« Pourvu que ça dure ! ». Au grand dam de l’industrie aéronautique française, la Chine fait sienne la célèbre expression de la mère de Napoléon 1er et l'applique à l’acquisition d’Aubert et Duval par Airbus et Safran. Selon nos informations, les autorités chinoises de la concurrence n’ont pas donné leur feu vert à cette opération stratégique à la date attendue, le vendredi 24 février. De quoi retarder une nouvelle fois le bouclage de l’acquisition par les deux géants de l’aéronautique et le fonds Tikehau ACE Capital, pour laquelle les négociations ont été entamées en décembre 2020. La finalisation de la vente de cette filiale du groupe minier Eramet traîne en longueur et devrait in fine s'achever entre fin mars et fin avril.
« Il s’agit du deuxième report, regrette une source impliquée dans la vente d’Aubert et Duval. Le closing de l’opération pourrait intervenir fin mars, mais il interviendra vraisemblablement fin avril. » Initialement, le feu vert des autorités chinoises de la concurrence était attendu en même temps que celui de Bruxelles, c’est-à-dire fin décembre 2022. Mais en l’absence de réponse, une deuxième phase d’examen a été ouverte et s'est terminée le 24 février. « A cette date, nous n’avons eu alors ni son, ni image, déplore-t-on chez l’un des acteurs de cette acquisition. La personne en charge du dossier côté chinois était en vacances, nous a-t-on expliqué. »
Le feu vert chinois, dernière étape à franchir
La troisième phase qui vient de démarrer prend fin le 25 avril, un délai qui devrait cette fois être le dernier. « Il n’y a pas de 4ème phase d’examen possible, les autorités chinoises vont devoir nous répondre dans les prochaines semaines », précise une porte-parole du groupe Eramet. L’entreprise française cherche à céder sa filiale, victime d’un sous-investissement chronique ces dernières années, depuis mai 2020. Elle a précisé lors de la présentation de ses résultats financiers, mercredi 22 février, soit deux jours avant le délai prévu, qu’elle misait sur la finalisation de la transaction fin mars.
Le feu vert chinois constitue la dernière autorisation à décrocher pour valider l’acquisition, après ceux donnés par l’Europe, la Turquie, le Brésil et la Suisse. Ces accords à obtenir de la part d’autres pays correspondent à des étapes classiques du droit international de la concurrence, argue-t-on au sein du trio d’industriels concernés par ce rachat d’Aubert et Duval. Lors des opérations de fusions et acquisitions, les acteurs doivent demander l’autorisation aux pays où ils sont implantés dès lors que leur chiffre d’affaires y dépasse un certain seuil.

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Une opération stratégique
« Demander l’accord de la Chine pour le rachat d’Aubert et Duval n’était pas obligatoire, soutient cependant une source proche du dossier. Lors de la création d’ArianeGroup en 2015 par Airbus et Safran, personne n’a demandé l’avis de la Chine, et ça n’a pas posé de problème. » Quoi qu’il en soit, l’immense marché que représente la Chine pour Airbus, qui y vend des avions par centaines, et Safran, qui fournit le Leap 1-C du C919 de l’avionneur local Comac, les incite à faire preuve de la plus grande patience vis-à-vis de leurs interlocuteurs.
Ce retard fait pourtant grincer quelques dents. Car le rachat d’Aubert et Duval représente une opération stratégique pour l’industrie française, à l’heure où les enjeux de souveraineté font figure de priorité pour le gouvernement. L’entreprise fournit des métaux et des alliages que l’on retrouve dans les moteurs d’avions d’Airbus et de Dassault Aviation, mais aussi dans les sous-marins de Naval Group et les centrales nucléaires de Framatome. Les repreneurs comptent déployer un plan de modernisation de 300 millions d’euros sur 5 ans pour assurer le redressement industriel et opérationnel de ce sous-traitant.



