Plus que jamais, à la veille des élections régionales et à quelques mois de la présidentielle, la bataille entre anti-éolien et anti-nucléaire fait rage en France. Aux postures idéologiques des deux camps, opposer des arguments rationnels et factuels semble inutile. Dans les deux camps, idéologie et arguments tronqués font florès. D’autant plus facilement que trop longtemps confisqué et complexifié par quelques experts, la politique énergétique de la France apparaît opaque et, pour certains, décidée à Bruxelles.
Le gestionnaire de réseau RTE, auquel le gouvernement a demandé un rapport sur le mix électrique en 2050 - complémentaire de celui d’EDF - pour décider de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France, fournit pourtant, dans ses publications, de précieuses informations pour comprendre les enjeux et décrypter le vrai du faux. Certes, pour quelques-uns, RTE serait un dangereux repère d’écologistes pro-éolien, et son discours orienté. N'empêche, le rapport d’étape de l’étude "Futurs énergétiques 2050" qu’il vient de publier, est bien le reflet de 4 000 contributions à la consultation publique ouverte au premier trimestre sur le sujet. Elle a permis d’affiner les six scénarios sur lesquels RTE va faire tourner ses simulations et effectuer l’analyse technique, économique, environnemental et sociétale, que lui a demandé le gouvernement. Ce document remet en tout cas quelques pendules à l’heure sur le nucléaire et l'éolien.
50 % de nucléaire est un maximum
Limiter le nucléaire à 50 % du mix électrique en 2050 dans les scénarios n’est pas "une contrainte de nature politique", écrit RTE. Ce taux, inscrit dans la loi Energie climat de novembre 2019 pour 2035, "résultait bien d’une analyse technique". Même en cas de relance du nucléaire, les réacteurs actuels devront à terme être arrêtés pour des raisons d’âge et "il n’apparaît pas possible de les remplacer au rythme (exceptionnel selon les standards internationaux) auquel ils ont été construits". En intégrant les contraintes sur la durée de vie du parc existant, les rythmes maximaux de renouvellement du parc nucléaire ainsi que l’effort d’électrification nécessaire pour atteindre la neutralité carbone, "une part du nucléaire de l’ordre de 50 % de la production d’électricité en 2050 apparaît comme un maximum".

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Jusqu’à 14 EPR et des SMR à construire
RTE rappelle aussi que les réacteurs nucléaires du parc actuel devront être massivement fermés entre 2030 et 2060, pour des raisons industrielles et non politiques. Pour rester à 50 % de nucléaire dans le mix électrique en 2050, avec une consommation de l’ordre de 645 TWh par an, production d’hydrogène par électrolyse comprise, il faudrait donc construire 14 EPR, mais aussi de petits réacteurs modulaires (SMR) et avoir prolongé 24 GW du parc historique, dont certains réacteurs au-delà de 60 ans. Un défi industriel. Sachant qu’en cas de réindustrialisation massive, nécessaire pour réduire l’empreinte carbone de la France, il faudra produire jusqu’à 770 TWh par an d’électricité. Il n’y a que dans une variante avec une grande sobriété que la consommation pourrait se limiter à 550 TWh, contre 470 TWh en 2019.
RTE Minimum 2,5 fois plus d’éolien terrestre
Enfin, même dans un scenario très volontariste en matière de nucléaire, il faudra développement massivement des renouvelables de tous types. Il faudra a minima multiplier par sept les capacités installées de solaire pour atteindre 70 GW, installer 22 GW d’éolien en mer, multiplier par 2,5 l’éolien terrestre pour atteindre 43 GW. Il faudrait aussi ajouter 1 GW d’hydraulique et jusqu’à 3 GW d’énergies marines. Dans un scénario 100 % ENR à terme, dans lequel ne serait pas construit de nouvelles capacités nucléaires, l’éolien terrestre alors serait multiplié par 3,5 ou 4 et le solaire par 12 à 21 fois.
RTE Les six scénarios de mix de production électriques à l'horizon 2050 que va étudier RTE pour son rapport Futur énergétique 2050 à paraître à l'automne 2021.



