Pourquoi la reprise d’Aubert et Duval par Airbus, Safran et ACE prend plus de temps que prévu

Eramet a refusé l’offre de reprise d’Aubert et Duval remise en mars par le consortium constitué d’Airbus, de Safran et du fonds d’investissement ACE Capital Partners. L’opération vire au bras de fer.

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salon du Bourget moteur M88 Rafale
Les métaux d'Aubert et Duval se nichent jusque dans le moteur M88 du Rafale. Airbus, Safran et ACE Management vont-ils convaincre Eramet de céder sa filiale?

Le sauvetage d’Aubert et Duval devrait bien avoir lieu. Mais l’opération tire en longueur. L’offre de reprise engageante présentée courant mars par le consortium formé par Airbus, Safran et ACE Capital Partners (Tikehau Capital) n’a pas trouvé grâce aux yeux du groupe minier. «Nous avons soumis une offre qui reflète l’appréciation de la situation telle que nous la voyons, a expliqué Olivier Andriès, le directeur général de Safran dans le cadre d’un entretien accordé à L’Usine Nouvelle. Mais cette offre a été rejetée par le conseil d’administration d’Eramet.» C’est la première fois que l’un des acteurs du consortium officialise le rejet de cette offre.

La cession de cette filiale du groupe Eramet, spécialisée dans les alliages de haute performance, agite depuis 2020 le milieu aéronautique et politique. Les métaux haute performance d’Aubert et Duval sont plébiscités par les grands donneurs d’ordre aéronautiques, dans le civil et la défense : moteur M88 du Rafale, trains d’atterrissage des avions commerciaux, fixations en tout genre, aérostructures, pièces critiques pour le spatial... Une activité touchant à la souveraineté du pays, pour laquelle l’Etat – qui détient près de 26% du capital d’Eramet – ne craint rien tant qu’une offensive étrangère.

Reprise des négociations

Comment expliquer dès lors le délai que prend l’opération de sauvetage de cette entreprise critique ? Les difficultés pourraient en partie s’expliquer par la guerre de gouvernance qui a miné Eramet ces derniers mois. «Christel Bories, la PDG du groupe, a voulu faire l’unanimité auprès de son actionnaire principal, la famille Duval, en refusant l’offre du consortium, estime une source proche du dossier. Elle a cherché à recréer de la cohésion au sein du conseil d’administration autour d’elle. C’est de la basse politique.» Alors que la famille Duval souhaitait encore en début d’année le départ de la PDG, son mandat a finalement été renouvelé par le conseil d’administration fin mars.

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«Trois semaines après ce refus, la banque du groupe Eramet s’est rapprochée du consortium pour reparler de l’offre», continue cette même source. Les négociations se poursuivent, malgré le rejet de l’offre, «la cession de cet actif reste l’option privilégiée», selon un porte-parole d’Eramet, même si pour l’instant les discussions n’ont pas enregistré d’avancées majeures. L’opération pourrait malgré ces péripéties être bouclée dans le courant de l’été, d’après nos informations, peut-être même dès le mois de juin.

Reste qu’au-delà des problèmes de gouvernance, c’est la situation dégradée d’Aubert et Duval qui complique les négociations de reprise. Déjà en difficulté avant l’apparition de la pandémie mondiale, en raison notamment de problèmes de non-conformité du contrôle qualité et de retards de livraison, la filiale d’Eramet a subi de plein fouet la chute d’activité du secteur aéronautique. Alors que son chiffre d’affaires a baissé de 16% en 2020, à 539 millions d’euros, Aubert et Duval a accusé une perte de 87 millions d’euros. «En matière technologique, il s’agit bien d’une pépite, mais l’entreprise a été très mal gérée», glisse une source anonyme. Un plan de 380 départs volontaires a d’ailleurs été lancé fin 2020.

Les plafonds de garantie au coeur des négociations

Point d’achoppement entre les acteurs impliqués, d’après nos informations : les plafonds de garantie, autrement dit les sommes maximales à payer concernant plusieurs mises en conformité. Les discussions se concentreraient en particulier sur les problèmes de non-qualité, qui ont mis la filiale d’Eramet en difficultés. «Il y a encore des problèmes de qualité, mais nous sommes en train d’arriver au bout, assure Jean-François Courtadon, coordinateur FO chez Aubert & Duval. Nous avons en permanence des auditeurs d’Airbus et Safran. Mais maintenant, ils en sont à soulever des problèmes infinitésimaux. On ne s’en sort pas. On a l’impression qu’ils font tout pour trouver des problèmes qualités et chercher la petite bête pour faire baisser le prix de la transaction. Il y a une exaspération des partenaires sociaux.»

Un sujet d’exposition à l’amiante, qui concerne le site des Ancizes (Puy-de-Dôme), ferait également partie des points sensibles. Fin 2019, 180 salariés avaient saisi le conseil des prud’hommes de Riom pour faire reconnaître un préjudice d’anxiété. «Le problème est depuis longtemps derrière nous, il n’y a plus que 22 personnes susceptibles d’avoir un départ amiante sur tout l’effectif», tempère Jean-François Courtadon. Et le responsable syndical d’alerter sur l’urgence à trouver rapidement une solution de reprise. Entre le redémarrage du secteur aéronautique et les succès du Rafale à l’export, Aubert et Duval a besoin d’investissements pour être au rendez-vous. L’assemblée générale des actionnaires, organisée le 28 mai, pourrait apporter de nouveaux éléments.

Solène Davesne et Olivier James

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