Le sauvetage d’Aubert & Duval, rouage stratégique de l’industrie française, n’attend plus que l’aval… de la Chine. C’est la situation singulière dans laquelle se retrouve mi-janvier cette division du groupe minier Eramet. Alors que le contrat de sa cession a été signé en juin 2022 avec le trio de repreneurs Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital, l’opération devait être finalisée fin 2022. Malgré l’autorisation fournie par la Commission européenne fin décembre, l’opération doit encore obtenir l’aval des autorités chinoises de la concurrence.
«On pensait que l’accord de Bruxelles permettrait de finaliser enfin l’acquisition, déplore à L’Usine Nouvelle une source impliquée dans la cession. Les discussions autour de la vente d’Aubert & Duval ont démarré en décembre 2020 et on constate que ce projet stratégique traîne encore au niveau de son exécution.» Contactés, les différents industriels concernés confirment la nécessité de devoir décrocher le feu vert des autorités chinoises pour pouvoir enfin conclure l’opération. Sa finalisation pourrait in fine intervenir dans le courant du premier trimestre 2023, selon plusieurs interlocuteurs.
Une entreprise critique pour l'industrie française
Cette opération constitue pourtant un sujet majeur pour l’industrie française. «Il en va de la souveraineté de la filière aéronautique française et européenne et de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement», avait confié Olivier Andriès, le directeur général de Safran, à L’Usine Nouvelle en février 2022, lors de l’annonce de cette acquisition. Le dirigeant avait annoncé le déploiement d’un plan de modernisation de 300 millions d’euros sur cinq ans de la part du consortium de repreneurs pour assurer le redressement industriel et opérationnel d’Aubert & Duval, victime depuis plusieurs années d’un sous-investissement chronique.
Et il y a urgence. Car la division d’Eramet est le seul élaborateur de superalliages pour les moteurs d’avions dans le monde occidental, hormis aux Etats-Unis : il fournit les moteurs de Safran destinés aux avions d’Airbus et aux Rafale de Dassault Aviation, deux industriels qui prévoient de fortes hausses de cadences de production. La division d’Eramet approvisionne aussi les sous-marins de Naval Group, les centrales nucléaires construite par Framatome et certains équipements de l’industriel de défense Nexter. Elle sera aux premières loges pour équiper le futur avion de combat européen.

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Comment expliquer qu’après le feu vert de Bruxelles l’opération soit encore contrainte d’attendre celui des autorités chinoises de la concurrence ? Et ce alors même qu’Aubert & Duval ne dispose pas de site industriel en Chine ? «C’est le processus normal dans ce genre d’opération», résume-t-on chez l’une des parties prenantes. Lors des opérations de fusions et acquisitions, et en respect du droit de la concurrence, les acteurs impliqués doivent demander l’autorisation aux pays où ils sont implantés dès lors que leurs chiffres d’affaires cumulés dépassent dans ces pays un certain seuil.
Les joies de la concurrence internationale
Pour pouvoir céder Aubert & Duval, Eramet devait décrocher un total de cinq autorisations : l’Europe et la Chine, mais aussi la Turquie, le Brésil et la Suisse. Aujourd’hui, elles ont toutes été décrochées, sauf en Chine. Comment expliquer ce délai ? «Cela s’explique sans doute par la situation complexe qu’a connu le pays en fin d’année dernière, obligeant les autorités à se concentrer sur la contestation sociale liée à la gestion du Covid, argue-t-on chez un industriel. Et le nouvel an chinois devrait encore contribuer à ralentir l’opération en ce début d’année.»
Malgré le caractère sensible de l’activité d’Aubert & Duval, ce cas de figure est tout sauf une exception. Pour rester dans le monde aérien, les compagnies aériennes canadiennes Air Canada et Transat ont dû renoncer à leur projet de fusion en 2021 : elles avaient obtenu le feu vert des autorités de la concurrence de leur pays mais pas celui de la Commission européenne. L’actuel rapprochement entre les compagnies sud coréennes Korean Airlines et Asiana est quant à lui suspendu en ce moment à l’aval de Bruxelles, alors qu’il a obtenu l’accord de son pays et celui de la Chine. Les voies de la concurrence sont impénétrables.
Olivier James, avec Solène Davesne



