L'Usine Nouvelle - Aubert & Duval profite-t-il des tensions d’approvisionnement sur le titane russe?
Bruno Durand - Un certain nombre de pièces en titane étaient réalisées par le russe VSMPO, qui dispose d’une forge à peu près équivalente à la nôtre. En grande partie, cela concerne des pièces pour trains d’atterrissage. Des clients qui étaient partis en Russie viennent nous voir pour nous demander de les produire et nous sommes en train d’y travailler. Nous avons déjà livré trois pièces la semaine dernière et il y a encore d’autres marchés à rapatrier. Les premières pièces produites sont bonnes, nous allons y arriver. Nous avons les équipements et le savoir-faire pour y parvenir.
Où en est la production de votre usine de recyclage de titane Ecotitanium ?
Ecotitanium fabrique des lingots avec des copeaux de titane, à hauteur de 70% environ et d’éponges de titane. Cela permet de réduire l’apport en matières primaires, sachant qu’en général lorsque vous livrez une tonne de titane, la pièce finie pèse environ 200 kg. Il utilise une technologie appelée PAM, qui utilise un flux de plasma pour faire fondre le métal. C’est un bel outil. Le principe est bon, à condition d’avoir les copeaux et une bonne maîtrise de ce processus. Mais nous en sommes encore loin au niveau industriel. L’usine a été lancée en 2017 mais n’a jamais fonctionné à pleine capacité. Elle a été mise sous cocon pendant le Covid, il y a eu des pertes de compétences… Nous ne sommes donc qu’à 20% de la capacité maximum. Il y a du boulot. Mais cela va prendre trois ans pour y arriver.

- 103.97-7.81
31 Mars 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
L’usine peut-elle répondre aux enjeux de souveraineté ?
La stratégie avec Ecotitanium est de produire pour les industries de souveraineté, c’est-à-dire la défense par exemple pour le M88, le Rafale, Nexter et le nucléaire. Nous pouvons aussi produire pour des alliages haut de gamme, comme ceux utilisés dans les moteurs. Le processus PAM est de toute façon une technologie chère car il permet de produire un titane de grande qualité et très pur, il est peu compétitif par rapport aux autres modes de production. Les besoins en titane de l’industrie souveraine en France représentent environ 2500 tonnes, donc nous pouvons jouer un rôle sur cet enjeu de souveraineté. Mais pourra-t-on remplacer les 40 000 tonnes produites par VSMPO ? Non, les volumes n’ont rien à voir. Au total, nous avons une capacité de production avec UKAD de 5000 tonnes de billettes, entre les lingots achetés au Kazakhstan et ceux d’Ecotitanium.
Il y aura deux à trois fois plus de roulements dans les nouveaux moteurs d’avions, donc il faudra des alliages avec une très forte résistance en surface.
Arrivez-vous à vous approvisionner en déchets de titane ?
Une partie de nos approvisionnements vient de nos propres déchets. Mais il faut que nous arrivions à faire marcher la filière de recyclage. La plupart des déchets de titane, aujourd'hui, partent aux Etats-Unis. Nous sommes en train de nous mettre d’accord avec Safran et Airbus. Nous devons nous adapter au business model de chaque client final.
Quels autres métaux vous intéressent ?
Nous voulons nous développer sur les métaux pour les roulements et les transmissions. Il y aura deux à trois fois plus de roulements dans les nouveaux moteurs d’avions, donc il faudra des alliages avec une très forte résistance en surface. Nous essayons de nous projeter sur les besoins du marché, sinon nous serons dépassés par les Chinois et les Américains. Les matériaux du futur sont beaucoup liés à la décarbonation et à la souveraineté. Nous avons un contrat avec Safran et la DGA pour développer de nouveaux alliages pour les moteurs du futur.
Quelle est la répartition de votre activité entre vos différents marchés?
L’aéronautique représente environ 70% actuellement. L’objectif serait de la ramener à 60%. Je veux qu’on fasse un peu plus dans la défense et le nucléaire, qui représentent chacun à peu près 15% de notre activité. Le nucléaire est intéressant car les petits réacteurs de type SMR ont besoin de titane. Dans le secteur de la défense, certains clients ont pu se tourner vers d’autres acteurs en Europe, il faut les récupérer. Et en même temps, nous allons être un peu plus sélectifs. Il y a des pays pour lesquels nous ne pouvons pas travailler parce qu’ils ne sont pas nos alliés. C’est une question d’image.
Propos recueillis par Solène Davesne et Olivier James



