Reportage

À Brétigny-sur-Orge, au cœur de l’entrepôt d'Amazon le plus robotisé de France

Dans le centre de distribution de Brétigny-sur-Orge (Essonne), 4 000 robots cohabitent avec autant d’employés. Une solution exclusive à Amazon pour optimiser ses stocks, qui fait débat.

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Ultra-optimisée, la mise en colis des objets envoyés par la plateforme nécessite beaucoup de main-d’œuvre.

C'est un immense ballet automatisé. À chaque clic des internautes, l’agencement des dizaines de milliers d’étagères du centre de distribution Amazon de Brétigny-sur-Orge (Essonne) – qui occupent les deux étages de ce bâtiment de 142 000 mètres carrés (aussi connu sous le nom d’ORY4) – se transforme. Une chorégraphie permise par 4 000 robots, qui cohabitent avec à peu près autant d’employés : 3 100 CDI auxquels s’ajoutaient 1 600 contrats temporaires lors de notre visite à l’été 2021.

De quoi déplacer les rayonnages jaunes et apporter leurs charges d’objets hétéroclites devant les postes de picking, où des ouvriers les sortent de l’inventaire. Situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris, ORY4 stocke des millions de produits de petite taille, qui attendent les commandes pour gagner le plus rapidement possible les cartons, puis les camions de livraison.

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centre logistique Amazon commerce en ligne centre logistique Amazon commerce en ligne (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Les robots drives peuvent déplacer des armoires de 450 kg. Ils s’orientent grâce à un système de repères au sol. 

Au cœur du réacteur : les robots orangés, appelés « drives » (unités mobiles autonomes), s’orientent via des repères au sol. Hérités du rachat par Amazon de Kiva Systems, en 2012, ils sont exclusifs à Amazon, avancent à 5,5 km/h et se rechargent seuls. De quoi déplacer des armoires de 450 kilos et optimiser leur disposition « à la manière d’un jeu de Tetris, pour limiter l’espace perdu et gagner 40% de densité de stockage », décrit Stéphane Taillée, le directeur du site. Un symbole de la recherche d’efficacité du groupe de Jeff Bezos, qui développe de nombreuses briques d’automatisation.

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centre logistique Amazon commerce en ligne centre logistique Amazon commerce en ligne (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Posté au picking, cet employé récupère les produits de l’inventaire et les dépose dans des bacs en fonction des commandes qui s’affichent sur l’écran.

Face à un employé posté au picking, les armoires jaunes défilent. Guidé par un écran numérique et un spot lumineux, un opérateur s’empare de divers produits. Un plaid, des masques, des câbles électroniques… Frénétiquement, il les dépose dans des bacs noirs posés à côté de lui. Le système est dit « goods-to-man » : il supprime les temps de marche de l’opérateur en lui présentant à portée de main les produits nécessaires. Mise en rayon (stocking), récupération des articles (picking), fiabilisation de l’inventaire… Tout se fait depuis des stations universelles, en collaboration avec des robots. Seuls quelques employés entrent dans l’espace dédié aux automates pour récupérer d’éventuels objets tombés au sol.

Le hasard pour méthode

Derrière l’impression de mécanique bien huilée, le stock d’Amazon se repose pourtant sur… le hasard. Dans un compartiment, un livre peut se retrouver entre des écouteurs et une boîte de tampons, selon la place disponible lors de l’emmagasinage. « À l’inverse d’un supermarché traditionnel, où les places attribuées aux produits maximisent le temps de marche, nous mettons un peu de tout sur chaque étagère afin de diminuer les trajets », résume Stéphane Taillée. Une caméra suit la mise en rayon et connaît l’emplacement de chaque article. Une fois sortis de l’inventaire, les objets sont portés par une armée de convoyeurs vers le rez-de-chaussée, pour la préparation manuelle des colis.

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centre logistique Amazon commerce en ligne centre logistique Amazon commerce en ligne (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Les convoyeurs gardent un rôle central dans la gestion des flux des produits sortis du stock. 

Amazon vante les gains de densité et les apports des robots pour l’ergonomie. Mais la productivité (le nombre d’articles récupérés par heure par employé) grimpe aussi. D’où des critiques concernant les cadences imposées. À Brétigny, Amazon affirme ne pas fixer d’objectifs individuels, mais la pression reste matérialisée par un décompte du temps nécessaire pour chaque tâche. Une « indication », selon le géant, qui préfère lister ses efforts pour l’ergonomie des postes.

Dernier exemple en date : des bras robotiques industriels qui automatisent le port de charge. Pour palettiser certains bacs ou en charger d’autres sur des convoyeurs. Pas d’inquiétude : la polyvalence des opérateurs humains les rend indispensables, rassure Stéphane Taillée. Mais Amazon multiplie ailleurs les expérimentations d’automatisation, des machines de tri aux véhicules autonomes de toutes sortes, en passant par la mise en colis automatique. Une solution de l’italien CNC Machinery dans laquelle Amazon a pris une part minoritaire, en octobre, en pointant son potentiel environnemental pour la réduction de la taille des colis. Sans mentionner l’impact potentiel sur l’emploi. 

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centre logistique Amazon commerce en ligne centre logistique Amazon commerce en ligne (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Une fois sortis. du stock, les objets sont triés et rassemblés en lots à envoyer manuellement. 

Toutes les photos : Pascal Guittet

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