient partenaires dans un domaine et concurrentes dans un autre, comme c’est le cas pour Safran avec d’autres motoristes. Ceci dit, demain, le conseil d’administration devra effectivement veiller à la parfaite équité de chaque transaction de sorte à protéger les intérêts d’Aubert et Duval.

En quoi va consister concrètement le plan de transformation d’Aubert et Duval ?

Il y a un travail important à effectuer pour assurer le redressement industriel et opérationnel d’Aubert et Duval. Dans le détail, il faut mettre en œuvre un plan de modernisation des sites, que nous évaluons à environ 300 millions d’euros sur cinq ans. Compte tenu de l’augmentation d’activité prévue dans l’aéronautique, due à la reprise du trafic aérien, nous devrions parvenir à assurer le redressement de l’activité sans avoir à lancer de plan social. L’objectif global est de devenir plus efficace et de livrer des pièces de qualité en temps et en heure, en travaillant sur les gammes de production, en investissant dans des process industriels modernes et en améliorant les flux logistiques entre les sites.

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